Celles : miraculé des eaux, le village s’apprête à renaître

ARTICLE. Le village de Celles, dans l’Hérault, aurait dû être inondé en 1969 mais a finalement échappé à l’engloutissement. Depuis plus de cinquante ans, la famille Goudal se bat pour faire revivre la commune moribonde, dans le cadre d’un projet atypique.

Celles : miraculé des eaux, le village s’apprête à renaître

Blotti sur le rebord d’un lac surplombé par des collines ocres dont la rougeur se reflète dans l’eau, il sommeille tout en portant les stigmates cruels de l’abandon : fenêtres disparues, toits brûlés, murs de pierres volcaniques éventrés, lorsqu’ils ne sont pas envahis de tags…. Le village de Celles peut paraître à l’abandon, pour qui se promène dans ce décor de carte postale niché en plein cœur de l’Hérault. Pourtant, ce qui parait être une longue et lente agonie, cache en réalité un long combat pour sa réhabilitation. Un combat sur le point d’être remporté, car tout moribond soit-il, Celles va renaître ces prochains mois.

1969 : l’État décide la création d’un lac artificiel, le Salagou, pour irriguer les vallées voisines. Les habitants de Celles, environ 80 personnes, sont expropriés : leur village est condamné par ce projet. Le 4 mars, les vannes du barrage du Salagou se ferment. Elles laissent l’eau lentement envahir la vallée et modifier inexorablement son paysage. Le rouge de la terre, la “ruffe”, omniprésent, laisse désormais place au bleu aquatique. A son bord, Celles attend patiemment d’être englouti. Il a déjà subi les sévices des pillards qui sont venus se servir de ce que les habitants ont laissé sur place. Boiseries, fenêtres ou portes y sont passées. L’eau monte. Elle se fait de plus en plus proche. Le 23 avril 1971, la cote 139 est atteinte. La retenue est pleine. L’eau ne montera plus (le département figera définitivement la cote en 1996) et Celles sera, contre toute attente, épargné.

Pendant 30 ans, Celles va devenir le projet de vie d’Henri Goudal. L’agriculteur porte en lui l’existence du village chevillée au cœur. Il en devient maire en 1971, mandat qu’il conservera jusqu’en 1995. Grande gueule, son combat pour la réhabilitation d’un village défunt est souvent raillé et pointé du doigt. Mais il ne désespère pas. L’histoire va lui donner raison. En 1990, le Conseil d’État valide 20 années de combat et de ténacité. Le statut de la commune est maintenu malgré son état, et le département de l’Hérault cède la propriété du village à la mairie de Celles. Henri Goudal a vieilli (il décédera en 2009) et décide de passer la main à sa fille, Joëlle, qui est élue maire (PS) du village en 1995 par la vingtaine d’habitants qui peuplent encore les hameaux alentours de la commune.

Trente années auront été nécessaires pour sauver juridiquement Celles. Il en faudra presque autant pour aboutir au projet de réhabilitation du village. Un projet particulièrement intriguant. Refusant de voir son village d’enfance devenir centre de loisir, Joëlle Goudal a systématiquement refusé les demandes d’autorisation de constructions touristiques ou commerciales. Le lac est un site classé par décret depuis le 21 août 2003, et la maire entend en préserver l’esprit. Depuis 2018, Celles a lancé une opération séduction. Enfin lancé, un bien grand mot… ce sont aux futurs Cellois de prouver leur comptabilité avec la future société qui composera le village. 200 dossiers ont été envoyés à la mairie. A l’issue d’un parcours du combattant (quatre sessions de sélections) seules trois familles ont reçu l’aval de la mairie. On ne vient pas s’installer ici sur un coup de tête ! Seul un vrai projet de vie basé sur une activité professionnelle locale peut valider la présence ou non dans le village.

Ces trois familles bénéficieront d’un prêt à usage unique. Un bail de 35 ans, en échange de la réhabilitation du logement occupé, et l’obligation de résidence et d’activité. Le loyer sera modeste, fixé entre 1 et 2 euros par mètres carrés occupés. A terme, neuf foyers devraient bénéficier de ce type de bail. Les autres foyers iront occuper la coopérative d’habitants et les sept logements sociaux. En outre, la vie du village devrait s’animer autour d’un espace de co-working et un atelier communal. Et ne parlez pas de supermarché à la maire du village, il n’en est pas question. D’ici 2026, Celles devrait accueillir 80 nouveaux habitants.

Il aura fallu un budget de 9,4 millions pour arriver à faire naitre un tel projet. Mais aussi et surtout plus de 65 ans de lutte et de ténacité d’une famille, pour sauver une deuxième fois Celles, le village miraculé des eaux.

Auteur :
La rédaction
Publié le 20 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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