Comprendre la Chine, partie 3 : Mao Zedung

George Plancher géographe restitue une partie de l’histoire de la Chine. Cet article est la troisième partie « Mao Zedung« .

Eviction de Lin Biao
Mao Zedong décide de s’appuyer sur Jiang Qing pour éliminer Lin Biao dont la puissance l’inquiète. Le conflit ne porte pas sur un désaccord politique mais sur la question du pouvoir.

En octobre 1969, Lin Biao mobilise les chefs des onze régions militaires pour « renforcer les défenses et se protéger d’une attaque surprise de l’ennemi. » Cet ordre conduit à la mobilisation de 940 000 soldats, de 4 100 avions et de 600 navires. Cet ordre s’est effectué sans l’accord de Mao, ce dernier s’emporte qu’un tel déploiement de force résulte de la seule décision de Lin Biao. Est-ce la répétition générale d’un putsch militaire ? Des négociations sont engagées, à la grande satisfaction de Mao, avec les Américains en décembre 1969 et celles avec les Soviétiques se poursuivent. Le conflit entre Mao et Lin voit le jour dans un débat sur la « théorie du génie ». 

Le 31 août Mao distribue une lettre intitulée « mon opinion », il y condamne définitivement Chen, au nom du marxisme, et indique que ses analyses sont partagées par Lin, le mettant ainsi à l’abri des critiques. Mao Zedong décide de s’attaquer directement à Lin Biao à la fin de l’année 1970, il met en place un groupe central chargé de la propagande et de l’organisation, ces membres lui sont totalement acquis.

Puis en avril 1971, Zhou Enlai et Henry Kissinger se rencontrent puis ce dernier séjourne en secret à Pékin du 9 au 11 juillet.

Après l’éviction de Lin Biao, le 10e Politburo permet l’installation, à des postes clefs, des membres de la bande des Quatre dont fait partie Jiang Qing. Mao et la bande des Quatre, engagent alors la campagne « Critiquer Lin, critiquer Confucius » qui vise essentiellement le Premier ministre Zhou Enlai. Pourtant Mao et ses protégés perdent du pouvoir au sein du Parti. C’est pourquoi la bande des Quatre et Mao décident d’engager une « campagne pour l’étude de la dictature du prolétariat » qui essaye de relancer la révolution culturelle (« nivellement des salaires, interdiction de l’agriculture privée, élimination des éléments bourgeois »).

Politique extérieure
Influence de Staline
Alors que la déstalinisation avait commencé dès 1956 en URSS, Mao a refusé ce mouvement et continué à appliquer les méthodes économiques et politiques de Joseph Staline, contre les conseils de Nikita Khrouchtchev notamment. Le portrait de Staline figurait toujours sur la place Tian’anmen en 1972 en bonne place aux côtés de ceux de Lénine, Marx et Engels, comme on peut le voir dans le film Chung Kuo, la Chine tourné par Michelangelo Antonioni quelques années avant la fin de la révolution culturelle et la mort de Mao.

Ouverture vers les Etats-Unis
À la fin de son règne, Mao Zedong changea sa stratégie d’autarcie en invitant le président américain Richard Nixon en Chine, préfigurant la politique d’ouverture de Deng Xiaoping. Par cette rencontre, les deux dirigeants entendaient contrebalancer la puissance de l’Union soviétique.

Dernières années et mort
Le 11 mai 1976, Mao Zedong est terrassé par un infarctus du myocarde après une dispute avec sa maîtresse Zhang Yufeng. Jiang Qing et les dirigeants chinois ne le consultent pratiquement plus. Il passe ses journées à visionner des films avec Zhang Yufeng. Le 9 septembre à zéro heure et 10 minutes, Mao Zedong, à 82 ans, meurt.

Après sa mort

Par la suite, la politique idéologique extrême menée par Mao Zedong a fait l’objet de critiques ouvertes au sein du Parti communiste chinois, qui met fin au culte de la personnalité et à l’idolâtrie qu’il avait lui-même organisée et intensifiée à la fin de sa vie. Le limogeage de la bande des Quatre, dont son épouse, Jiang Qing, qui a eu lieu rapidement après sa mort prouve bien à quel point sa politique était tombée en disgrâce, tant dans les hautes sphères du parti que dans l’esprit populaire.

Le bilan humain de la révolution culturelle varie selon les historiens, Song Yongyi donne un chiffre moyen de 2,95 millions de morts. Sans oublier cent millions de personnes qui ont souffert de cette révolution. En 1981, le Comité central du Parti communiste chinois estime que Mao Zedong est le responsable de la révolution culturelle, indiquant dans son rapport Résolution sur l’histoire du Parti : « La révolution culturelle, qui se déroula de mai 1966 à octobre 1976, a fait subir au Parti, à l’État et au peuple les revers et les pertes les plus graves depuis la fondation de la RPC. Elle fut déclenchée et dirigée par le camarade Mao Zedong.

