Nos années Poutine

En mars 2018, Arte réalisait un reportage sur « Nos années Poutine », interrogeant les Russes sur ce qu’ils pensaient du Président et de la Russie. Un reportage, instructif et particulièrement élogieux.

Verbatim :

« Bonsoir chers spectateurs, nous sommes le 23 février, c’est le jour des défenseurs de la Patrie. Cette journée est devenue la véritable fête populaire des hommes. Aujourd’hui le soleil de ce ciel en paix nous réchauffe.

Mais il y a 77 ans, en 1941, la guerre est arrivée à nos portes. Elle nous a appelé au combat. Tout le monde s’est levé sans hésiter. Les jeunes et les vieillards pour la Patrie, pour la Terre natale, pour la Vérité. Partez à la guerre ! Chers soldats soviétiques.

Je m’appelle Natalia Boïeva, j’ai 44 ans, je suis la directrice de la Maison de la Culture qu quartier Mouslovski. Et aujourd’hui c’est le concert que l’on organise pour le 23 février. Les jeunes connaissent cette fête, grâce à l’école ou les activités des centres culturels comme ici. On organise régulièrement des événements patriotiques, on en parle, alors les enfants naissent avec cette conscience patriotique et ils savent qu’ils iront faire leur service militaire pour défendre leur patrie.

Aujourd’hui notre pays est de nouveau entré dans une période difficile. Aujourd’hui la guerre se déroule très loin de nos frontières c’est la Syrie. On perd nos hommes mais il n’y a que les idiots qui pensent que la guerre peut se faire sans victime.

Moi, j’ai toujours beaucoup aimé notre Président. Il m’a toujours beaucoup plus. Il est fort, il est beau, il est jeune, il est sportif. J’ai tout dit. Ce n’est pas la peine d’en dire plus.

Je m’appelle Alexandre Pirogov, j’ai 49 ans, je suis journaliste. Pour moi, l’époque Poutine se résume à 7 ans de poursuite judiciaire contre moi. Ils veulent avoir des chefs des médias à leurs bottes et je ne suis pas comme cela. Je me suis retrouvé en prison car j’avais des ennemis qui avaient beaucoup d’influence parmi les hommes de loi et en particulier les procureurs. D’abord on a essayé de me piéger en plaçant 10 000 roubles sur mon bureau pour me faire passer pour un corrompu. Et au bout de 4 ans et demi d’instruction j’ai été condamné à 4 ans de prison. Pourquoi ? Parce que je dénoncé les magouilles du Procureur, à l’époque c’était le business des machines à sous. Je l’ai dit lors de mon procès, je n’ai jamais reconnu ma culpabilité. Chez nous les procureurs sont au centre de beaucoup de magouilles. Et sans protection mafieuse, tu ne peux pas prospérer en Russie.

Sous le régime de Poutine, tu peux bien gagner ta vie si tu veux mais il faut rester dans la ligne. Ceux qui ne la respecte pas, ils sont envoyer en prison. Regardez, on lutte contre la corruption. Mais est-ce qu’il y a beaucoup de procureurs qui sont allés en prison ?

Je n’en connais pas un seul. Il y a 13 gouverneurs qui ont été arrêtés mais aucun procureur régional. Et ce sont eux, qui tiennent le pouvoir.

L’homme aujourd’hui en Russie, il tourne en rond comme un hamster dans sa cage. Et il ne regarde pas plus loin que les intérêts de sa famille, de sa femme et de ses proches.

Je m’appelle Yvan je viens d’Yvanovo c’est loin, 800 kilomètres d’ici. Là-bas j’ai fait mes études dans le domaine de l’électricité et je suis venu ici pour travailler. Je me suis dis que ce serait super, qu’en été, je pourrais me baigner dans la rivière et qu’en hiver je pourrais faire du ski dessus. Cela me plaît bien ici.

J’ai 25 ans et j’ai déjà voté une fois à la présidentielle. A l’époque, j’avais déjà voté Poutine parce que je ne sais pas. Il n’y a pas d’alternative. Dans les années 90, les parents avaient peur de laisser sortir les enfants dans la rue tout seul. Ils avaient vraiment peur car ils lisaient tout le temps dans les journaux que telle ou telle personne avait été tuée. Les années 90, c’était vraiment l’époque du banditisme et de l’anarchie. Et les gens vivaient dans la pauvreté. Mais à partir de 2003-2005, la vie a commencé à s’améliorer, petit à petit.

