Comprendre la Chine, partie 1 : De Huawei à Deng Xiaoping

En 2018, Huawei est le 2e constructeur mondial de smartphones derrière Samsung et devant Apple.

En 2003, Huawei s’installe en France, notamment à Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux. Plus tard, le groupe ouvrira une antenne à Lyon en 2011 puis un centre de recherche à Grenoble en 2018.

En 2011, Huawei se développe sur le marché de terminaux et des solutions pour les entreprises (informatique en nuage, téléprésence, centre de données, sécurité…).

En 2011, Huawei travaille avec 45 des 50 principaux opérateurs de télécommunication, et possède 110 000 collaborateurs dans 140 pays. Ces collaborateurs sont composés de 80 % d’ingénieurs avec une moyenne d’âge de 29 ans.

En 2013, 70 % du chiffre d’affaires de Huawei est réalisé à l’international. Preuve de cette croissance, Huawei s’impose progressivement comme l’un des constructeurs de smartphones les plus importants. Au deuxième trimestre 2018, l’entreprise chinoise dépasse ainsi le géant Apple quant au nombre de smartphones vendus.

En 2018, Huawei doit se retirer du marché australien. En effet, les autorités australiennes ont exclu le chinois Huawei des contrats pour la mise en place de la future infrastructure 5G du pays19.

En 2019, Huawei ouvre un centre de cybersécurité à Bruxelles sur 1 000 m2, Il va présenter sa pratique en cybersécurité, de la chaîne d’approvisionnement à la recherche et développement en passant par les produits et les solutions Huawei. Les opérateurs de télécommunications auront la possibilité de tester et d’examiner ses matériels et auront accès au code source. Huawei possédait déjà deux centres de cybersécurité sur le sol européen : l’un à Londres, ouvert en 2010, et l’autre à Bonn en Allemagne, inauguré en 2018.

En 2019, le groupe Huawei est en situation de quasi-monopole sur le continent africain. Il y dispose d’environ 70% des parts du marché des infrastructures. Pareille domination (à laquelle ont largement contribué les facilités de financement fournis par les banques publiques d’État aux gouvernements ou opérateurs de télécommunications africains) place l’équipementier dans une position idéale pour le déploiement de la 5G en Afrique : des premiers contrats ont d’ailleurs été signés avec l’Afrique du Sud, le Kenya et l’Egypte et, à date de juillet 2020, aucun gouvernement africain n’a encore prononcé la moindre interdiction contre Huawei.

En janvier 2020, le Royaume-Uni pose des garde-fous sur le déploiement de la 5G par Huawei, aucun équipement sur les cœurs de réseaux, part de marché limitée à 35 % et aucune présence sur les sites critiques, comme les centrales nucléaires.

Le 27 février 2020, se positionnant pour le déploiement la 5G en Europe, Huawei annonce son intention d’installer un site de production d’équipements en France. Mais, les autorités françaises ont indiqué le non-renouvellement des autorisations pour les opérations télécoms français souhaitant acheter des équipements 5G à Huawei. Les autorisations sont d’une part limitées à trois ou cinq années pour le matériel de l’entreprise et ne pourront d’autre part pas être reconduites.

En octobre 2020, Huawei ouvre un centre de recherche et développement(R&D) consacré à la recherche fondamentale en mathématiques à Paris en France.

Dans le cadre de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et du soupçon envers Huawei de laisser Pékin espionner les télécommunications, le président américain Donald Trump interdit aux groupes américains de commercer dans les télécommunications auprès de sociétés étrangères jugées dangereuses pour la sécurité nationale, et Google suspend ses relations avec l’entreprise chinoise, utilisatrice de son système Android.

La France confirme quant à elle que Huawei pourra investir sur son territoire.

La pose des câbles sous-marins de télécommunications constitue un nouvel axe de développement stratégique de Huawei car jusqu’à présent, seules trois entreprises (ASN, TE Subcom et NEC) contrôlaient la majeure partie de ce marché mondial, sachant que 99 % du trafic internet passe par ces câbles dont 80 % du flux transite par les États-Unis quelqu’en soit sa destination.

Entreprises

En 2015, Huawei et Alstom ont finalisé un projet pilote à Valenciennes consistant à développer une technologie de réseau haut débit de radiocommunication multiservice LTE 4G destinée à l’exploitation la signalisation embarquée des métros. Ce système prend en charge les messages vocaux et vidéo essentiels, le système CBTC (contrôle des trains basé sur la communication en réseau) et des applications de données à large bande comme les systèmes d’information passagers et la diffusion continue en direct d’images en TVCF.