En s’attaquant à l’ensemble de la nomenklatura communiste, il a accéléré sa mutation idéologique, exacerbant son mécontentement, et conduisant à sa transformation en caste. Enfin s’attaquant aux institutions en utilisant les enfants des cadres du parti, il a conduit ces derniers à faire finalement cause commune avec eux.

Propagande

Mao Zedong avait comme stratégie de mobiliser les masses pour transformer le système politique et économique. Inspiré par le modèle soviétique et la construction d’un pays moderne, Mao Zedong applique le modèle de Staline aux domaines de l’industrialisation et l’ingénierie politique, il est donc question du dispositif institutionnel et juridique de la Chine. Il souhaitait créer une structure politique propice à soutenir sa propre idéologie. La propagande, communication persuasive, visait à atteindre cet objectif. Il soutenait que la société devait se développer par le biais d’une attitude morale. Des camps de « réforme par le travail » (laogai) ont été mis en place dès 1950, avec l’aide des Soviétiques. Ceux qui y étaient emprisonnés subissaient un lavage de cerveau dans le but de créer une population docile et enthousiaste aux idéologies du pouvoir.

Le style uniforme des publications dans les journaux et le contrôle des médias de masse de l’époque ne laissait aucun canal pour que les citoyens puissent exprimer leur mécontentement. C’est ainsi que la révolution culturelle a duré dix ans. C’est à cette époque que Mao Zedong a implanté sa pensée à chaque domaine en donnant l’impression que tous étaient d’accord avec lui.

Culte de la personnalité

Le culte de la personnalité de Mao Zedong commence avec la longue marche (1935-1936).

De 1949 à 1976, le régime communiste chinois s’est identifié « à un seul homme, à un seul visage reproduit à des milliards d’exemplaires sur tous les supports imaginables ». Certains portraits de Mao connaîtront une diffusion de plus d’un milliard de copies. Ainsi pendant la révolution culturelle, le très officiel portrait de Mao Zedong de la place Tian’anmen est diffusé à travers le pays à deux milliards deux cents millions d’exemplaires.

Petit Livre rouge
Des citations choisies ont été rassemblées et publiées dans les années 1960 sous le nom de Petit Livre rouge, très en vogue pendant la révolution culturelle. Les premières éditions étaient préfacées par une calligraphie de Lin Biao mais furent mises au pilon lorsque ce compagnon de Mao tomba en disgrâce. Les éditions qui circulaient en France au moment de Mai 68 étaient munies de cette préface.

Les Chinois devaient l’étudier le matin et le soir. À l’époque, en Chine, on l’appelait quotidiennement « Livre-trésor rouge ». Il était interdit de quitter la maison sans l’avoir sur soi. Mao Zedong visait à retrouver son pouvoir et son influence suite au désastre du Grand Bond.

Dès sa sortie publique le 1er octobre 1966, il s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires. Selon Michel Bonnin, sinologue, le Petit Livre rouge devait à la base servir d’outil d’éducation politique et offrir des solutions pour la vie quotidienne des soldats/paysans. Il résume que cet outil est de l’idéologie appliquée. Au départ Mao Zedong le destinait seulement à l’armée (entre 1964 et 1966), mais il devint un élément déclencheur dans le culte de Mao en 1966. En effet, les manuels scolaires de l’époque cessent d’être imprimés au bénéfice des Citations de Mao Zedong.

En deux ans environ 600 millions d’exemplaires ont été imprimés. On s’assure que le coût de revente est à peine au-dessus du prix de production afin de le rendre accessible à tous et les banques d’État font des prêts sans intérêts aux imprimeurs afin de s’assurer de sa production de masse. Bien que le but de cet ouvrage était d’endoctriner et de dominer les masses, l’ouvrage est utilisé comme arme rhétorique ce qui contraint Mao Zedong à utiliser l’armée pour intervenir.

Puis en 1969, le parti décide de réduire le culte voué à Mao Zedong et les ventes du livre chutent drastiquement. Toujours selon Michel Bonnin : ‘« même si aujourd’hui le Parti le considère comme une relique de l’histoire, jamais la Chine post-maoïste n’a élaboré un outil de soft power aussi puissant».

