Mila exclue de son lycée : « un film d’horreur » selon son père

ARTICLE. La jeune Mila va devoir quitter son nouveau lycée militaire. L’établissement explique qu’elle est devenue un risque pour elle et pour les autres, depuis qu’elle en a divulgué l’emplacement par mégarde sur internet. L’impuissance générale semble actée.

Mila exclue de son lycée : « un film d’horreur » selon son père

Le feuilleton cauchemardesque n’en finit pas. La jeune iséroise de 17 ans avait déjà dû changer d’établissement suite à sa déscolarisation, début 2020… elle vient d’être exclue à nouveau de sa nouvelle école. En cause : une bévue sur les réseaux sociaux. La semaine dernière, Mila a mentionné le nom de son établissement actuel dans une vidéo en direct. A partir de là, la mécanique s’enclenche.

Mila est désormais localisable. Les menaces de mort et de viol ayant redoublé, le lycée militaire craint pour la sécurité de la jeune fille ainsi que pour celle de ses 750 camarades et décide de l’exclure temporairement. S’agit-il d’une exclusion réelle ? L’armée dément cette information, précisant que Mila a seulement été « placée en enseignement à distance ». Le ministère des Armées se défend ainsi dans un communiqué : « Mila n’a pas été exclue. Il a été proposé aux parents de Mila qu’elle poursuive, pour un temps, son enseignement à distance dans un lieu sûr, le temps d’un apaisement de la situation sécuritaire. »

Pour les parents de la jeune fille, comme pour son avocat, Richard Malka, il s’agit bien d’une exclusion. Dans une lettre adressée au proviseur de l’établissement, le père de Mila se dit « effondré par autant de lâcheté et de démission » et ajoute : « On s’est débarrassé de Mila au premier prétexte trouvé (…). Si même l’armée ne peut pas la protéger et lui permettre de poursuivre sa scolarité, que pouvons-nous faire, nous, ses parents ? Ce constat est pour nous un film d’horreur. » Le père de Mila ne semble pas digérer la nouvelle, reprochant dans sa lettre aux militaires leur attentisme : « J’ai beaucoup de respect pour les militaires en opération, mais au bal des planqués, rien n’est plus important pour certains, apparemment, que de retrouver leur tranquillité. »

Mila a-t-elle dévoilé intentionnellement le lieu de son école ? Non, bien entendu, comme l’a admis le colonel de l’établissement. Fondatrice de la Brigade des mères et cible des islamistes elle aussi depuis plusieurs années, Nadia Remadna s’insurge que la question puisse être posée. Elle nous confie : « On lui reproche d’avoir donné le nom de son établissement par erreur…c’est incroyable ! Tout est inversé. Nous ne sommes pas en Arabie Saoudite ici, que je sache. »

Le 15 novembre dernier, à la suite de la publication d’une nouvelle vidéo de Mila ayant entraîné une nouvelle salve d’insultes et de menaces, le parquet de Vienne (Isère) avait annoncé l’ouverture d’une enquête pour « menaces de mort par écrit et harcèlement électronique ». « Mila est une adolescente, rappelle à dessein Nadia Remadna. Moi je travaille dans le milieu de l’éducation, je connais beaucoup de jeunes. J’ai vu des élèves avec 70 heures d’absence injustifiée et qui ne sont jamais exclus. Là il n’y a aucun problème… D’autant qu’il s’agit d’un établissement lié à l’armée de terre, même eux renoncent à protéger Mila, c’est quand même un comble. Dans un tel contexte, je comprends pourquoi mes propres plaintes n’aboutissent jamais ! »

Sur les réseaux sociaux, des réactions hostiles rendent la jeune fille responsable de cette exclusion : On peut lire : « Cette jeune fille est juste conne. La faute n’est pas à mettre sur l’armée de terre. Elle est scolarisée dans un nouvel endroit censé être tenu secret pour sa sécurité et elle le divulgue sur les réseaux sociaux. Qu’elle ferme sa gueule et arrête de faire des vidéos. » A croire certains « twittos », le scandale n’est pas qu’une adolescente mineure doive vivre (survivre) dans le secret pour ne pas être assassinée. Non ça c’est la vie, c’est comme ça, ça arrive. Le vrai scandale, c’est que Mila n’ait pas, à 17 ans, les réflexes de dissimulation d’un officier traitant de la DGSE… Pour Nadia Remadna, c’est une nouvelle illustration du fameux « pas de vague ». « Il ne faut pas provoquer, il faut se faire discret, il faut faire attention, déclare-t-elle. En résumé, nous devons renoncer à ce que nous sommes pour ne pas faire de vague. La charge de la preuve est inversée. La peur a changé de camp, il est là le problème de fond ».

Mila parlerait trop sur les réseaux sociaux ? En valeur absolu, c’est possible. Mais il faut faire remarquer deux choses. Premièrement, elle est l’enfant d’un monde qu’elle n’a pas créé. Elle est issue de ce qu’on appelle parfois la « génération Z », définie par son ancrage dans un monde largement numérique. Mila n’a pas choisi d’être immergée dans l’univers des réseaux sociaux qui sont la norme de communication de son temps et dont elle est par ailleurs la victime émissaire. Deuxièmement, les réseaux sociaux sont aujourd’hui son seul moyen de communication avec le monde extérieur, pour le meilleur et pour le pire. Prétendre en substance qu’elle devrait se taire et rester dans une cave est indigne.

« Le but des islamistes est d’attaquer en meute des individus pour les faire plier en leur rendant la vie impossible, conclut Nadia Remadna. Ils créent une menace diffuse et permanente qui oblige les autorités à reculer. Ils veulent nous avoir à l’usure. Vous voulez un exemple personnel ? Je dois demander une autorisation écrite pour savoir si j’ai le droit d’être présente au repas de Noël du 18 décembre pour manger avec mes collègues, alors que je suis salariée. Tout ça parce que, comme Mila, je suis une cible. Ils veulent qu’on abandonne, mais nous n’abandonnerons pas. »

Auteur :
La rédaction
Publié le 11 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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