En 2016, Huawei et Siemens ont annoncé la validation d’un système d’exploitation des trains CBTC basé sur un réseau mobile 4G LTE (les tests d’interopérabilité ont eu lieu en France fin 2015).

En mars 2020, Huawei se positionne sur le marché des hôpitaux en signant à Paris un accord-cadre avec Schnell Li-Fi, un « spin-off » de l’institut allemand Fraunhofer. Les deux sociétés vont proposer aux hôpitaux une solution mondiale pour les salles opérationnelles basée sur le Li-Fi, une technologie similaire au Wi-Fi, mais plus sécurisée, car elle utilise la lumière pour fournir du très haut débit.

Présent dans les entreprises européennes en coentreprise depuis quelques années, Huawei décide en décembre 2009 de s’implanter avec sa propre marque sur le marché grand public français en plaçant le U8230 équipé d’Android chez Bouygues Telecom.

-> Implantation du moteur de recherche Qwant.

Aujourd’hui, le centre de R&D de Huawei de Shanghai s’étend sur 227 000 m2 et compte 8 000 ingénieurs.

En 2008, Huawei est à la tête des dépôts de brevets à l’OMPI avec 1 737 brevets et est depuis resté dans le trio en tête des déposeurs de brevets. Cependant il faut noter qu’il s’agit de demande de brevets, et non d’octrois de brevets.

En 2012, Huawei dépose 41 948 brevets en Chine et 14 494 en dehors de Chine. Parmi ces dépôts de brevets, 30 240 ont été obtenus.

Selon la Central Intelligence Agency (CIA), Huawei reçoit un financement de l’appareil sécuritaire de l’État chinois.

En 2018, Le Monde indique que des serveurs installés par Huawei au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba, ont permis de transférer pendant cinq ans des données confidentielles à la Chine.

Plusieurs pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) refusent le développement de la 5G par Huawei à cause du risque d’espionnage que celle-ci pourrait représenter. Le fondateur de l’entreprise, Ren Zhengfei, dément ces risques d’espionnage : « J’aime mon pays, je soutiens le Parti communiste. Mais je ne ferai jamais rien pour nuire au monde ».

En 2019, Huawei est soupçonné d’un vol massif de données aux Pays-Bas. Selon la presse néerlandaise, les services de renseignement du royaume jugeraient « non souhaitable » l’ouverture du marché national de la 5G au groupe chinois.

En 2019, il est révélé que Huawei a tenté d’espionner l’entreprise californienne AKHAN semiconductor, ce qui donne lieu à une enquête du FBI. À la suite des accusations d’espionnage, les États-Unis sanctionnent le groupe, puis Google s’en distance. Le cœur des accusations porte sur les équipements permettant de déployer aux États-Unis le réseau de données sans fil 5G. Ils annoncent l’interdiction des infrastructures téléphoniques Huawei sur le territoire, considérées comme une menace en matière de sécurité nationale. Dans ce conflit épineux qui mêle sécurité nationale et guerre économique, l’Europe joue le balancier entre la Chine et les États-Unis, ce qui permettrait de renforcer la place de la France mais la soumet aux pressions des 2 parties.

Le 14 août 2019, The Wall Street Journal affirme que des employés de Huawei ont aidé les gouvernements de Zambie, d’Ouganda et d’Algérie à espionner leurs citoyens.

Le 27 décembre 2019, la Commission européenne émet des réserves sur la participation de Huawei au déploiement de la 5G en Europe en raison des risques d’espionnage et de détournement des données des citoyens ou des entreprises. La loi chinoise oblige en effet les entreprises comme Huawei à transmettre des informations aux services secrets chinois.

En juillet 2020, le Royaume-Uni décide d’exclure Huawei de son réseau 5G. L’achat de nouveaux équipements de l’entreprise sera interdit dès la fin 2020 et les équipements existants devront être retirés d’ici à 2027, a déclaré le ministre chargé de la culture et du numérique, Oliver Dowden, à la Chambre des communes à l’issue d’une réunion du Conseil de sécurité nationale (NSC) présidée par le premier ministre conservateur Boris Johnson.