Cinéma

Les Chinois devaient l’étudier le matin et le soir. À l’époque, en Chine, on l’appelait quotidiennement « Livre-trésor rouge ». Il était interdit de quitter la maison sans l’avoir sur soi. Mao Zedong visait à retrouver son pouvoir et son influence suite au désastre du Grand Bond.

Dès sa sortie publique le 1er octobre 1966, il s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires. Selon Michel Bonnin, sinologue, le Petit Livre rouge devait à la base servir d’outil d’éducation politique et offrir des solutions pour la vie quotidienne des soldats/paysans. Il résume que cet outil est de l’idéologie appliquée. Au départ Mao Zedong le destinait seulement à l’armée (entre 1964 et 1966), mais il devint un élément déclencheur dans le culte de Mao en 1966. En effet, les manuels scolaires de l’époque cessent d’être imprimés au bénéfice des Citations de Mao Zedong.

En deux ans environ 600 millions d’exemplaires ont été imprimés. On s’assure que le coût de revente est à peine au-dessus du prix de production afin de le rendre accessible à tous et les banques d’État font des prêts sans intérêts aux imprimeurs afin de s’assurer de sa production de masse. Bien que le but de cet ouvrage était d’endoctriner et de dominer les masses, l’ouvrage est utilisé comme arme rhétorique ce qui contraint Mao Zedong à utiliser l’armée pour intervenir.

Puis en 1969, le parti décide de réduire le culte voué à Mao Zedong et les ventes du livre chutent drastiquement. Toujours selon Michel Bonnin : ‘« même si aujourd’hui le Parti le considère comme une relique de l’histoire, jamais la Chine post-maoïste n’a élaboré un outil de soft power aussi puissant ».

Quatre mariages et douze enfants

En 1918, au moment de fonder la Société d’étude des hommes nouveaux (Xinmin Xuehui), Mao Zedong profère le vœu de ne jamais se marier, « par horreur du système inhumain d’exploitation qu’est le mariage ». Les membres de la Société doivent se plier au refus absolu de la sexualité, lié selon l’universitaire Shuaijun Mallet-Jiang à « son rejet d’un système de mariage entièrement fondé sur l’inégalité des sexes qui avilit la femme et aliène l’homme » et non pas à « l’idée de péché de chair ». Les membres de la Société choisissent plus largement de se détourner des choses de l’amour. Mao considère alors que le mariage n’est « rien d’autre que la satisfaction d’un désir charnel », et que « les désirs de nourriture et de sexe sont fondamentaux ».

Selon son médecin personnel, Mao estime que faire l’amour avec de nombreuses jeunes filles lui apporterait « force et longévité » à la fin de sa vie. Il avait alors imposé à tout le pays de fonder des couples monogames et sans divorce, dont le mariage était supervisé par le Parti.

Vie privée
Le sinologue Philippe Paquet indique que le médecin personnel de Mao, Li Zhisui, le caractérise comme « un homme à l’hygiène de vie pour tout dire répugnante, et aux mœurs bien plus décadentes que dissolues selon les normes mêmes que le pouvoir maoïste imposait avec la rigueur la plus stricte au commun de ses sujets ».

Mao Zedong commence à tromper sa femme Jiang Qing en 1942. Au début de la révolution culturelle (1966-1976), Jiang Qing ne vit plus avec Mao Zedong à Zhongnanhai. Ce dernier conserve à ses côtés « plusieurs protégées », une de celles-ci est Zhang Yufeng. Issue d’une famille de cheminot, contrôleuse dans les chemins de fer, elle est affectée au train spécial de Mao Zedong. Celui-ci l’a connue en 1962 alors qu’elle avait dix-huit ans et lui soixante-huit ans. Elle reste à ses côtés jusqu’à sa mort avec un « pouvoir considérable » car elle était la seule à savoir lire sur les lèvres de son amant. Jiang Qing obtient l’amitié de la maîtresse de son mari en la couvrant de cadeaux, elle garde ainsi la possibilité de voir celui-ci. Zhang Yufeng assure aussi, auprès du Grand Timonier, un véritable secrétariat politique sans oublier ses propres intérêts et ceux de sa famille.

Patrimoine
Mao Zedong est un homme riche. Il reçoit un salaire qui atteint 610 yuan dans les années 1950 alors que le salaire d’un ouvrier dépasse rarement 30 yuan. Mais l’essentiel de sa fortune vient de ses droits d’auteur. Sa fortune, selon les sources, est estimée à un million de yuan dans les années 1950 voire trois millions au début de la révolution culturelle.

Bilan controversé

Mao Zedong reste un des personnages les plus connus et les plus controversés du xxe siècle et de l’histoire de la Chine.

