Pour un centime de plus, la grande distribution sacrifie les producteurs de pommes

ARTICLE. Alors que le secteur de la pomme française vient de connaître une année de récolte bien en deçà des espérances, une nouvelle menace plane sur lui. Un conflit vient de naître entre les industriels de la compote de pomme et la grande distribution. Les producteurs pourraient bien en faire les frais.

Pour un centime de plus, la grande distribution sacrifie les producteurs de pommes

Les vergers français sont en souffrance. La douceur de l’hiver a rendu la lutte contre les parasites plus ardue, les pucerons n’ont pas souffert du froid et n’ont pas été chassés des vergers. A cela s’ajoutent deux épisodes de sécheresse et de canicule estivales. Les pommiers sont fatigués à force d’avoir été poussés à bout et la nature reprend ses droits : les arbres ont peu fleuri et moins fait de fruits.

Un retour à la nature qui, tout vertueux soit-il d’un point de vue écologique et rationnel, pénalise les producteurs. La récolte de 2020 est la plus faible depuis sept ans. Le Service statistique ministériel de l’agriculture (AGRESTE) chiffre la production française de pommes au 1er novembre 2020 à -13% de celle de la moyenne de la période 2015 – 2019. Les récoltes de Golden, pomme privilégiée pour les compotes, baisseraient drastiquement de 26% en un an. Certaines exploitations font état d’une diminution atteignant jusqu’à 50%. Un phénomène qui ne s’arrête pas aux frontières de l’hexagone : l’association mondiale des pommes et des poires (WAPA) prévoit une baisse européenne de 7% (9% pour la Pologne, 3eme producteur mondial de pommes) par rapport à la moyenne de la période 2015 – 2019. Conséquence immédiate, les prix s’envolent : la golden se vend jusqu’à 50% plus cher que l’année précédente.

Environ 20% des pommes sont transformées en compote. Ce sont des fruits “imparfaits” qui sont sélectionnés, soit trop petits, soit trop grands, soit à la forme irrégulière. Les industriels de la compote (Andros, Materne, Charles et Alice , Valade et St Mamet), pourtant déjà mis à mal par une amende de 58,3 millions d’euros fixée en 2009 par l’Autorité de la concurrence, pour “entente sur les prix” sont prêts à absorber cette hausse des tarifs exceptionnelle. Mais il faudrait, pour rentrer dans leurs frais, que la grande distribution achète chaque petit pot de 1 à 1,5 centimes d’euros plus cher que le prix actuel.

Sur le papier, une augmentation qui semble faible au vu de l’enjeu. Mais la grande distribution ne l’entend pas de cette oreille. Dans le cadre de négociations commerciales entre les industriels et la grande distribution, il semblerait que cette dernière refuse totalement le principe de cet alourdissement de la note, se refusant à tout commentaire. Au contraire, elle serait demandeuse d’une réduction des coûts et inciterait vivement les industriels à s’approvisionner dans des pays moins coûteux, en Europe de l’Est. Ce faisant, elle remet en cause la balance commerciale française : le pays consomme majoritairement des compotes de pomme d’origine France, à hauteur environ de 85%.

La loi (loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous) promeut depuis le 30 octobre 2018 les produits d’origine France et le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, considère la souveraineté alimentaire comme “essentielle”. Manifestement il ne s’agit pas là de la principale préoccupation de la grande distribution pour qui des pommes à bas coût, encore moins bien rémunératrices des producteurs et au coût carbone plus élevé, paraissent préférables. A grand renfort de publicité, Leclerc avait annoncé il y a peu la fin des sacs plastiques, contre des sacs en toile de jute à acheter en caisse. Mais il s’agissait ici de faire payer le consommateur plus que l’enseigne. Diminuer ses propres marges pour respecter l’écologie, le cycle de vie des arbres et de la nature, vous n’y pensez tout de même pas ?

Au-delà de la question écologique, la grande distribution, pourtant guère avare en communication sur le « manger local », le circuit court, semble là aussi peu concernée par le devenir des producteurs de pommes français. Pourtant, s’il est bien un moment où ces derniers, déjà structurellement dans le dur, ont besoin d’aide, c’est maintenant. Plutôt que de leur tendre la main, la grande distribution a décidé de les ignorer au profit des producteurs étrangers, quitte à aggraver la crise en France. Une occasion manquée, en somme, de démontrer que le « made in France » n’est pas qu’un slogan ou l’occasion de s’acheter une belle image à bas coût auprès des consommateurs. Lorsque l’enjeu repose sur une question de centimes, les masques tombent.

Auteur :
La rédaction
Publié le 15 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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