Vie privé et contrôle social

Huawei développe et commercialise, à partir de son expérience en Chine, son concept de ville sûre, une extension de la ville intelligente. Elle repose sur une infrastructure de télécommunications de nouvelle génération (5G), la capacité de contrôler à distance des milliers de types d’objets connectés (par exemple feux de circulation, panneaux d’affichage, signalisations diverses), un déploiement de caméras de surveillances connectées au réseau et, potentiellement (car déjà déployées en Chine), des applications d’intelligence artificielle sur les images (reconnaissance des plaques minéralogiques, reconnaissance faciale, etc.). Toutes ces technologies combinées peuvent mener à un contrôle social très développé mettant en péril les libertés individuelles (notation sociale base d’un système de crédit social, « pilori » numérique sur écran d’affichage). La nocivité effective des villes sûres est totalement dépendante des autorités en charge et met en alerte les associations de défense des droits humainset les autorités indépendantes de contrôle telle la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) en France.

En France, la mairie de Valenciennes se laisse séduire en 2017 par un cadeau de l’équipementier Huawei pouvant représenter 2 millions d’euros, à charge pour la municipalité d’en définir son usage. Huawei a pu expérimenter librement son système de « caméras intelligentes » dans la ville de Valenciennes grâce à un accord passé avec le maire Jean-Louis Borloo ; quelques années plus tard, en 2016, celui-ci est nommé au conseil d’administration de Huawei France, il est administrateur de l’équipementier pendant deux ans, jusqu’à fin 2018. Il renonce à prendre la présidence du conseil d’administration qui lui est proposée en 2019.

Une large majorité des projets de « villes intelligentes » construites en Afrique par la Chine le sont à l’initiative de Huawei qui, en mai 2018, a lancé un fonds de 1,5 Md USD pour soutenir le développement des « villes intelligentes » sur le continent.

Influence

Pour assurer son influence sur les décisions politico-économiques, Huawei recrute activement, et à prix d’or, d’anciens politiciens et diplomates au large carnet d’adresses, parfois aux limites des règles de déontologie.

Gérard Errera, élevé à la dignité d’Ambassadeur de France en 2008, ex-secrétaire général des Affaires étrangères, ex-ambassadeur au Royaume-Uni, siège au comité consultatif de Huawei International.

L’ancien ministre Jean-Louis Borloo a été administrateur de l’équipementier Huawei Technologies, de 2016 à fin 2018. Il est de retour en juin 2019 jusqu’en mai 2020 en tant que président de la filiale française de Huawei. En septembre 2020, l’ex-secrétaire d’État Jean-Marie Le Guen lui succède au conseil d’administration de Huawei France.

En octobre 2019, Jacques Biot est nommé administrateur chez Huawei France, en novembre 2020 il devient président du conseil d’administration de Huawei France. Son parcours en cabinet ministériel, et son appartenance au corps X-Mines permettront à Huawei de promouvoir sa stratégie à haut niveau.

Travail des enfants
En 2014, Un reportage du magazine Cash Investigation sur France 2 révèle le travail des enfants, y compris la nuit, dans l’usine d’un sous-traitant de Huawei à Nanchang. Interrogé par les journalistes de L’Usine nouvelle, François Quentin, président du conseil d’administration de Huawei France, menace la présentatrice de Cash Investigation, Élise Lucet : « J’ai activé tous mes réseaux et Madame Lucet n’aura plus aucun grand patron en interview, sauf ceux qui veulent des sensations extrêmes ou des cours de media training ! ». Quelques jours plus tard, il publie sur son profil Twitter : « Je n’ai pas l’intention de porter atteinte à la réputation de l’équipe de Cash Investigation et regrette sincèrement ces propos mal exprimés. ». Huawei annonce par la suite avoir décidé de cesser de travailler avec le sous-traitant concerné.

En 2017, Greenpeace reproche à Huawei sa conduite sur les questions environnementales. Si dans sa communication l’entreprise soutient les initiatives gouvernementales chinoises sur l’environnement, elle ne livre aucune donnée sur ses propres produits et ne semble pas conduire de politique industrielle liée au recyclage.

Ren Zhengfei– Le 6 décembre 2018, Meng Wanzhou la directrice financière de Huawei est arrêtée au Canada sous la demande des Etats-Unis. Huawei aurait notamment utilisé deux sociétés écrans, Skycom et Canicula Holdings, pour vendre des équipements télécoms à l’Iran en 2010, en contravention des sanctions. Avec ces mêmes artifices, Huawei aurait commercé avec la Syrie jusqu’en 2017.

