Ultragauche: une «montée en gamme de la violence», selon Laurent Nuñez

Sept personnes soupçonnées d’avoir voulu préparer une action violente ont été mises en examen vendredi pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle».

Il y a une «montée en gamme importante de la violence dans la mouvance ultragauche», a assuré ce dimanche 13 décembre à l’AFP le coordonnateur national du renseignement Laurent Nuñez après la mise en examen de sept personnes soupçonnées d’avoir voulu préparer une action violente. Les autorités estiment à 2000 environ le nombre de membres de la mouvance ultragauche, selon une source sécuritaire interrogée par l’AFP en octobre.

Depuis le début de l’année, les autorités ont recensé «un peu moins de 200 dégradations», dont une partie a été revendiquée par l’ultragauche, après un appel à commettre «des ‘actions directes’: dégrader des lieux du ‘Grand capital’, des collectivités locales, des antennes-relais», a expliqué M. Nuñez. «Plus de la moitié» des dégradations recensées concernent des pylônes de téléphonie, a-t-il ajouté. «En 2017, il y avait eu aussi un appel un peu identique, mais celui de cette année semble plus suivi, il y a plus d’actions», a-t-il ajouté.

Sept mises en examen

Vendredi, sept membres de l’ultragauche ont été mis en examen pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle». Ces six hommes et une femme, âgés de 30 à 36 ans, soupçonnés d’avoir voulu préparer une action violente, avaient été interpellés mardi. Leurs cibles n’étaient pas «arrêtées», a précisé dimanche une source proche du dossier. «Cela tournait autour des institutions, des forces de l’ordre ou des militaires», a-t-elle ajouté.

L’un des suspects, Florian D., considéré comme le «meneur», a combattu au côté des Kurdes au «Rojava» (Kurdistan occidental), dans le nord-est de la Syrie, pendant dix mois de 2017 à début 2018, selon cette source. Interpellé dans un squat à Toulouse, il était sans domicile fixe et avait été condamné pour violences aggravées, port d’armes, conduite sous stupéfiants, a précisé une autre source proche de l’enquête.

Un autre des membres du groupe était président d’une petite association d’«Airsoft» (tir au pistolet à billes), selon l’une des sources. «Ils se sont entraînés sous couvert de cette association, sur un terrain qui appartenait au meneur dans l’Indre», a-t-elle ajouté.

2008, l’affaire de Tarnac

Avant cette affaire, la dernière saisine connue de la justice antiterroriste pour des faits liés à l’ultragauche remonte à l’affaire de Tarnac en 2008, pour des soupçons de sabotage de lignes TGV. Mais les qualifications terroristes, objet d’un âpre débat, avaient été abandonnées par la justice avant le procès.

Début 2020, le procureur de Grenoble avait demandé, en vain, au parquet antiterroriste de se saisir des actions revendiquées par l’ultragauche, une quinzaine d’incendies dans sa région commis en trois ans visant la gendarmerie et différentes institutions (mairie, église, services publics).

«Les services de renseignements se sont certes concentrés sur le terrorisme islamiste sunnite ces dernières années, mais ne l’ont jamais fait au détriment de la surveillance d’autres mouvances», a ajouté Laurent Nuñez. «On est toujours restés très concentrés sur la mouvance ultradroite et la mouvance ultragauche», a-t-il encore dit.

Auteur :
Le Figaro avec AFP
Publié le 14 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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