Ecologie et Littérature

George Plancher, géographe évoque dans un article combien écologie s’accorde avec littérature en remontant dans le temps.

Cularo (ou Cularone, forme latinisée) est le nom gaulois de la ville de Grenoble. Sa première référence officielle écrite remonte au 6 juin 43 av. J.-C., mais de nombreuses traces archéologiques laissent penser que le site était habité bien avant, puisqu’installé sur une route menant à Rome. Ses habitants font partie du peuple des Allobroges dont la ville constitue une frontière avec les territoires des peuples des Vertamocores et des Tricores.

À la suite de la christianisation de Cularo, la bourgade change de nom en 381 et devient Gratianopolis.

Plaque commémorative de l’officialisation de la ville au-dessus de la fontaine du lion et du serpent.

Le Néron est un sommet du département français de l’Isère culminant à 1 299 mètres d’altitude dans le massif de la Chartreuse, dans les Alpes. Parfois appelé Casque du Néron au xixe siècle en raison de sa forme, son nom signifierait littéralement « le noir » et n’a de rapport ni avec l’empereur romain ni avec l’existence d’un poste antique à vocation de vigie et de refuge dans sa partie méridionale. La montagne a la forme d’une coque de bateau renversée avec une arête principale orientée du nord au sud très prononcée et se compose essentiellement de calcaire urgonien. Son exposition lui vaut de posséder notamment une flore méditerranéenne, bien que celle-ci ait été fragilisée par l’incendie de l’été 2003 qui a ravagé toute sa partie supérieure. La montagne fait d’ailleurs partie du parc naturel régional de Chartreuse.

L’extrémité méridionale du Néron est occupée par une grotte appelée balme de l’Hermitage. Le site, occupé dès le Néolithique, accueille à partir du Moyen Âge une luxueuse villa, transformée en château, qui passe tour à tour aux mains de riches familles et d’ordres religieux. À cette époque, les forêts sur les versants de la montagne sont intensivement exploitées pour alimenter les forges en charbon de bois et sont largement remplacées par des vignobles. Ainsi, au xixe siècle, les premiers explorateurs scientifiques et militaires utilisent en partie les sentiers escarpés tracés par les bûcherons. Le Néron apparaît dans les Guides Joanne mais les victimes se multiplient rapidement et il acquiert une mauvaise réputation. La première traversée intégrale du nord au sud est réalisée en 1884 afin d’évaluer la possibilité d’établir des batteries militaires au sommet de la montagne. Finalement, la construction d’une route est lancée en 1891 pour mener à l’emplacement des batteries, qui sont achevées deux ans plus tard au nord de la montagne, en amont des gorges de la Vence. Dans le même temps, l’exploration du Néron mène à la découverte de l’ancien chemin romain en encorbellement et des vestiges de l’antique passerelle de dix mètres de longueur, dans les escarpements sud-est. Par la suite, des séries de fouilles archéologiques dirigées par Hippolyte Müller permettent la mise au jour de la citerne de l’ancienne vigie et de nombreux artéfacts. De nouveaux accidents conduisent à la création du comité dauphinois de secours en montagne, au balisage des sentiers, à la pose de câbles et, en 1911, à l’inauguration d’une nouvelle passerelle. Le chemin romain devient la voie principale du Néron en remplacement des couloirs instables de la face orientale et des sentiers escarpés du versant occidental. L’auberge Boujard, au hameau de l’Hermitage, est florissante dans la première moitié du xxe siècle. Toutefois, le château de la Balme est incendié en 1932 et définitivement abandonné. Après la Seconde Guerre mondiale, à l’exception de l’ouverture de quelques voies d’escalade autour des années 1970 et des chroniques suscitées par une œuvre représentant Lucky Luke sur une des cimes dominant l’agglomération de Grenoble, le Néron perd une grande partie de son attrait ; des arrêtés municipaux en interdisent régulièrement l’accès en raison des chutes de pierres et de l’abandon d’une grande partie des sentiers.

Dans Mémoires d’un touriste de Stendhal, le narrateur lance en parlant de la montagne « Oh ! ce Casque ma chère ! » Les reprises successives de cette simple métaphore sont à l’origine de la principale méprise sur l’origine du nom de la montagne. 

Carte touristique du « massif de la Grande Chartreuse » en 1897 signalant le « casque de Néron »

Les Guides Joanne prennent la suite de la collection de guides de voyage publiée par Louis Hachette, dans le cadre de la Bibliothèque des chemins de fer, créée en 1854. Adolphe Joanne, père de Paul Joanne, avait assuré la direction de cette collection qui prend son nom vers 1860. Il avait ainsi créé la référence du guide de voyage en langue française, concurrencé mais non égalé par son rival, Karl Baedeker. En 1919, les Guides Joanne prennent le nom de Guides bleus.

La série la plus importante est identifiable par sa couverture en percaline bleu nuit et son lettrage doré. Il s’agit d’une série de « guides-itinéraires », d’abord écrits en relation avec l’ouverture des lignes de chemin de fer, puis rédigés selon un nouveau plan qui correspond aux grandes régions du pays : « L’itinéraire général de la France (IGF) » et la ville. Cette entreprise a pour but de couvrir l’ensemble du territoire français et d’en décrire à la fois les curiosités touristiques mais aussi de dresser un état du pays en recensant les ressources naturelles, les activités artisanales et industrielles et les débouchés commerciaux. Pour cette raison, les guides de l’IGF ont été acquis par de nombreuses bibliothèques étrangères. D’abord prévu en 10 volumes, l’IGF comprend jusqu’à 19 volumes, selon les découpages des régions qui évoluent et la répartition d’un guide en plusieurs tomes moins volumineux donc plus adaptés au voyage.

Deux tomes sont systématiquement consacrés l’un à Paris, l’autre aux environs de Paris. L’ensemble de la France est couvert par 10 guides entre 1861 et 1868. Pendant la même période, les guides anglais Murray couvrent l’ensemble du territoire britannique ; Baedeker ne s’intéresse à l’Allemagne qu’après le désastre de la Première Guerre mondiale. C’est une entreprise assez novatrice que la description de l’ensemble de la France par des guides de voyage.

Les « guides-itinéraires » comprennent quelques monographies des stations balnéaires et thermales les plus en vue, guides repris ensuite dans la collection des Guides Diamant.

La série bleu nuit comprend aussi de nombreux guides pour les pays étrangers d’Europe (Angleterre, Allemagne, Belgique et Hollande, Espagne et Portugal), dont certains possèdent plusieurs volumes (Italie, Grèce, Suisse), qui connaissent plusieurs éditions avec des renseignements pratiques actualisés régulièrement. Un groupe prestigieux est celui des guides consacrés à l’Orient : le premier paraît en 1861 et correspond aux pays de l’Empire ottoman visités par les voyageurs au long cours : Grèce, Turquie, Syrie, Palestine et Égypte. Cet itinéraire de l’Orient est développé en trois volumes assortis d’un portfolio de cartes géographiques qui sont un point des connaissances de l’époque. Une section du guide Égypte, Nubie, Abyssinie, Sinaï est un bilan de la recherche des sources du Nil et de l’exploration de la région. Un guide intitulé De Paris à Constantinople correspond à la création de la ligne de l’Orient-Express ainsi que les volumes consacrés aux États du Danube et des Balkans.

L’Algérie, alors département français, est décrite avec soin et abondamment cartographiée : on peut suivre aisément l’avancée de la colonisation.

Auteur :
George Plancher
Géographe
Publié le 21 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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