L’histoire du Web, partie 1

Timothy John Berners-Lee, né le 8 juin 1955 à Londres, est un informaticien britannique, principal inventeur du World Wide Web (WWW) au tournant des années 1990 lors de ses travaux au CERN. En juillet 2004, il est fait chevalier par la reine Élisabeth II pour ce travail et son nom officiel devient Sir Timothy John Berners-Lee. Depuis 1994, il préside le World Wide Web Consortium (W3C), organisme qu’il a fondé. Il est lauréat du prix Turing 2016.

Tim Berners-Lee est considéré comme l’inventeur du HTML en 1992. Il fut aidé à ses débuts par l’ingénieur et informaticien belge Robert Cailliau qui cosigna notamment avec lui, en novembre 1990, un document désormais entré dans l’Histoire et intitulé « WorldWideWeb : Proposition pour un projet hypertexte»

L’invention du WWW

Durant l’année 1980, il travaille pour la première fois au Conseil européen pour la recherche nucléaire (CERN). Il y retourne en 1984. Sur son lieu de travail, il est connecté au réseau interne et à l’ARPANET.

Le 13 mars 1989, sous la forme d’un mémorandum intitulé « Information Management: A Proposal » (« Gestion de l’information : Une proposition »), Tim Berners-Lee propose à son supérieur Mike Sendall un projet de gestion des informations générales sur les accélérateurs et les expériences au CERN basé sur un système hypertexte distribué. L’annotation de Sendall, qualifiant le projet de « vague mais prometteur » en est le point de départ car elle autorise Tim Berners-Lee à travailler dans ce domaine.

L’objectif de cette proposition est le partage des documents informatiques, ce que Tim Berners-Lee a l’idée de réaliser en associant le principe de l’hypertexte à l’utilisation d’Internet. En imaginant cela, il ouvre la perspective d’une nouvelle façon de communiquer par des systèmes distribués permettant l’échange instantané d’informations. Il déclarera plus tard à ce sujet : « Je n’ai fait que prendre le principe d’hypertexte et le relier au principe du TCP et du DNS et alors – boum ! – ce fut le World Wide Web ! ». Cette invention qu’il implante sur un ordinateur NeXT a pour ambition initiale le partage sur un seul réseau de toutes les informations afin de faciliter la communication et les travaux des physiciens du CERN. Outre les informations, il y a chez Berners-Lee la volonté de connecter chaque membre du laboratoire. Il faut donc comprendre cette évolution plus comme un dispositif de création sociale qu’une avancée purement technique. En effet, le CERN regroupe des scientifiques de nationalités différentes, dont le travail se fait en partie en dehors du laboratoire genevois, c’est-à-dire dans leur pays d’origine.Capture d’écran du navigateur World Wide Web.

Initialement désigné par Mesh (« Mailles »), c’est en mai 1990 qu’il adopte l’expression de World Wide Web pour nommer son projet. Il est rejoint par l’ingénieur belge Robert Cailliau (son premier collaborateur) et par quelques autres membres du CERN. Ensemble, ils améliorent la proposition de départ et la matérialisent. À partir de 1990, ils développent les trois principales technologies du Web : les adresses web (URL), l’Hypertext Transfer Protocol (HTTP) et l’Hypertext Markup Language (HTML). Pour favoriser cette mise en commun généralisée dans un espace créatif, ils développent aussi le premier navigateur web, éditeur web (dénommé WorldWideWeb et développé sur NeXTSTEP) et serveur HTTP. Au commencement, cela permettait aux physiciens d’avoir des informations sur l’hypertexte, de créer leur page web et de chercher des informations. En 1991, pour la première fois, le système WWW est à la disposition des physiciens par le biais de la bibliothèque de logiciels du CERN. Une utilisation qui s’étend dans un premier temps à une pratique universitaire et scientifique et qui touche ensuite les milieux professionnels alors que le 30 avril 1993, le CERN décide de verser le logiciel web dans le domaine public.

Dans cette entreprise, Tim Berners-Lee s’inscrit dans le principe du « end to end » (en français « l’intelligence est aux extrémités »). Cela signifie qu’un ordinateur quel qu’il soit n’a nullement besoin de modifier la structure de son réseau pour utiliser un nouveau dispositif, mais seulement d’installer des logiciels qui permettent son utilisation. Cette logique encourage le libre usage des nouveaux protocoles par les différents utilisateurs, ce qui en favorise le succès.

