Le leurre du référendum sur le climat

ARTICLE. Emmanuel Macron veut inscrire, via référendum, la lutte pour le climat dans la Constitution. Problème : elle y est déjà présente via la charte de l’environnement et l’idée devra être soumise au vote d’un Sénat à majorité LR. Enfin, le texte pourrait offrir trop de possibilités d’interprétations.

Le leurre du référendum sur le climat

En grand maître des horloges, Emmanuel Macron aura attendu le dernier moment pour assommer la Convention citoyenne qui s’était réunie ce lundi au Conseil économique social et environnemental. A l’approche de la quatrième heure de ce troisième rendez-vous entre le président et la convention citoyenne – dont on se demande toujours quelle est la légitimité démocratique, vu l’ampleur des propositions – Emmanuel Macron a annoncé vouloir organiser un référendum sur le climat.

Il s’agit en l’occurrence d’une des 146 propositions de la convention. Elle suggérait l’ajout d’un alinéa à l’article premier de la constitution “ La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique”. Le président de la République avait déjà donné des signaux positifs en ce sens, le 14 juillet, où il avait déclaré vouloir inscrire le plus vite possible la lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution. Pour autant, il s’est refusé à l’une des demandes de la convention qui souhaitait que l’environnement soit placé au-dessus de toutes les autres valeurs fondamentales dans le préambule de la constitution.

Au-delà de la proposition, largement commentée depuis hier, il y a la question de l’application. Celle-ci n’est pas sans poser bon nombre de questions. Pour autoriser ce référendum, le premier depuis le “non” à la Constitution Européenne de 2005, il faudra passer par l’article 89 de la Constitution : cet article stipule que la proposition devra être adoptée “ en termes identiques”, par l’Assemblée nationale et le Sénat. La première, à majorité LREM devrait, sans trop réfléchir ou analyser le texte, l’adopter comme un seul homme. En revanche, pour la deuxième, à majorité LR, rien n’est dit. D’une part parce que le calendrier parlementaire offre peu de marge de manœuvre et d’autre part car la question est très politique, à l’approche des présidentielles de 2022.

Emmanuel Macron réalise ici un coup parfait : tout à gagner, quasi rien à perdre. Il place le Sénat et globalement, l’opposition, dans une position embarrassante : quel que soit le contenu du nouvel alinéa, l’écologie a le vent en poupe et l’idée sera populaire : qui va assumer être étiqueté “pour le réchauffement climatique” ? Car un “non” au référendum sera immanquablement considéré par les partisans du “oui” comme un aveu d’anti-écologisme. La ficelle est si grosse… Si les sénateurs votent en faveur de la révision de la constitution, ils offriront alors un plébiscite au président. S’ils refusent, Emmanuel Macron aura beau jeu de discréditer la droite LR lors des prochaines élections présidentielles. Le vainqueur de 2017 marche également sur les plates-bandes du RN, qui réclame à cœur et à cri l’usage du référendum. Enfin, Emmanuel Macron, que le référendum soit oui ou non voté, en tirera une image écologique redorée, de quoi faire de l’ombre à EELV également.

La proposition du référendum devrait être présentée en conseil des ministres courant janvier. Mais que tous les passionnés d’écologie, ou âmes soucieuses du climat soient rassurés : la Charte de l’environnement veille en attendant ! Car là réside la beauté de l’entourloupe macronienne : la protection du climat est déjà intégrée dans la constitution via ce document. Alors il n’y est certes pas question de réchauffement climatique, mais l’article premier stipule que :” Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé”, tandis que le deuxième explique que :”Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.” Deux articles étudiés par le Conseil Constitutionnel, ce jeudi 10 décembre, lequel a décidé que le législateur ne pouvait aller à leur encontre.

Reste à connaître la formulation exacte qui sera proposée dans le futur nouvel alinéa. Et ne pas sous-estimer la portée liberticide d’une écologie maîtresse de toutes nos actions. La lutte contre le réchauffement climatique, toute vertueuse et nécessaire soit-elle, ne peut servir de paravent à la folie sectaire de certains comportements qu’elle suscite. Le 8 octobre 2018, l’AFP publiait un étrange graphique sur twitter intitulé : ”comment réduire son empreinte carbone” : largement en tête, devant “abandonner la voiture à essence” (2 tonnes de Co2 annuelle), figurait “Avoir un enfant en moins”. Soit une économie estimée, non négligeable de 60 tonnes de Co2 annuelle. En parallèle, fleurissaient dans la presse les témoignages de ces couples refusant d’avoir des enfants pour protéger la planète. La constitution est un texte trop précieux et symbolique, pour le manipuler à des fins purement politiques et laisser une marge de manœuvre aux fous de l’écologie.

Auteur :
La rédaction
Publié le 15 décembre 2020


Publié par magrenobloise

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