Le crash conceptuel d’une gauche racialiste

OPINION. A l’ère de la victimisation, le statut d’opprimé est un bien précieux qu’on défend bec et ongles. Le vulgaire, semble-t-il, s’est jusqu’ici complètement fourvoyé sur le concept de racisme, et il revenait aux racialistes de l’éclairer de leurs savantes lumières.

Le crash conceptuel d’une gauche racialiste

A l’ère de la victimisation, le statut d’opprimé est un bien précieux qu’on défend bec et ongles. Il doit être bien clair pour tout le monde, en particulier, qu’un Blanc ne peut jamais être victime de racisme – même si on le traite de « macaroni ». Cette leçon avait parfaitement été récitée sur le plateau de LCI en 2018 par une étudiante bloqueuse de fac : « le racisme à l’égard des Blancs n’est pas systématique donc le racisme anti-Blancs est une invention, il n’existe pas ». Le vulgaire, semble-t-il, s’est jusqu’ici complètement fourvoyé sur le concept de racisme, et il revenait aux racialistes de l’éclairer de leurs savantes lumières. Pour prouver, donc, que les Blancs ne sauraient être victimes de racisme, on a voulu faire croire que le racisme est systémique ou n’est pas. Tout au plus les Blancs peuvent-ils être victimes d’« injures raciales », non de racisme. Citons Rokhaya Diallo la même année dans Brut : « (…) moi, quand on me parle de racisme anti-Blancs, étant donné qu’il n’y a pas cette histoire du racisme et qu’il n’y a pas des conséquences institutionnelles, ça me semble problématique. Alors, ça ne veut pas dire que les Blancs ne sont pas exposés à des discriminations, à des injures raciales (…) » Lorsqu’il y a des « conséquences institutionnelles » et une « histoire du racisme », l’injure est raciste, sinon, elle est « raciale ». Une injure raciale peut donc n’être pas raciste. On voit bien comment ces militants cherchent, par d’obscurs et dangereux raisonnements, à tordre les concepts autant que l’exigent leurs présupposés racialistes et victimaires.

Prenons alors le racisme entre les minorités, comme celui qu’on trouve entre les Noirs, les Arabes, les Asiatiques ou les Juifs. Ici, étrangement, nul besoin de conditionner des injures à des « conséquences institutionnelles » ou une « histoire du racisme » pour les qualifier de racistes. On se souvient des insultes antisémites proférées lors de récentes manifestations « antiracistes » françaises ou de cette femme noire qui, l’année dernière, a copieusement insulté un homme portant la kippa dans le métro new-yorkais – « You fucking stinkin’ ass Jew » – en vociférant que les Juifs devraient tous être tués, avant d’agresser verbalement et physiquement celle qui la filmait, Lihi Aharaon. Point de conséquences institutionnelles, et ce n’est pas les « guerriers de la justice sociale » qui ont lancé l’odieux hashtag #JewishPrivilege l’été dernier qui me contrediront. J’ose pourtant croire que Rokhaya Diallo y voit une injure raciste, ou plus précisément antisémite, et non une simple « injure raciale » qui, par je ne sais quel tour de passe-passe rhétorique, ne serait pas raciste. Si des conséquences institutionnelles ne sont pas requises pour caractériser le racisme envers les Juifs, pourquoi le seraient-elles subitement lorsque la victime est blanche ?

Reste la condition de l’« histoire du racisme ». Si un Noir traite un Blanc de « sale Blanc », diront les racialistes, ce n’est pas du racisme, car ce sont les Blancs qui ont opprimé les Noirs, non l’inverse. Ce sont les Noirs qui souffrent de blessures psycho-sociales imputables à l’esclavage, et c’est dans ce contexte qu’il faut situer leurs injures simplement « raciales ». Leur ressentiment s’explique par une identité qu’une histoire oppressive a forgée : c’est celui des victimes, non des bourreaux. Mais les Arabes ont eux aussi opprimé les Noirs, et à en juger le tabou sur le sujet, il semble que ce ne soit pas sans avoir laissé de lourdes traces. Et pourtant, si un Noir qui n’a pas une mémoire sélective sur la question de l’esclavage traite quelqu’un de « sale Arabe », je suppose que Rokhaya Diallo conviendra que c’est du racisme. Si elle ne tient pas compte du poids de l’histoire dans ce cas-là, pour n’y être attentive que lorsqu’il s’agit des Blancs, c’est un deux poids, deux mesures.

On dira que l’idée même de racisme anti-Blancs est raciste puisqu’elle est mise en avant par des racistes. Mais à part les enfants, qui peut se laisser impressionner par ce genre de non sequitur ? Que certains soient animés d’intentions racistes en dénonçant un racisme contre les Blancs ne suffit nullement à invalider l’existence de ce dernier. Plutôt que taxer de racistes tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, nos racialistes devraient se pencher sur leur propre racisme. Je ne parle pas simplement des procès en trahison raciale qu’ils font à ceux qui revendiquent leur liberté de critiquer ou de s’écarter de l’identité à laquelle ils veulent les assigner. D’après ces prétendus antiracistes, et c’est le plus extraordinaire dans la myopie racialiste, si quelqu’un se présente comme une victime du racisme, lui demander pourquoi, « c’est déjà du racisme ». N’est-il pas raciste au plus haut point, dans ces conditions, je ne dis pas seulement de demander à un Blanc de dire en quoi il a souffert du racisme, mais de lui interdire par principe de s’en dire victime ? En 2014, une jeune femme a été violée d’une manière particulièrement barbare près de la gare d’Evry-Courcouronnes, dans l’Essonne. L’un des violeurs avait reconnu s’en être pris à elle « parce qu’elle est française et qu’il n’aime pas les Françaises ». Les racialistes peuvent-ils regarder la victime droit dans les yeux et lui dire « vous n’avez pas à vous dire victime de racisme » ? Qu’ils le fassent, et le racialisme se montrera dans sa plus crasse ignominie. Ce ne sera jamais qu’une carte blanche de plus – cruelle image ! – donnée aux agresseurs par des militants pousse-au-crime qui oublient qu’en méprisant les victimes, on méprise aussi ceux dont on fait des bourreaux.

Auteur :
David CHAUVET
Essayiste (Abonné)
Publié le 10 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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