À la fin de l’année 1990, le navigateur conçu par le physicien britannique n’est utilisable que par les utilisateurs d’un ordinateur NeXT aux capacités nettement supérieures à celles des machines courantes de l’époque. La communauté des utilisateurs potentiels était alors trop restreinte pour que la pratique se généralise, ne serait-ce qu’au sein du CERN. Au printemps 1991, la diffusion du dispositif progresse grâce au premier système compatible avec tous les ordinateurs par la mise en place d’un outil simplifié en mode ligne universel. C’est cette version qui est proposée en libre accès sur Internet et qui encourage Tim Berners-Lee, conscient que l’ampleur du travail ne peut pas être assurée uniquement par son équipe, à solliciter une aide extérieure pour un développement plus abouti du système émergent. En effet, entre la première version qui n’est pas portable sur les ordinateurs courants de l’époque, et la seconde qui est beaucoup plus accessible, mais nettement moins aboutie (aucun élément graphique) et performante, il est nécessaire que d’autres acteurs interviennent pour trouver un équilibre. Ce n’est qu’alors que se mettent en place différentes propositions de navigateurs par le biais du X Window System.

Une évolution majeure intervient en 1993 avec le développement du navigateur NCSA Mosaic par le National Center for Supercomputing Applications (NCSA) (centre américain de recherche et d’exploitation des superordinateurs. Il est situé sur le campus de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign). Ce programme propose une interface plus simple et commence à pénétrer le monde scientifique. Ensuite, avec de nouvelles versions sur compatible PC et sur Macintosh, le NCSA permet au Web d’être adopté par un public beaucoup plus large.

En 1994, lors de la première conférence internationale WWW organisée au CERN par Robert Cailliau (le collaborateur principal de Berners-Lee dans le développement du WWW), Tim Berners-Lee est désigné membre du Hall of Fame des fondateurs du World Wide Web.

Cette même année, il quittera le CERN pour rejoindre le Massachusetts Institute of Technology (MIT), où il occupe la chaire Computer Communication Compatibility au Laboratory for Computer Science (LCS).

Le World Wide Web Consortium (W3C) a été fondé en 1994 pour développer et promouvoir les nouveaux standards du web. Son rôle est notamment de veiller à l’universalité des nouvelles technologies. 

En créant le logiciel WorldWideWeb, Tim Berners-Lee a créé à la fois le premier navigateur web et le premier éditeur web, car il voulait faire du web un média collaboratif, dans lequel tous les acteurs consultent et créent l’information. Cependant, le web s’est immédiatement orienté en un média de diffusion d’information global plutôt que de collaboration

Web 2.0
Avec les années 2000 les notions de blog, de wiki (en 2001, lancement de la Wikipédia en anglais) et de réseautage social (Myspace en 2003, Facebook en 2004) deviennent populaires. Le contenu généré par les utilisateurs se répand (Wikipédia, YouTube en 2005, Twitter en 2006). La technologie Ajax (1998, théorisée en 2005) commence à être largement utilisée pour créer des applications complètes qui tiennent dans une seule page web (Google Maps en 2004). L’expression Web 2.0, largement popularisée au milieu des années 2000, désigne cette transition dans le flux de l’information et la manière d’utiliser le web. Le succès de l’expression « Web 2.0 » a conduit de nombreuses personnes à appeler « Web 2.5 », 3.0, 4.0, etc. leur vision du Web de l’avenir.

Répartition du trafic web
Selon une étude de la société Incapsula réalisée en mars 2013, 50 % du trafic web était généré par des bots, c’est-à-dire des machines automatisées. Une mise à jour récente de cette étude (décembre 2013) révèle que ces mêmes machines représentent aujourd’hui près de 61 % du trafic avec notamment une hausse du trafic des moteurs de recherche en hausse de 55 %. Les opérations d’hacking représentent environ 4,5 % du trafic alors que les humains prennent environ 38,5 %. Autrement dit à peine plus du tiers du trafic est généré par les activités humaines. La cause réside probablement dans l’explosion du marketing qui représente à lui seul la moitié du trafic (bots et humains confondus).

Arpanet
Le mythe veut que l’objectif fixé à Arpanet ait été de permettre aux réseaux de communication militaires (Arpanet voit le jour en pleine guerre froide) de continuer à fonctionner malgré une attaque nucléaire massive de la part de l’Union soviétique, c’est-à-dire : « garder ouvertes des voies de communication quel que soit l’état de destruction du pays » (les États-Unis). Les chercheurs, majoritairement financés par la même DARPA, peuvent utiliser les unités centrales de n’importe lequel des établissements gérés en réseau, qu’il soit universitaire ou militaire. La véritable raison est qu’Arpanet est créé afin d’unifier les techniques de connexion pour qu’un terminal informatique se raccorde à distance à des ordinateurs de constructeurs différents.

