Coup de pression, mauvaise gestion des stocks de masques : Jérôme Salomon attaqué par le Sénat

ARTICLE. Défendu aujourd’hui par le gouvernement, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon est accusé par le Sénat d’avoir minimisé au maximum les commandes de stock de masques et d’avoir fait modifier un rapport d’expert de la santé pour se couvrir. 

Coup de pression, mauvaise gestion des stocks de masques : Jérôme Salomon attaqué par le Sénat

La commission d’enquête du Sénat « pour l’évaluation des politiques publiques face aux grandes pandémies à la lumière de la crise sanitaire de la covid-19 et de sa gestion » rend son rapport aujourd’hui. Dans ce document de 452 pages, fruit de six mois de travaux et de l’audition de 133 personnes, les sénateurs de la commission ciblent, notamment, un homme, Jérôme Salomon. Le directeur général de la santé depuis janvier 2018 est directement mis en cause dans le rapport, pour son rôle concernant la gestion et l’approvisionnement des stocks de masques.

Jadis, en 2016, il conseillait Emmanuel Macron qui n’était pas encore président. Les Wikileaks ont dévoilé des notes où il alertait le candidat Macron sur la pénurie de masques et l’incapacité du pays à faire face à une épidémie. Une autre époque. Quatre ans plus tard, l’eau a semble-t-il coulé sous les ponts, à tel point que Jérôme Salomon est désormais pointé du doigt comme le principal instigateur du non renouvellement du stock stratégique, lequel était déjà cruellement mis à mal par le changement de doctrine de 2013. De 754 millions d’unités en 2017, les réserves ont fondu jusqu’à 100 millions, fin 2019.

En octobre 2018, François Bourdillon, directeur de Santé publique France (SPF) a informé Jérôme Salomon de l’obsolescence de 613 millions de masques. Pour y remédier, le directeur général de la santé a décidé d’une commande de … 50 millions d’unité, sans même avoir pris le temps d’en informer la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, laquelle avouera lors des auditions ne pas avoir eu connaissance de l’état délétère des stocks de masques en France sous son mandat. Cette commande pose problème à bien des égards : d’une part, le volume est largement inférieur au nombre de masques à renouveler. D’autre part il est loin du milliard de masques préconisé initialement par le rapport Stahl, en mai 2019, pour faire face à une épidémie.

Un rapport d’experts de la santé qui fait aujourd’hui jaser : la commission d’enquête du sénat révèle que l’ancien conseiller santé d’Emmanuel Macron a fait pression (interprétation qu’il nie de son côté dans un communiqué publié hier) sur François Bourdillon, afin que soit modifié le rapport Stahl avant sa publication. Là où le document initial faisait état de la nécessité de disposer d’un stock d’un milliard de masque, le mot s’est transformé au bout de quelques mails en “besoin” suite aux suggestions appuyés de Jérôme Salomon. Lors de leurs auditions, Agnès Buzin et ce dernier se sont appuyés sur le rapport Stahl et sur ce mot, bien moins contraignant, pour justifier la faiblesse de leur action sur le sujet stratégique des masques. A l’époque de ces entretiens, Jérôme Salomon omettra de mentionner cet échange de mails que découvriront plus tard les sénateurs.

Une correspondance dévoilée par le journal le Monde. Dans un mail daté du 21 février 2019, Jérôme Salomon s’inquiète :”comment concevoir qu’un groupe d’experts de SPF (…) laisse penser que le stock de masques doit être autour d’un milliard et que l’établissement pharmaceutique de SPF n’ait pas constitué des stocks à hauteur de ce qui est recommandé ?” (…) L’une des solutions pourrait être alors de modifier la rédaction de certaines formulations afin de centrer l’avis sur les besoins en contre-mesures médicales”. Un peu plus loin, le directeur général de la santé met en avant le souhait de ne pas: “ prendre des décisions précipitées qui pourraient nous mettre en difficulté collectivement, y compris sur le plan budgétaire.”

Des économie mises en causes par le “quoi qu’il en coûte » de l’épidémie : pour faire face à la crise, la France a dû commander à prix d’or 3,9 milliards de masques en Chine, pour un montant de 2,8 milliards d’euros. Un stock d’un milliard, certes insuffisant, aurait couté 27 millions d’euros contre 450 pendant la crise du printemps. Cette affaire met en lumière le rôle ambigu d’une bureaucratie qui juge bon de ne pas alerter son ministre de tutelle sur l’état catastrophique des masques en France. Une bureaucratie soucieuse de respecter la doctrine budgétaire dictée par le gouvernement, même au détriment de notre système de santé.

Une bureaucratie, enfin, protégée par cette même institution : Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement a déclaré ce matin sur LCI, qu’il n’était “pas question” que Jérôme Salomon démissionne. Malgré le fiasco de la gestion de la crise au printemps dernier, à laquelle s’ajoute désormais, la preuve de l’incompétence et de la pression.

Auteur :
La rédaction
Publié le 11 décembre 2020


Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :