Comprendre la Chine, partie 5 : Xi Jinping

George Plancher clôture la série « Comprendre la Chine » avec ce nouvel article » : « Comprendre la Chine, partie 5 : Xi Jinping« .

Xi Jinping

Xi Jinping est un homme d’État chinois né le 15 juin 1953 à Pékin. Il est l’actuel président de la république populaire de Chine.

Fils d’un compagnon de Mao Zedong, Xi Zhongxun, il adhère au Parti communiste chinois dans les années 1970 et y exerce ses premières fonctions dans les années 1980, connaissant des responsabilités de plus en plus importantes jusqu’à arriver aux portes du pouvoir. Du 15 mars 2008 au 14 mars 2013, il est vice-président de la république populaire de Chine sous le second mandat de Hu Jintao, dont il apparaît comme le successeur désigné.

Il est secrétaire général du Parti communiste chinois et président de la Commission militaire centrale de la Chine depuis le 15 novembre 2012 ainsi que président de la république populaire de Chine depuis le 14 mars 2013. Il est réélu par les députés de l’Assemblée nationale populaire en 2018.

Sa présidence, structurée autour du concept de « rêve chinois », se distingue par une présence accrue de la Chine sur la scène internationale, une politique écologique volontariste, une réhabilitation plus assumée qu’auparavant de la culture traditionnelle chinoise et un renforcement radical de l’emprise politique et idéologique du PCC sur la société.

En raison de sa pratique du pouvoir très personnalisée, marquant une rupture avec l’effacement relatif de ses prédécesseurs, de son exaltation du sentiment national chinois et de sa mainmise totale sur le Parti, Xi est souvent présenté comme le dirigeant le plus puissant et le plus autoritaire de Chine depuis Mao. À la suite d’une modification de la Constitution, il peut théoriquement rester président pour une durée illimitée. Par ailleurs, la « pensée » de Xi Jinping est inscrite dans la doctrine et la constitution du Parti communiste, un privilège jusqu’ici réservé à Mao Zedong et Deng Xiaoping.

XVIIIème congrès du Parti Communiste

Deux ans après son arrivée, 72 000 cadres militaires et 16 généraux ont été au total démis de leurs fonctions et poursuivis pour corruption. Divers observateurs considèrent que la campagne anticorruption permet à Xi Jinping d’éliminer certains opposants politiques, comme ce serait le cas pour Zhou Yongkang. De son côté, l’ONG des droits de l’homme Human Rights Watch critique cette politique qui repose sur le shuanggui (双规, shuāngguī), un système de détention et de torture extrajudiciaire

Le troisième plénum XVIIIe congrès se déroule début novembre 2013 et fixe pour les dix ans à venir une feuille de route politique. Alors que les marchés étaient jusque-là appelés à jouer un rôle « de base », celui-ci devra à l’avenir être « décisif ». Le président Xi Jinping et son Premier ministre Li Keqiang estiment par ailleurs que la Chine doit trouver de nouveaux relais de croissance alors que le pays est « très endetté, moins compétitif et en surcapacité industrielle » : cela devrait se traduire par l’ouverture à la concurrence de secteurs jusque-là contrôlés par des groupes publics, comme la finance, l’énergie, les télécommunications, les chemins de fer et les transports aériens. Les 376 délégués du Comité central réunis lors de ce congrès ont enfin plaidé pour renforcer l’indépendance de la justice et des procureurs

Droits de l’homme
Selon l’ONG Chinese Human Rights Defenders , basée à Washington, l’année 2014 a vu l’arrestation de près de 1 000 « défenseurs des droits de l’homme ». Il s’agirait de la plus importante répression depuis les événements du . En octobre 2014, le PEN club considère que la Chine est un des « plus importants geôliers d’écrivains et de journalistes au monde ». En 2015, la condamnation à sept ans de prison de la journaliste Gao Yu est dénoncée par plusieurs militants des droits de l’homme, qui y voient une répression à l’égard de la liberté de la presse sans comparaison depuis une décennie.

La répression anti-chrétienne s’accentue après l’accession au pouvoir de Xi Jinping. En 2018, quelque 10 000 églises protestantes sont fermées. Le pasteur Wang Yi, arrêté en décembre 2018, est jugé à huis clos, sans avocat, et condamné le 30 décembre 2019 à neuf ans de prison pour « incitation à la subversion » et « opérations financières illégales ». Le département d’État américain dénonce un procès organisé « à huis clos » et « sans la présence d’un avocat de la défense », et une condamnation « en lien avec sa défense pacifique de la liberté religieuse », et appelle à « sa libération immédiate et inconditionnelle ».

Mesures environnementales

En 2015, la Chine, où la pollution de l’air provoque plusieurs centaines de milliers de morts chaque année, décide d’engager une lutte contre la pollution. Les énergies vertes, telles que les éoliennes et les panneaux photovoltaïques, sont massivement développées. Le pays entreprend de planter la plus grande forêt artificielle au monde, appelée la grande muraille verte, pour 2050.

Les concentrations moyennes de particules fines dans les villes chinoises ont reculé de 12 % entre 2017 et 2018, mais celles-ci restent fortement touchées (Pékin est en 2019 la 122e ville la plus polluée dans le monde). Le pays annonce qu’à partir du 1er janvier 2018, il n’accepterait plus aucun déchet plastique venant de l’étranger, refusant ainsi d’être la « poubelle du monde ». Les importations de plastique ont chuté de 600 000 tonnes par mois en 2016 à 30 000 tonnes par mois en 2018, selon un rapport de Greenpeace.

En 2017, le gouvernement chinois décide de consacrer 361 milliards de dollars dans les énergies renouvelables, en particulier solaire, pour réduire les pollutions générées par l’exploitation du charbon.

Son gouvernement installe la première base militaire chinoise à l’étranger, à Djibouti, en 2017.

Gestion du Xinjiang
Après une visite au Xinjiang en 2014, Xi Jinping décide d’engager une « lutte totale contre le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme » en ne montrant « absolument aucune pitié ». Après la nomination de Chen Quanguo (ancien responsable du PCC pour la région autonome du Tibet) en 2016, les camps d’internement au Xinjiang sont rapidement mis en place et un million de musulmans ouïghours et kazakhs y seraient détenus selon des experts de l’Organisation des Nations unies et des militants des droits de l’homme.

Réforme constitutionnelle
Le 10 mars 2018, par 2 958 voix pour, deux contre et trois abstentions, les députés de l’Assemblée nationale populaire ont plébiscité un changement de la Constitution, qui limitait les mandats présidentiels à deux fois cinq ans. L’amendement fait aussi entrer « la pensée Xi Jinping » dans la Constitution, ainsi que « le rôle dirigeant » du Parti communiste chinois dans son article premier. Ce nouvel amendement constitutionnel permet donc à Xi Jinping de briguer autant de mandats présidentiels qu’il le souhaite au-delà de l’année 2023, et ouvre la voie à la possibilité du maintien au pouvoir du président chinois à vie.

Pandémie COVID-19
À rebours de la propagande qui présente la gestion de la pandémie de Covid-19 en Chine comme exemplaire, Xi Jinping est l’objet de critiques sur la lenteur de sa réaction à la crise, la réécriture de l’histoire de ses débuts ou encore le manque de transparence sur le sujet. La censure et les arrestations qui visent les réactions critiques illustrent la volonté de Xi Jinping de consolider son pouvoir à l’heure où des dissensions se font jour au sein même du parti. Selon la tibétologue Katia Buffetrille, Xi Jinping continue, pendant cette période, ses politiques d’assimilation et de répression envers les peuples dits « minoritaires ».