Les premiers essais sont concluants, et le projet — considéré comme ancêtre de l’Internet, compte tenu de son mode de fonctionnement — est mené à son terme : lorsqu’un des centres (nœuds) est virtuellement détruit, les données empruntent d’autres chemins et d’autres nœuds pour atteindre les destinataires désignés. Très rapidement, la CIA conclut à l’invulnérabilité d’Arpanet, alors que dans les faits cette « invulnérabilité » est sujette à caution.

Sites des États-Unis reliés à ARPANET en 1974.

Vint Cerf
Il est un ingénieur, docteur et professeur américain, chercheur et co-inventeur avec Bob Kahn du protocole TCP/IP. Il est considéré comme l’un des pionniers de l’internet.

Vinton Cerf est aussi l’un des fondateurs de l’Internet Society (ISOC), créé en 1992, qui a pour mission de faire valoir les points de vue des utilisateurs d’Internet et de soutenir les groupes d’équipes techniques chargés de développer Internet, comme l’Internet Engineering Task Force. Il a été le premier président de l’Internet Society entre 1992 et 1995 avant d’en assurer les fonctions de président du conseil de 1998 à 1999.

En 1999, il rejoint l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) en qualité de membre du conseil d’administration jusqu’en 2007.

En 2005, il est engagé par Google Inc. comme Chef évangéliste de l’Internet (Chief Internet Evangelist).

Il a aussi travaillé avec la NASA sur le projet de l’Internet interplanétaire (ou « Internet des étoiles ») pour définir un nouveau protocole de communication entre les stations spatiales, les vaisseaux et les satellites artificiels. Il collabore aussi sur IPv6, la version 6 du protocole IP.

Atteint de surdité, Vinton Cerf a épousé une femme sourde et fait partie du bureau de l’université Gallaudet ; il a reçu un prix de l’association Alexander Graham Bell pour les sourds, quel que soit l’audiogramme. Lui et sa famille résident en Virginie, aux États-Unis.

En juin 2018, Vint Cerf fait partie des signataires d’une lettre ouverte destinée à l’UE portant sur l ‘Article 13’ de la nouvelle directive européenne sur le droit d’auteur, considérant l’article pouvant générer des dommages économiques sur le marché numérique. L’article prévoit que les entreprises doivent incorporer automatiquement la possibilité de rendre certaines oeuvres inaccessibles, si les ayants-droit le demandent.

En 2014, Vinton Cerf est fait officier de la Légion d’honneur.

Louis Pouzin : Ancien élève de l’école polytechnique. Il fait partie des trois seuls diplômés de sa promotion à s’intéresser à cette nouvelle discipline qui deviendra l’informatique.

C’est alors qu’il rencontre Fernando J. Corbató, professeur au MIT, qui lui parle de son projet de recherche baptisé Multi Access Computer. Il s’agit de permettre à plusieurs usagers d’utiliser un même ordinateur en temps partagé (Time sharing). Le concept séduit Louis Pouzin qui se laisse inviter au MIT. De janvier 1963 à juin 1965, il est l’un des six programmeurs du Compatible Time Sharing System (CTSS). Il conçoit une bibliothèque d’utilitaires, et différents éléments du programme. Il écrit également un programme appelé RUNCOM qui permet l’exécution de commandes contenues dans un fichier, et que l’on peut considérer comme l’ancêtre de l’interpréteur de commandes et des shell scripts. Comme le CTSS évolue vers Multics, un système d’exploitation plus ambitieux pouvant accueillir simultanément des centaines d’utilisateurs, il définit les spécifications de l’interpréteur de commandes baptisé « shell » (coquille) qui sera écrit par Glenda Schroeder au MIT après son retour en France.

En France, Louis Pouzin rejoint Bull qui, entre temps, a été acquis par General Electric. Il donne des conférences afin de présenter les concepts qu’il a mis en œuvre aux États-Unis. L’ordinateur Bull-GE 600 est convoité par Météo-France qui demande à Louis Pouzin de modifier le système d’exploitation pour permettre des usages multiples. Mais GE décide brusquement de ne plus commercialiser le GE-600 en Europe. À la suite d’un appel d’offre, Météo-France fait affaire avec Control Data et demande à Louis Pouzin d’adapter le système d’exploitation du nouvel ordinateur.