« Bonjour, ça mord ? »

Est-ce que la glace est épaisse ?

Il y a un mètre.

Alors ce n’est pas dangereux.

« Bonjour, aujourd’hui c’est dimanche, le jour de messe. Il fait moins 20 degrés dehors. Je suis le père Sergueï. J’ai 51 ans. Je suis le prêtre de cette église, l’église de l’archange Michael dans le village de Slorniakovo de Voronej. Cela fait presque 5 ans que j’officie dans cette église entièrement restaurée en 2013.

Moi je suis de la génération qui a vu les cathédrales détruites. J’ai vu aussi l’époque des années 80, le début des années 90, quand elles ont été restaurées.

Priez Dieu et n’oubliez pas que comme l’a montré l’expérience avec l’époque soviétique, la vie n’est pas possible sans Dieu.

Depuis un moment, on a instauré cette tradition après la messe, après une dernière petite prière du dimanche pour nos ancêtres.

On se rassemble autour de la table, tous ensemble. On croit en notre Président et on croit qu’il va gagner ces élections. S’il n’y avait un Président si ouvert, on serait encore au temps des persécutions. On aurait pas pu revenir aussi facilement vers la religion orthodoxe. En tout cas, lui il est orthodoxe, sa femme est orthodoxe, ses enfants et le groupe qu’il y a dans le gouvernement, ils sont tous orthodoxes.

Nous on ne vote que Poutine.

« Un Président fort pour une Russie forte », oui pour moi c’est un bon slogan. Parce que pendant sa présidence, la Russie est perçue comme étant plus forte sur la scène internationale. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi le monde entier est contre nous.

Bien sûr qu’il y a une opposition, mais pour moi elle n’a aucune chance cette opposition, parce que leur candidat ne sont pas brillants. Je ne sais pas comment cela s’explique. La démocratie ? Bien sûr que l’on a besoin de démocratie. On aimerait, bien entendu l’avoir mais quand et comment ? Ca c’est une question. Le plus important c’est que les russes moyens vivent bien. Et selon moi, ceux qui travaillent vivent correctement.

C’est ici que je travaille. Il n’y a pas de chômage en Russie. Si on prend l’exemple de ma génération tous mes amis, mes proches on a tous du boulot. On peut tous s’offrir un appartement, une voiture.

Nous sommes dans l’un des quartiers de Voronej. Ici vivent des gens plutôt modestes, c’est la classe moyenne russe. Ils y élèves nos enfants et ces enfants fréquentent notre jolie petite maison de la culture.

Regardez ces petits immeubles, ici on voit le programme gouvernemental en application. Ces immeubles-là seront détruits, vous le voyez déjà et ils vont déménager dans de beaux et nouveaux grands immeubles gratuitement. Certains l’ont déjà fait. Alors je pense que les gens aujourd’hui n’ont pas à se plaindre. Ils vivent tous très bien.

18 mars 2018, élection présidentielle. Tout le monde veut avoir le meilleur Président pour son pays et je pense que nous, on l’a.

C’est l’icône du martyr Ismaël Basilievksi au goulag de Quaraguanda. C’est le prêtre qui était là avant la fermeture de l’Eglise dans les années 30.

On lui a interdit de continuer à exercer son sacerdoce et il a été arrêté le 17 novembre 1941, quand la deuxième guerre mondiale faisait rage et que les fascistes étaient aux portes de Moscou. Et bien notre gouvernement a malgré tout, trouvé le temps, de le condamner à mort et de l’exécuter.

J’ai apporté quelque chose pour vous. Ici dans le journal vous pouvez voir la photo d’Ismaël Basilievski en 1907.

Juste une photo de sa vie normale. Et sur l’autre photo on voit le jour de son arrestation.

C’est une toute autre personne, déjà un autre visage. Voilà ce que le système a fait de l’homme.

C’est bien dommage, mais aujourd’hui,

On voit que ce système est en quelque sorte en train de revenir. Il y a des arrestations et des condamnations de ceux qui ont d’autres points de vue politique.

Je vous présente ma femme Natacha. Elle venait ici très régulièrement pendant ces deux années et demi d’emprisonnement. Ma prison est juste là au coin en plein centre ville.

