Après la mort de deux des leurs en Savoie, les sauveteurs de la CRS Alpes réclament une prime “de spécialisation”

Après la mort de deux des leurs en Savoie, les policiers sauveteurs en montagne réclament une prime de risque. Contrairement à leurs collègues des Forces d’intervention de la police nationale (FIPN), ils ne bénéficient pas d’une prime dite “de spécialisation” alors qu’ils paient régulièrement un lourd tribut à leurs missions.

Des sauveteurs en montagne de la CRS Alpes à bord d’un hélicoptère de la Sécurité civile lors d’une opération de secours. Photo archives Le DL /Denis MASLIAH

Ils viennent de rendre un dernier hommage à deux des leurs, morts en mission d’entraînement en Savoie lors du crash d’hélicoptère qui a également causé le décès de trois membres du Service alpin français (SAF), le 8 décembre. Mais sous leur chagrin perce la colère, celle de ne jamais être parvenus à se voir accorder une prime de risque en dépit des drames successifs. Car cela fait des années que les CRS sauveteurs en montagne sollicitent ce qu’ils estimeraient être une juste reconnaissance de leurs compétences techniques, de leur engagement au service du public et surtout, des dangers qu’ils encourent tous les jours.

« Les parents pauvres »

En une soixantaine d’années, 44 d’entre eux sont morts en mission, dont huit depuis 2000, et chaque drame en rappelle un autre : quand le crash de Bonvillard s’est produit, à peine plus d’un an s’était écoulé depuis la mort de leur camarade de la CRS Alpes Grenoble, Nicolas Revello, tombé lors d’un secours à la Barre des Écrins.

« En fait, 13 % de l’effectif global de la CRS de montagne meurt en service tous les trois ans », résume Damien Fillon, délégué syndical d’Alliance Police nationale et secouriste au sein de l’unité grenobloise de la CRS Alpes. Contrairement à leurs collègues de la Force d’intervention de la police nationale (FIPN) qui regroupe le Raid et ses unités régionales ainsi que les BRI (Brigades de recherches et d’intervention) de la PJ, les sauveteurs en montagne ne perçoivent pas de prime dite “de spécialisation”, qui rétribue pourtant les compétences techniques et l’engagement des FIPN.

Un complément de quelques centaines d’euros au salaire de base qui n’a rien de mirobolant. « Certes, on ne rentre pas dans la police et le secours en montagne pour le salaire. Mais quand vous songez que notre spécialisation nécessite un investissement énorme en temps pour le passage des divers brevets d’État, de la qualification d’Officier de police judiciaire, ou encore pour les nombreuses qualifications internes, les stages, etc., vous comprenez que nous sommes les parents pauvres du système », estime Damien Astoul, également secouriste à la CRS Alpes Grenoble et délégué du syndicat Unité SGP-Police-FO.

« Les ministres nous tapent dans le dos et puis rentrent à Paris »

Comme pour la plupart des autres policiers, le salaire d’un fonctionnaire de police du secours en montagne (hors officiers) est d’environ 2 200 euros en milieu de carrière, et culmine à environ 3 000 euros en fin de carrière, au grade de major.

« Quand vous êtes chef de poste et que vous êtes confrontés à un gros secours, il faut prendre rapidement des décisions – et les bonnes – parce que la vie de nombreuses personnes est en jeu. Nous connaissons peu de métiers dans l’exercice desquels on est confronté à autant de responsabilités et de dangers pour un tel salaire. Le seul avantage dont nous bénéficions est une gratification en annuités pour la retraite au titre des heures de vol et des treuillages », détaillent encore Damien Fillon et Damien Astoul. « Voilà longtemps que nous demandons cette reconnaissance. À chaque drame, les ministres nous tapent dans le dos d’un air compréhensif en exprimant leur profonde gratitude pour les sacrifices consentis. Et puis ils rentrent à Paris et rien ne se produit. »

Si les unités du secours en montagne sont aujourd’hui une vitrine de la police nationale, elles ont également acquis une expertise qui, comme leurs camarades du PGHM pour la gendarmerie, fait d’elles des représentantes du système français à l’international. « Nous sommes sollicités pour former les secouristes de nombreux pays, nous représentons le savoir-faire et l’excellence française, et pourtant, nous sommes mal payés », ajoute Damien Fillon avec amertume.

Pour se faire entendre, les représentants des secouristes ont fait passer une lettre au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, lors de la cérémonie d’hommage à leurs camarades célébrée mardi, et ils ont sollicité de nombreux parlementaires. Avec l’espoir d’être enfin entendus.

Auteur :
Denis Masliah
Le Dauphiné Libéré
Publié le 17 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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