Parti Communiste Chinois – En 2011, le parti compte 80,6 millions de membres ce qui en faisait le plus grand parti au monde. En 2015, le parti comptabilisait 87,79 millions d’adhérents et 90 millions à la fin de 2018.

Organisation : Le Parti communiste chinois est composé de 11 millions de cadres, de 80 millions de membres répartis dans 3,9 millions organisations de base. La sinologue Marie-Claire Bergère indique que le parti présente toujours une « organisation pyramidale » : le congrès est à sa tête. Les membres du congrès sont « théoriquement élus mais en réalité désignés ». Le congrès nomme les membres du comité central, de celui-ci est issu le bureau politique qui désigne enfin les membres du comité permanent. Ce dernier échelon détient le pouvoir suprême.

En Chine chaque poste à responsabilité (juge, chef d’entreprise, etc) est doublé d’un poste politique, sauf lorsque le responsable occupe un niveau suffisant dans l’organisation du parti. Cette « non-séparation des pouvoirs » et les conflits d’intérêt qui en découlent expliquent en partie les problèmes endémiques de corruption au sein du parti.

En novembre 2012, le congrès désigne Xi Jinping comme secrétaire général du Parti communiste chinois.

Recrutement et ascension de membres :

Les enfants de communistes ont une place assurée dans le Parti. Mais les intellectuels et les jeunes diplômés, hier traités de « petits-bourgeois », sont aujourd’hui courtisés pour qu’ils rejoignent le Parti. Il s’agit de construire le « parti de l’excellence ». Ainsi le recrutement dans les universités chinoises ou étrangères est privilégié, État et Parti étant indissociables, il est nécessaire d’y placer l’élite du pays.

Dès que les membres du Parti doivent occuper des fonctions importantes, à l’échelon central ou en province, ils doivent suivre les formations de l’école centrale du Parti communiste chinois.

Les 28 bolcheviks étaient un groupe d’étudiants chinois qui étudièrent à l’université Sun Yat-sen de Moscou entre la fin des années 1920 et le début 1930. L’université avait été fondée en 1925 comme sous-produit de la politique d’alliance entre l’Union soviétique et le fondateur du Kuomintang, Sun Yat-sen. Bien que cette université n’ait duré que cinq ans, elle a eu une influence importante sur l’histoire moderne chinoise, car ce fut là que furent formés beaucoup de personnalités politiques, et parmi eux les plus célèbres ont formé le groupe des vingt-huit bolcheviks/vingt-huit bolcheviks et demi. Ce groupe d’étudiants était des orthodoxes de la politique marxisme-léninisme.

Xi Jinping, secrétaire général du Parti depuis novembre 2012 et président de la République depuis mars 2013 est présenté comme le chef de la faction des princes rouges. L’ancien secrétaire général Hu Jintao est qualifié de chef de file de la faction de la Ligue des jeunesses communistes.

Xi Jinping, fut le patron du Parti communiste à Shanghai. Cette métropole abrite les représentants de la faction de Shanghai menée par l’ancien secrétaire général Jiang Zemin. Les membres de cette faction privilégient le développement économique des zones côtières de la Chine et les industries d’exportation.

Martine Bulard indique que les princes rouges occupent des postes au sein de l’appareil, mais sont essentiellement à la tête des grands groupes publics ou semi-publics. Ils seraient en compétition avec les responsables communistes aux origines sociales modestes, provenant des provinces intérieures et formés à la Ligue de la jeunesse communiste.

Xi Jinping remet en place dans les médias, les écoles et les universités chinois, un contrôle idéologique.

En 2014, un « examen idéologique » est instauré par le Parti communiste afin de « contrôler » l’ensemble des journalistes. Ces derniers doivent connaître des règles essentielles, par exemple « il est absolument interdit à des articles publiés de faire état de commentaires contredisant la ligne du Parti communiste chinois. » Ou encore « la relation entre le parti et les médias est celle du dirigeant et du dirigé ».

Xi Jinping aurait rédigé un texte, connu sous la dénomination « Document numéro 9 », où il s’oppose à « la démocratie et aux droits de l’homme ». Les points de vue contraires au Parti communiste chinois ou à sa ligne politique sont interdits et ne peuvent pas être publiés. Xi Jinping détermine « sept périls parmi lesquels « la démocratie constitutionnelle occidentale », les « valeurs universelles » des droits de l’homme, la « société civile », la « liberté de la presse » et le « néolibéralisme » ». Ce « Document numéro 9 » permet à Xi Jinping de stopper, aussi bien au sein du Parti communiste que dans la société chinoise, les velléités de promouvoir une libéralisation du système politique.

En 2019, Reporters sans Frontières classe la Chine, en matière de liberté de la presse, à la place 177 sur les 180 pays présentés. L’ONG indique que les médias sont sous le contrôle du Parti communiste.

En septembre 2019, le Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois présente une réflexion sur l’éducation patriotique en Chine. Celle-ci doit permettre aux Chinois de comprendre la « nature du rêve chinois, d’inspirer son amour du Parti, du pays et du socialisme, et de réunir le grand élan du renouveau national ». La jeunesse chinoise est particulièrement concernée par cette éducation.

En 1951, la campagne des trois-anti s’ouvre après avoir été mise en pratique en Mandchourie par Gao Gang. Il s’agit de « redresser les cadres hérités de l’ancien gouvernement » et de préserver les nouveaux cadres contre les tentations du pouvoir et surtout les deux tentations contradictoires « l’autoritarisme » et « le laisser-aller » qui éloignent les masses du Parti. Ce mouvement d’éradication qui se concrétise par des emprisonnements et des exécutions se prolonge jusqu’en avril 1952. La campagne des cinq anti prend le relais. Il s’agit alors d’éliminer la corruption, la fraude, l’évasion fiscale, le détournement des biens de l’État et l’obtention illégale des secrets économiques.

En 2002, le nouveau secrétaire général Hu Jintao déclare « Si on ne lutte pas contre la corruption, les liens de chair et de sang entre le Parti et le peuple en souffriront beaucoup, et le Parti risquera de perdre son pouvoir ou même d’aller à l’autodestruction ». Dix ans plus tard, à l’occasion du XVIIIe congrès national du Parti communiste chinois, qui se tenait du 8 au 14 novembre 2012, Hu Jintao a de nouveau dénoncé la corruption comme une menace qui pourrait détruire l’État et le Parti communiste chinois.

Lutte contre la corruption et lutte entre factions rivales sont intimement liées.

Dès 1995, l’ancien maire de Pékin, Chen Xitong, est condamné à seize ans de prison pour corruption. Toutefois, en 2012, il dit avoir été victime d’une purge politique et indique que la supposée corruption n’était qu’un prétexte. Sa chute s’expliquerait par son conflit politique avec le secrétaire général Jiang Zemin). L’ancien numéro un du Parti à Shanghai, Chen Liangyu, a été condamné à dix-huit ans de prison en 2008 lui aussi pour corruption. Bo Xilai, ministre du Commerce de la république populaire de Chine de 2004 à 2007 et secrétaire du Parti communiste chinois de Chongqing a été destitué de cette fonction en mars 2012. Bo Xilai a été « accusé officieusement de corruption ». Sa femme Gu Kailai a été condamnée à la peine de mort avec sursis le 20 août 2012 pour avoir tué l’homme d’affaires britannique Neil Heywood pour son mari. Lors de son procès qui se tient en août 2013, Bo est condamné à la prison à vie.

Mao Yushi estime que l’affaire Bo Xilai a le mérite de montrer au grand jour les luttes entre les factions rivales. Marie-Claire Bergère considère que la lutte contre la corruption fait partie de l’arsenal des luttes entre factions du Parti communiste. La chute de Chen Xitong correspond à l’effacement de son protecteur Deng Xiaoping et l’affirmation du pouvoir de Jiang Zemin. De même l’affaire de Chen Liangyu correspond à la période de lutte d’influence entre Jiang Zemin et son successeur Hu Jintao. Une fois que la stabilité est acquise à la tête du parti, les réseaux peuvent de nouveau fonctionner et la corruption se développe alors sans opposition.

Dès son élection en novembre 2012, Xi Jinping s’engage à réprimer la corruption qui sévit au sein du Parti communiste. Selon Zhu Lijia, professeur de l’Académie des sciences politiques, « jusqu’à preuve du contraire, cette campagne n’est rien d’autre à mes yeux qu’une opération de relations publiques ».

