Pour le New York Times, « être Charlie » c’est être « probablement blanc »

ARTICLE. Depuis les attentats de novembre, la presse américaine de gauche attaque le modèle français de la laïcité, coupable selon elle de faire monter l’islamophobie. Des piques qui confinent parfois au délirant.

Pour le New York Times, « être Charlie » c’est être « probablement blanc »

La France est-elle Charlie ? Qu’est-ce que ce nom propre signifie pour notre pays ? Le New York Times s’est essayé à l’analyse du slogan ce 19 décembre. Après une courte explication sur la naissance du phénomène, non sans relever au passage les regrets de son créateur Joachim Roncin, le journal explique qui “est Charlie” en France : “Aujourd’hui, celui qui se revendique Charlie est plus probablement blanc et en faveur de la publication des caricatures. Sous sa forme la plus extrême, cette personne peut être partisane d’une laïcité stricte qui sert parfois de paravent à l’islamophobie.” Il y aurait donc, selon les deux auteurs (dont un journaliste français, Constant Méheut), une France “Charlie” assimilée à une droite dure, tandis que la France “non Charlie” aurait les faveurs de la gauche.

Depuis l’attentat de Samuel Paty, la presse anglo-saxonne américaine de gauche, symbolisée par le Washington Post et le New York Times, a produit moult analyses sur l’Islam en France. Enfin, “l’islamophobie” serait un terme plus adéquat en l’occurrence. Le soir du tragique événement de Conflans Sainte Honorine, le New York Times titrait : « La police tire sur un homme et le tue après une attaque au couteau ». Une accroche qui soulevait alors l’indignation en France, tant elle occultait la dimension religieuse, extrémiste et meurtrière de l’attentat. Pour un peu, les policiers étaient désignés comme les coupables. De la question de l’islamisme, il n’était alors pas réellement question. Au contraire, le journaliste, Adam Nossiter soulignait qu’Emmanuel macron “reprenait les thèmes anti-islamistes” lorsque qu’il soulignait le caractère religieux et terroriste de l’attaque.

La presse américaine (ou anglaise) a toujours eu du mal à écrire sur la laïcité à la française. Si elle ne s’en prive pas, elle ne cesse de taper à côté, ne sachant expliquer un concept qui lui est étranger. Le mot « laïcité » n’a pas d’équivalent outre Atlantique. Pour cette presse, la France utilise cet outil avant tout pour lutter contre l’Islam et les musulmans. Le vieux débat entre communautarisme et assimilationnisme en somme. Les USA vénèrent le premier, la France s’est bâtie sur le second et tente de préserver ce qu’il en reste. Alors que les quotidiens américains de gauche se voient peu à peu gangrenés par la pensée indigéniste, l’assassinat de George Floyd le 25 mai 2020 et la résurgence du mouvement « Black lives matter »  a accru le fossé culturel entre les deux pays : « Au lieu de combattre le racisme systémique, la France veut réformer l’islam' », explique le NYT. Sauf que le racisme systémique n’existe pas en France (n’en déplaise aux associations indigénistes), de par la nature universaliste de son régime : « Dans la société, je me fiche de savoir si quelqu’un est noir, jaune, blanc, s’il est catholique ou musulman, il est d’abord citoyen », se défend Emmanuel Macron face à la presse anglo-saxonne.

Quand ces quotidiens étrangers donnent la parole aux Français, ils vont avant tout puiser au sein des détracteurs de la laïcité ou de la lutte contre l’islamisme radical. C’est ainsi que le NYT publie, par exemple, en octobre, une tribune de Vincent Geisser. Le sociologue attaque la notion de séparatisme, coupable selon lui de menacer la cohésion sociale : “Il se peut que dans les années 80 et 90, certains musulmans de France, peut-être même beaucoup, considéraient la laïcité comme un synonyme d’antireligiosité ou d’athéisme institutionnalisé. Mais cette façon de penser a changé depuis longtemps.” Il est juste dommage que l’auteur de ces lignes ait hiberné pendant cinq ans et évité ainsi les différents attentats qui ont durement frappé l’hexagone depuis 2015. Un sondage Ifop publié le 5 novembre a dévoilé par ailleurs que 57% des jeunes musulmans considèrent que la Charia est plus importante que la loi de la République.

En interrogeant principalement des personnalités françaises acquises aux visions de la gauche racialiste ou indigéniste, comme Aurélien Taché, Rokhaya Diallo, Farhad Khosrokhavar, tempéraments acquis à la thèse d’une laïcité flirtant avec l’islamophobie, cette presse américaine ne peut qu’aboutir à la conclusion d’une France gangrénée par un racisme latent envers les musulmans. C’est ainsi qu’en novembre, ont fleuri un florilèges de tweets reprenant cette analyse chez certains journalistes de cette presse américaine. Le plus hallucinant de tous étant celui de Karen Attiah, rédactrice en chef de la rubrique opinion

au Washington Post et proche de la militante indigéniste Rokhaya Diallo, pour qui la France préparait ni plus ni moins qu’un chiffrage des enfants musulmans via des numéros d’identification. Des propos qui ont soulevé l’indignation en France, mais également dans le monde musulman. Au point que le Pakistan, pays qui a légalisé le blasphème, a réussi la prouesse de donner des leçons de droits de l’homme à la patrie des lumières, la comparant, ni plus ni moins, au régime nazi.

C’est d’ailleurs ce que rappelle l’article du New York Times sur Charlie. La position de la France sur la laïcité : “a déclenché des manifestations dans certains pays musulmans et n’a suscité, cette fois, que critiques et silences en Occident, isolant la France.” Une position qui occulte totalement toutes les manifestations de solidarités de par le monde. Interviewé par le New York Times le 16 novembre, Emmanuel Macron a fustigé la position du monde anglo-saxon et de sa presse, tout en défendant le système français : “Je suis pour le respect des cultures, des civilisations, mais je ne vais pas changer mon droit parce qu’il choque ailleurs”.

Des réactions au plus haut de l’État, qui n’empêchent pas la presse américaine de gauche et ses journalistes de faire preuve d’une créativité sans cesse renouvelée : le 14 décembre, Anne Swardon, ex journaliste au Washington Post publiait sur twitter la photo d’un sapin décoré, à l’extérieur d’une station de RER. Avec en légende : “Les commentateurs français ont raison. Je ne comprends pas la laïcité.” Si des personnes censées informer considèrent le sapin de noël comme de l’ordre du symbole religieux, on peut comprendre qu’elles aient du mal intellectuellement à saisir et relayer convenablement le concept de laïcité à la française.

Auteur :
La rédaction
Publié le 21 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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