Moi je suis bouleversé quand je vois sortir de ces portes, juste-là devant des camions avec des grilles. Je suis ému car je sais qu’il y a des êtres humains là-dedans qui sont prisonniers et qui souffrent.

Moi j’ai vécu à l’époque de l’URSS. J’ai connu la Perestroïka et j’ai beaucoup aimé en dépit de tous ces défauts. Aujourd’hui je comprends que ce n’est pas vraiment Poutine le problème mais ce sont les gens. Parce que tous les messages que le pouvoir envoie, son bien reçu. Les Russes suivent et acceptent tout, malheureusement.

Puisque la messe est finie, je vous propose maintenant d’aller au bord de la rivière, c’est la rivière d’Ourne. Ca c’est le son de la neige quand on marche dessus quand il fait vraiment très très froid. Cela fait un bruit de grincement, on appelle cela le scrip.

Souvent les gens comparent les anciens présidents à celui qui est au pouvoir aujourd’hui et il faut reconnaître qu’il est bien meilleur dans sa façon de diriger le pays grâce à son tempérament et aussi à son sens de l’Etat. Il a restauré l’industrie et puis il est aussi attentif aux besoins des retraités.

C’est pour cela qu’il est perçu comme un Président vraiment proche de son peuple.

Les dirigeants de ce pays et le Président bien sûr ne doit jamais oublier que la Russie est un pays chrétien. Il faut toujours s’en souvenir. L’âme du peuple russe est là.

Avec cette volonté toujours affirmée d’aller vers Dieu.

Et la chrétienté doit prendre un rôle dominant. Il ne faut jamais oublier cela.

Ici, nous sommes à la rédaction de l’agence d’informations Abireg. On raconte l’histoire de la vie des entreprises de la région. On ne parle que du business des affaires, pas de politique. Je suis entré à cette rédaction une semaine après ma sortie de prison et j’y travaille depuis. 80% des médias en Russie appartiennent à l’Etat. Moi je ne peux pas travailler pour eux. Il faut que je me contente de ce que j’ai et je suis satisfais. Au moins dans ce secteur de la presse, on a encore une certaine liberté.

On m’avait demandé de poser des questions à Monsieur Poutine mais je n’au aucune question pour lui, aucun dialogue possible. L’homme russe courbe toujours l’échine devant le pouvoir qu’il salut à son passage et celui qui ne le fait pas risque qu’on lui enlève son chapeau et sa tête.

C’est la tradition le dimanche en fin de journée de nous retrouver dans la cuisine parce que pour nous tout se passe dans la cuisine. C’est là que l’on discute. Voilà mon mari Oleg, mon fils Yvan et sa copine Karina.

Selon moi, tout le monde comprend très bien qui doit gagner cette élection.

Tout simplement je pense que Poutine, est déjà une autorité dans le pays, mais aussi sur la scène internationale. On le connaît, on l’honneur, on l’estime.

C’est pour cela qu’on n’a pas de doute et qu’on est certain qu’il va gagner.

On peut dire qu’il est comme une marque, un peu comme un bon cognac. Et Poutine c’est vrai qu’il est comme une bonne marque et c’est pour cela que le choix est évident.

Comment moi ? Simple directrice d’un club de quartier je pourrais recommander quelque chose à notre Président ? A vrai dire moi je suis contente de tout. Et je voudrais que cette stabilité continue. Moi je suis satisfaite. Et je voudrais simplement lui souhaitais bonne chance pour qu’il reste encore au minimum pour un mandat. Et après on verra.

Je vous présente ma fiancée, Yulia, on se connaît depuis deux ans et nous allons bientôt nous marier. Si j’avais la possibilité de m’adresser à Vladimir Poutine et bien la question qui m’inquiète beaucoup c’est la politique étrangère.

On voit des tensions internationales de tous les côtés. Qu’est-ce qui nous attend ? Comment cela va évoluer ? Ca m’inquiète comme toute ma génération, les jeunes. Comment cela va-t-il finir ?

Moi ce que je voudrais c’est qu’il continu à développer tous les projets en cours pour confirmer notre rang. La Russie c’est la plus grand pays du monde, le plus fort, le plus indépendant. Il faut qu’il reste le meilleur pour toujours. Et on y vit très bien.

Pour voir le replay, cliquez-ici.

Auteur :
Marianne Solat
Journaliste, spécialiste en histoire
Publié le 12 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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