Li Jianguo, membre du bureau politique du Parti communiste depuis novembre 2012, ferait l’objet d’une enquête engagée par les autorités chinoises. Li Jianguo a intégré le Politburo en novembre 2012. Depuis 1995, trois membres du bureau politique ont été mis en cause dans des affaires de corruption en Chine. Divers observateurs considèrent que la campagne anticorruption permet à Xi Jinping d’éliminer certains opposants politiques, comme se serait le cas pour Zhou Yongkang.

La mise en place du système de crédit social par le Conseil des affaires de l’État de la république populaire de Chine répond, entre autres, à la volonté de lutter contre la corruption.

Contestation :
Toute contestation du parti au pouvoir était autrefois sévèrement prohibé, particulièrement durant la révolution culturelle. Pendant des années des manifestations sporadiques restent réprimées avec force par le régime en place, en 1989 les massacres de la place Tian’anmen en sont un exemple. Depuis la fin des années 2010, au sein de la population chinoise, il apparaît des mouvements de contestation plus structurels: la crise de Hong Kong ,en 2019-2020, illustre un rejet total, par une grande partie du peuple, de la main mise politique du parti sur l’ancienne colonie Britannique. De manière plus symbolique, le journal l’Express publie en Juin 2020 un article stipulant qu’une ancienne star du Football ose défier le régime en demandant sur une vidéo: le renversement du parti.

Zong Qinghou – En 2013, selon un rapport de l’Institut Hurun, Zong Qinghou, l’homme d’affaires le plus riche de Chine figure parmi les 83 délégués milliardaires que compte de l’Assemblée nationale populaire de Chine.

Li Yuanchao – Son fils a travaillé comme représentant aux États-Unis de la société pharmaceutique suisse Novartis, puis il suit des études à Harvard.

Deng Xiaoping – (1904-1997) – secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) de 1956 à 1967 et plus tard le numéro 1 de la république populaire de Chine de décembre 1978 à 1992. Deng Xiaoping est généralement considéré comme étant à l’origine du développement économique de la Chine actuelle. Il est largement connu comme « l’architecte en chef de la réforme et ouverture ».

Deng Xiaoping étudiant en France.

Né dans une famille de fermiers à Guang’an dans le Sichuan, Deng étudie, adolescent en France dans les années 1920 où il est influencé par le marxisme. Il rejoint le Parti communiste chinois en 1923. Au cours des années 1930, il a participé à la « Longue Marche ». Après la fondation de la République populaire de Chine en 1949, Deng a travaillé au Tibet ainsi que dans le sud-ouest de la Chine pour consolider le contrôle communiste. Deng était l’un des dirigeants les plus importants de la Chine à l’époque de Mao Zedong. Il a joué un rôle important dans la « Campagne anti-droitiste » et la reconstruction économique après le « Grand Bond en avant ». Cependant, il a été purgé deux fois par Mao pendant la révolution culturelle.

Deng Xiaoping est devenu le leader suprême de la Chine en décembre 1978. À la fin des années 1970, il a lancé le programme « Boluan Fanzheng » qui tentait de corriger les erreurs de la révolution culturelle. Il a lancé la réforme économique chinoise en 1978. Au début de 1979, Deng a commencé une guerre d’un mois avec le Vietnam. En août 1980, il démarre les réformes politiques de la Chine en fixant des limites de mandat pour les « hauts dirigeants » et en proposant une révision systématique de la Constitution chinoise (la Constitution de 1978); la nouvelle Constitution incarnait le constitutionnalisme à la chinoise et a été adoptée par l’Assemblée nationale populaire en décembre 1982. En 1989, Deng a joué un rôle controversé dans la répression des manifestations de la place Tian’anmen. En 1992, «inspection du sud de Deng Xiaoping » a repris le programme « réforme et ouverture ».

Quoique retiré ensuite des affaires, il demeura un référent pour le régime jusqu’à son décès. Il est décédé en février 1997, juste avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Deng Xiaoping a été nommée « Personne de l’année » à deux reprises par Time Magazine en 1978 et 1985. Sa théorie du « socialisme aux caractéristiques chinoises » a été inscrite dans la Constitution chinoise en 1999.

Jeunesse en France
Deng débarque en France le 19 octobre 1920, à Marseille, avant de rejoindre Paris en train. Il est fortement soutenu dans cette démarche par son père qui lui confie comme mission d’apprendre de l’Occident pour sauver la Chine en prise à d’importants troubles.