Le Parti communiste chinois le présente comme celui qui a restauré l’unité et l’indépendance nationale de la Chine, au terme de décennies de divisions intestines et de « semi-colonisation » par l’Occident, et ne dit rien du rôle majeur joué par le Kuomintang et l’armée américaine dans la libération du pays de l’envahisseur japonais. La propagande à son endroit, organisée sur plusieurs décennies, fut telle que des partis et groupuscules maoïstes à travers le monde continuent à révérer Mao comme un grand révolutionnaire dont la pensée serait la quintessence du marxisme. Dans le monde, des hommes souvent à mille lieues du marxisme et du maoïsme ont salué en lui un stratège militaire de génie, un patriote ayant su rendre sa dignité à son pays, un dirigeant du tiers monde et un personnage d’une envergure historique peu commune, dont l’épopée fascine encore aujourd’hui.

Le bilan de ses politiques successives, entre 1949 et 1976, comporte des résultats positifs. L’espérance de vie en Chine est passée d’environ 35 ans avant 1949 à 65 ans en 1976. Au début des années 1970, Shanghai avait un taux de mortalité infantile inférieur à celui de New York. En seulement une génération, le taux d’alphabétisation passa de 15 % en 1949 à 80-90 % au début des années 1970. Entre 1949 et 1975 l’économie de la Chine, l’éternel « infirme d’Asie », a accompli de grands progrès. Ces bonnes performances ont toutefois été entrecoupées d’épisodes catastrophiques, lors du Grand Bond en avant en particulier, si bien qu’en 1976 le PIB par habitant de la Chine ne représentait plus que 24,5 % de celui de la Corée du Sud en dollars Geary-Khamis (parité de pouvoir d’achat), contre 52,5 % en 1950 (base d’Angus Maddison).

De plus en plus d’historiens démontent la légende et insistent sur les travers de l’homme et du dictateur dont les choix ont causé la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes en Chine (65 millions selon Le Livre noir du communisme, 70 millions selon Mao : l’histoire inconnue). Les carences des programmes les plus significatifs de Mao — Grand Bond en avant et révolution culturelle surtout — ont été mises en avant ; leur coût est estimé aujourd’hui à plusieurs dizaines de millions de morts. Dans un article intitulé Retrouver la vérité de Mao en tant qu’être humain, Mao Yushi considérait que « la fausse divinité Mao serait finalement éliminée et qu’il serait traduit en justice. ». Ainsi il répertoriait les crimes de Mao avec le Grand Bond en avant et ses 3 ans de famine et 30 millions de morts par la faim ; la révolution culturelle qui a « tué 50 millions d’âmes » avec la lutte des classes. Enfin Mao Zedong était particulièrement licencieux mais « personne n’osait le critiquer ». Mao Yushi estime à 50 millions le nombre de victimes entre 1949 et 1979.

Les historiens occidentaux ont vu dans son exercice du pouvoir un autoritarisme typique des dirigeants totalitaires : mise en place d’un parti unique (et donc régime autoritaire et anti-démocratique), propagande, primauté du militaire, État policier (arrestations arbitraires, tortures…), endoctrinement politique dès l’enfance, autocritiques obligatoires, camps de concentration (le laogai), répression des minorités (Ouïghours, appropriation du Tibet lancée en octobre 1950), eugénisme… Ce trait ultra-répressif, commun à la plupart des pays ayant adopté un régime stalinien (URSS, Cambodge, Corée du Nord…), est à replacer dans le contexte du déclin de l’impérialisme colonial, puis de la guerre froide.

En outre, il reste délicat d’évaluer dans l’action et les idées de Mao la part de l’idéologie socialiste, souvent largement utilisée comme propagande de façade, et la part des jeux de pouvoir en sa faveur, qui semblent avoir dominé ses choix politiques pour la Chine. Il est également difficile de juger de la place de Mao dans la continuité de la très longue histoire chinoise : rupture radicale avec le passé ou règne d’un nouvel empereur de Chine d’une nature inédite ? Presque jamais sorti de Chine, ne parlant aucune langue étrangère, Mao s’est nourri avant tout de la culture classique de l’ancien empire du Milieu.

Franck Dikötter, historien de l’université de Hongkong, estime que 45 millions de Chinois ont péri dans la famine de 1958 à 1962 résultant du Grand Bond en avant, avec des millions d’entre eux battus à mort, un bilan selon lui comparable à la totalité de la Seconde Guerre mondiale ce qui fait parfois dire que « Mao avec Staline et Hitler est l’un des plus grands meurtriers de masse du xxe siècle ».

Auteur :
George Plancher
Géographe
Publié le 18 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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