Printemps arabe : dix ans après, le rêve évanoui

Une jeunesse aux aspirations de liberté et de prospérité, des dictateurs déboulonnés, l’émergence d’un « califat » djihadiste. En une décennie, les soulèvements au Maghreb et au Moyen-Orient ont remodelé la région. Débouchant surtout sur le chaos et l’instabilité.

À Sidi Bouzid (Tunisie), là où tout a commencé le 17 décembre 2010. L’espoir d’un envol (démocratique) sur une fresque. Photo AFP/Fethi BELAID

C’est un séisme géopolitique dont les répliques ont profondément bouleversé le Moyen-Orient. Il y a dix ans, la vague du Printemps arabe déferlait dans les rues des grandes villes de plusieurs pays : Tunisie, Yémen, Égypte, Libye, Syrie. Après des décennies sous le joug de régimes dictatoriaux, les peuples arabes souhaitaient reprendre et maîtriser le cours de leur existence. Ces manifestations spontanées et populaires faisaient vaciller les certitudes, surprenant, dans le même temps, gouvernements locaux, instances régionales et pays occidentaux.

« On voyait des régimes forts, mais ils étaient intrinsèquement fragiles de l’intérieur », rappelle l’historien Jean-Pierre Filiu (lire par ailleurs).

Du jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, s’immolant par le feu le 17 décembre 2010, aux nouveaux soubresauts d’aspiration démocratique de 2019 en Algérie, au Liban ou au Soudan, la lame de fond de ce printemps arabe n’a cessé de provoquer des remous.

Le résultat est globalement décevant. À commencer pour ces peuples eux-mêmes, victimes d’une « guerre d’usure » de leurs propres dirigeants, destitués ou pas. De rares réformes, voire un retour à un ordre autoritaire (Égypte, Syrie) ont suivi, quand le pays n’a pas sombré totalement dans le chaos et un interminable conflit armé (Libye, Yémen, Syrie).

Le « irhal » (« Dégage »), slogan d’inspiration tunisienne, avait donné le tempo au début de la décennie. Mais l’enthousiasme populaire, vite rattrapé par la réalité, sociale et économique, s’est tari. Le terrorisme et le djihadisme ont même prospéré sur ces terres en friche, ou en ruines, comme en territoire irako-syrien avec le « monstre » Daech, ou dans le Sinaï.

La Tunisie, seule histoire à succès

Bien que fragile, la « révolution du jasmin » en Tunisie ne s’est pas fanée et reste la seule histoire à succès du Printemps arabe. Ailleurs, les contre-révolutions ont laissé un tapis de cendres. Et un paysage tourmenté que l’insaisissable président américain Donald Trump n’a pas cherché à comprendre, ni à apaiser. La normalisation entre Israël et plusieurs pays du Moyen-Orient, présentée sous un vernis réconciliateur par le 45e président des États-Unis, s’avère en réalité une « bombe » larguée par Donald Trump avant l’arrivée de son successeur à la Maison-Blanche. Un cadeau empoisonné pour Joe Biden, dont la politique étrangère pourrait rebattre les cartes du jeu dans la région. Un énième tournant ?

Auteur :
Xavier Frere
Dauphiné Libéré
Publié le 17 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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