D’autres dirigeants chinois comme Zhou Enlai, Chen Yi, Cai Hesen, Li Lisan, Zhao Shiyan, Li Weihan profitèrent de ces études à l’étranger.

Dans le cadre de son activité professionnelle, Deng Xiaoping découvre le marxisme, dont les idées n’ont pas encore atteint la Chine, faute de traduction en chinois.

Deng devient alors communiste et un fervent opposant au système capitaliste.

Zhou Enlai est le fondateur du Parti communiste chinois avec Chen Duxiu et Li Dazhao, avec l’aide de l’Union soviétique en 1921.

En 1926, Deng se rend à Moscou, où il passe onze mois à étudier avec d’autres communistes chinois, d’abord à l’université communiste des travailleurs de l’Est, qui vise à former des jeunes d’Asie orientale, avant de rejoindre l’université Sun Yat-sen, également orientée vers l’Asie. Là, Deng passe un an à étudier les principes du marxisme-léninisme.

Révolution culturelle
En lançant la Révolution culturelle, Mao Zedong tente de retrouver son autorité, qui a été écornée après l’échec économique du Grand Bond en avant. Face à Deng et Liu, qui tentent de le sevrer des tâches courantes du gouvernement, Mao mobilise les jeunes et les incite à attaquer ceux qui ne sont pas fidèles à sa direction. À cette époque, apparaissent une grande quantité d’affiches condamnant Liu Shaoqi et Deng Xiaoping comme étant capitalistes et de droite. Dans le même temps, le culte de la personnalité de Mao, promu par Lin Biao, atteint son paroxysme.

Au cours du 3e plénum du 11e Comité central du PCC (12-18 décembre 1978), la victoire obtenue quelques jours plus tôt par Deng Xiaoping est officialisée. Il devient de facto le dirigeant de la Chine lorsque son idée de réforme économique est adoptée par le Parti. Afin d’affirmer sa position de leader, Deng Xiaoping, annonce publiquement son intention d’envahir le Viêt Nam le 12 février 1979 en envoyant 600 000 soldats pour raser méthodiquement les villes frontalières. Mais cette invasion est une défaite stratégique, car la Chine ne s’attendait pas à une résistance aussi farouche du Viet Nam qui sortait à peine de la guerre du Viet Nam en 1975.

 Le 1er janvier 1979, les États-Unis reconnaissent diplomatiquement la république populaire de Chine, délaissant les autorités de Taïwan. Les contacts commerciaux entre la Chine et l’Occident commencent à se développer. À la fin de 1978, l’entreprise aéronautique Boeing annonce la vente de plusieurs avions 747 aux compagnies aériennes de la RPC, et la compagnie de boissons Coca-Cola rend publique son intention d’ouvrir une usine de production à Shanghai.

Au début de l’année 1979, Deng Xiaoping effectue une visite officielle aux États-Unis au cours de laquelle il rencontre à Washington le président Jimmy Carter et plusieurs membres du Congrès. Selon Zbigniew Brzeziński, conseiller à la sécurité nationale de Carter, il aurait autorisé les États-Unis à installer une base servant au renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT) en Chine, afin d’écouter l’URSS. Il visite ensuite le centre spatial de la NASA à Houston et le siège de Boeing et Coca-Cola, respectivement à Seattle et Atlanta. Avec ces visites symboliques et importantes, Deng indique clairement que la priorité du nouveau régime chinois est le développement économique et technologique. Le message qu’il passe au peuple chinois est d’autant plus clair : « Il est bon de s’enrichir ».

Suivant les recommandations de Zhou Enlai (Premier Ministre de 1949 jusqu’à sa mort), Deng ambitionne de faire avancer les « Quatre Modernisations » (industrie et commerce, éducation, organisation militaire et agriculture) et met en place un plan ambitieux pour ouvrir et libéraliser l’économie chinoise.