Gestion de l’oppostion hongkongaise

Le 30 juin 2020, la Chine adopte sa loi controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong. Le Parlement a adopté à l’unanimité ce texte qui fait craindre une répression de toute opposition politique dans l’ex-colonie britannique. Avec sa promulgation par Xi Jinping, la loi est incorporée dans la loi fondamentale, qui sert depuis 1997 de mini-Constitution à Hong-Kong. Ce texte, qui entend réprimer le « séparatisme », le « terrorisme », la « subversion » et la « collusion avec des forces extérieures et étrangères », vise à ramener la stabilité à Hong-Kong, à la suite de manifestations monstres contre le pouvoir central. Les opposants redoutent qu’elle ne serve à museler toute dissidence et à enterrer la semi-autonomie et les libertés dont jouissent les habitants. Les autorités chinoises affirment, quant à elles, qu’elle ne concernera qu’une minorité de personnes, en particulier celles qui militent pour l’indépendance du territoire.

Des milliers de manifestants défient l’interdiction de se rassembler pour le 23e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Ce rassemblement avait été interdit par les autorités, pour la première fois en 17 ans, et un important dispositif policier avait donc été déployé à travers les rues de la ville alors que les hongkongais prennent traditionnellement part à cette manifestation. En fin de journée, des tensions éclatent entre la police et les manifestants : 180 personnes ont été arrêtées, dont sept en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale.

Renforcement du pouvoir au sein du parti
En juillet 2020, Xi Jinping lance une vaste campagne de « rectification », similaire à celle lancée par Mao Zedong en 1942. Cette campagne a pour but de « racler le poison de l’os » et de « déraciner les membres néfastes du troupeau ». Pour Xi Jinping, « les équipes légales et politiques doivent être absolument loyales, pures et fiables ». Le lancement de cette purge à grande échelle vise à éradiquer définitivement l’ombre d’une contestation au sein du parti d’ici deux ans, le président s’étant fixé pour objectif d’être « l’égal dictatorial » de Mao Zedong avant le prochain congrès du parti communiste, qui se tiendra en 2022.

Rôle du Parti Communiste

Xi Jinping remet en place un contrôle idéologique dans les écoles, les universités et les médias chinois.

Xi Jinping aurait rédigé un texte, connu sous la dénomination « Document numéro 9 », où il s’oppose à « la démocratie et aux droits de l’homme ». Les points de vue contraires au Parti communiste chinois ou à sa ligne politique sont interdits et ne peuvent pas être publiés. Xi Jinping détermine « sept périls » parmi lesquels la « démocratie constitutionnelle occidentale », les « valeurs universelles » des droits de l’homme, la « société civile », la « liberté de la presse » et le « libéralisme ». Ce « Document numéro 9 » permet à Xi Jinping de stopper, aussi bien au sein du parti communiste que dans la société chinoise, les velléités de promouvoir une libéralisation du système politique.

En 2014, un « examen idéologique » est instauré par le parti communiste afin de « contrôler » l’ensemble des journalistes. Ces derniers doivent connaître des règles essentielles, par exemple « il est absolument interdit à des articles publiés de faire état de commentaires contredisant la ligne du Parti communiste chinois ». Ou encore « la relation entre le parti et les médias est celle du dirigeant et du dirigé ».

Le 19 février 2016, le président Xi Jinping a fait une visite d’inspection au sein des rédactions de Xinhua, du Quotidien du Peuple et de la télévision CCTV. À l’issue de cette visite, Xi Jinping « a ordonné […] aux médias gérés par le Parti communiste chinois (PCC) et le gouvernement chinois de suivre strictement la direction du parti ».

En mai 2018, dans la lignée du projet de Xi Jinping, le PCC lance le show télévisé Marx avait raison, afin de convaincre la jeunesse chinoise de la pertinence du socle idéologique du parti, officiellement basé sur la pensée de Karl Marx, et ce malgré l’économie de marché désormais installée dans le pays ainsi que la sinisation de cette doctrine entreprise par le régime. L’émission est raillée sur les réseaux sociaux chinois et les audiences ne sont finalement pas communiquées.

Auteur :
George Plancher
Géographe
Publié le 19 décembre 2020



Publié par magrenobloise

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