Cyclades : était un projet expérimental français ayant pour but de créer un réseau global de télécommunication utilisant la commutation de paquets. Créé en 1971, conçu par Louis Pouzin, il fut abandonné en 1978. Ses concepts ont influencé les travaux de développement de l’Internet en inspirant sa suite de protocoles.

Les échanges entre Cyclades et Arpanet, nombreux, ont été facilités par la présence de Français dans l’équipe de début d’Arpanet. L’équipe Cyclades entretient des contacts réguliers avec celle qui travaille à Arpanet, notamment avec Vinton Cerf et Bob Kahn.

Au printemps 1972, Louis Pouzin, en tournée aux États-Unis, constate quelques «aspects insuffisamment pratiques d’Arpanet», ce qui amène Cyclade à introduire des fonctions supplémentaires et à en simplifier d’autres. «Les travaux de Pouzin nous ont beaucoup apporté, explique Vinton Cerf. Nous avons utilisé son système de contrôle de flux pour le protocole TCP/IP (1). C’était motivant de parler avec lui.». L’un des membres de l’équipe, Gérard Le Lann, rejoint Vinton Cerf à Stanford dès 1973, pour travailler sur le protocole TCP, qui voit le jour la même année

La première démonstration de Cyclades a eu lieu en 1972. Le réseau fut opérationnel en 1974, avec la participation et la coopération du CNET, qui a pourtant un parc de matériel différent, mais dès 1975 des choix politiques s’y opposent.

Louis Pouzin parvient à faire admettre l’idée de développer un réseau de paquets indépendant des PTT « sans qu’il en résulte des mesures de rétorsion notables de la part du CNET ». Mais l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République entraîne « une révision de la politique informatique », car au « cœur du problème » se trouve la « concurrence entre les deux grands groupes industriels de l’électronique, la CGE et Thomson CSF ».

Le financement du projet, pourtant modeste, a été définitivement arrêté en 1978, au motif qu’il entrait en concurrence avec Transpac (fermé en juin 2012). Le réseau Minitel passa donc par ce dernier, avec pour ses utilisateurs un coût plus élevé et le rationnement de l’accès aux données.

Officier de la Légion d’honneur (chevalier le 19 mars 2003 par Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, puis a été promu officier par décret du 31 décembre 2018, remise en juin 2019 par Marc Watin-Augouard).

Control Data Corporation : entreprise américaine pionnière dans la fabrication de supercalculateurs. Elle a été créée en 1957 à Minneapolis Saint Paul (les twin cities) dans le Minnesota (États-Unis) par des scientifiques américains issus des centres de recherche de la Navy, dont William Norris et le célèbre Seymour Cray qui fonda en 1972 la société Cray Research.

Genèse de la société et contexte : Au cours de la Deuxième Guerre mondiale l’U.S. Navy avait réuni un collectif d’ingénieurs pour développer des machines à décrypter électromécaniques, aptes à analyser aussi bien les messages du code naval japonais que les messages allemands. La plupart de ces déchiffreuses étaient produites par une équipe de la région de Washington D.C.. Avec la baisse des crédits de défense dans l’après-guerre, la Marine s’inquiéta de la dispersion de ces talents dans diverses compagnies, et elle explora différentes solutions pour conserver ce groupe.

Internet Engineering Task Force
L’Internet Engineering Task Force (IETF), élabore et promeut des standards Internet, en particulier les standards qui composent la suite de protocoles Internet (TCP/IP). L’IETF produit la plupart des nouveaux standards d’Internet. Le but du groupe est généralement la rédaction d’un ou plusieurs Request for comments (RFC), nom donné aux documents de spécification à la base d’Internet.

L’IETF a commencé comme une activité soutenue par le gouvernement fédéral américain, mais depuis 1993, il fonctionne comme une fonction d’élaboration de normes sous les auspices de l’Internet Society, une organisation internationale à but non lucratif fondée sur l’adhésion.

-> Structure

-> Directrice Alissa Cooper :
J’ai commencé à participer à l’IETF en 2008 et je suis allé à ma première réunion à l’IETF 72 à Dublin.  Je travaillais au Centre à but non lucratif  pour la démocratie et la technologie  (CDT) à Washington, DC, où mon rôle était d’explorer et d’articuler les implications techniques de la politique. J’ai travaillé sur un certain nombre de problèmes là-bas, y compris la confidentialité en ligne.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 22 décembre 2020


Publié par magrenobloise

Webmagazine

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