Pendant les années 1980, Deng dirige l’expansion de l’économie et en termes politiques, il prend en charge les négociations avec le Royaume-Uni pour la restitution de Hong Kong, en rencontrant personnellement le Premier ministre britannique Margaret Thatcher. Le résultat de ces négociations est la déclaration sino-britannique conjointement signée le 19 décembre 1984, qui fixe la rétrocession du territoire de Hong Kong à 1997. Le gouvernement chinois accepte de respecter le système économique et les libertés individuelles de la colonie britannique de l’époque au cours des cinquante années qui suivront la rétrocession. Le Portugal, sous la pression des autorités chinoises décide d’organiser le retour de sa colonie de Macao en 1999 avec un accord à peu près équivalent à celui obtenu pour Hong Kong. Le retour de ces deux territoires est fondé sur le principe politique formulé par Deng lui-même et qu’il appelle « un pays, deux systèmes ». Celui-ci renvoie à la coexistence, sous une même autorité politique de différents systèmes économiques, le communisme et le capitalisme. Bien que cette théorie soit appliquée au cas de Hong Kong et Macao, il semble que l’intention de Deng Xiaoping est de présenter une option attrayante pour le peuple de Taïwan en vue du retour éventuel de l’île rebelle.

Sur le front économique, la croissance rapide fait face à plusieurs problèmes. Tout d’abord, le recensement de la population de 1982 révèle l’extraordinaire croissance démographique chinoise, qui dépasse maintenant le milliard. Deng Xiaoping lance des plans dans la continuité de ceux lancés par Hua Guofeng pour limiter cette croissance en appliquant la politique de l’enfant unique, selon laquelle la plupart des couples ne peut avoir plus d’un enfant sous peine de sanctions administratives et financières (perte d’emploi et importante taxe à payer pour le deuxième enfant né). En outre, l’augmentation de la liberté économique aboutit à davantage de liberté d’opinion et les critiques commencent à émerger, notamment avec le dissident Wei Jingsheng, qui invente le terme de « cinquième modernisation » pour faire référence à la démocratie, élément absent des plans de rénovation de Deng Xiaoping. À la fin des années 1980, le mécontentement contre l’autoritarisme et les inégalités croissantes provoque la plus grande crise subie par Deng Xiaoping.

La répression violente des manifestations entraîne un nombre indéterminé de victimes, oscillant entre 400 et plusieurs milliers de morts selon les sources.

Le dalaï-lama demanda à Lodi Gyari Rinpoché de rédiger une déclaration soutenant les étudiants, au nom de la démocratie et des droits de l’homme et rejetant la violence, au risque de compromettre les négociations tibéto-chinoises. Deng Xiaoping l’a pris personnellement et ne lui a jamais pardonné.

A 88 ans, Deng indique clairement que l’ouverture économique ne fait pas marche arrière. Le vieux chef stimule les réformes économiques lancées qui se traduisent par une accélération sans précédent de la croissance économique et des investissements étrangers en Chine pendant les années 1990.

Malgré son âge avancé, jusqu’à sa mort, Deng Xiaoping est considéré comme le chef suprême de la Chine. 

Selon ses partisans, sous la houlette de Deng Xiaoping, la Chine, avec plus d’un milliard d’habitants, a commencé une ère de développement économique telle qu’elle n’en avait jamais connue. La politique de Deng a permis à des centaines de millions de Chinois de sortir de la pauvreté et a placé la république sur les rails qui en font aujourd’hui la seconde puissance du monde.

Malgré ces réussites, Deng Xiaoping a été critiqué pour sa manière autoritaire de gouverner et pour son rôle dans l’utilisation de la force contre des manifestants sur la place Tian’anmen le 4 juin 1989. 

Deng Xiaoping s’éteint le 19 février 1997, à l’âge de 92 ans, des suites d’une infection aux poumons et de la maladie de Parkinson.

Ses funérailles ont lieu le 24 février 1997. Un grand hommage lui est rendu. Même s’il n’est plus au pouvoir depuis des années, il reste considéré comme un des dirigeants de la république populaire de Chine. Le Gouvernement central le décrit comme un « grand marxiste, un grand révolutionnaire du Prolétariat, un homme d’État, militaire, diplomate ; un des plus grands dirigeants du Parti communiste chinois, de l’Armée de libération populaire et de la république populaire de Chine ; le grand architecte de l’ouverture et la construction moderne de la Chine, le fondateur de la théorie de Deng Xiaoping ». Les drapeaux restent en berne pendant plus d’une semaine. Deng est incinéré et ses cendres dispersées en mer, selon ses volontés.

« Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape la souris, c’est un bon chat. »

— en chinois「不管白猫、黑猫,逮住老鼠就是好猫。」, 1962, dans un discours lors d’une réunion du Secrétariat du Bureau politique du Parti.

Auteur :
George Plancher
Géographe
Publié le 18 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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