Aubenas : le combat d’une maman victime de violences conjugales pendant trois ans

Salwa a subi les violences psychologiques et physiques de son ex-mari. Pour elle, l’année 2020 a été un véritable calvaire. Aujourd’hui, elle tente de se reconstruire peu à peu. Témoignage.

Salwa conseille aux femmes dans sa situation de parler et aux témoins qui entendent des bruits ou remarquent des choses suspectes de les signaler sans hésiter. Photo Le DL/Justine MONTEL

Volets fermés. Seuls quelques rayons de soleil parviennent à éclaircir la pièce, plongée dans la pénombre. « Mon pire cauchemar, c’est cet homme. Il m’a fait une cicatrice qui ne s’effacera jamais », affirme Salwa.

Victime de violences conjugales pendant trois ans, la jeune femme parvient désormais à mettre des mots sur son histoire.

Une année « barricadée »

« On s’est rencontré en 2013. Il n’y avait pas plus gentil, attentionné. Lorsque je suis tombée enceinte de notre première fille, il a changé du jour au lendemain. Il est devenu de plus en plus possessif, jaloux, autoritaire », introduit la trentenaire. Puis, ça s’est empiré, de jour en jour. « Lorsque je m’apprêtais à sortir, il m’arrachait ma jupe parce qu’il la trouvait trop courte. À l’extérieur, personne ne se rendait compte de rien car il se montrait gentil et tendre. »

Enfin, le coup de trop. « La dernière fois qu’il m’a frappée, je me suis évanouie. C’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic. » Elle porte plainte. S’ensuit une année de « traque » durant laquelle la jeune femme vit « barricadée ». « Malgré son interdiction de rapprochement, il m’attendait très régulièrement en bas de chez moi. 47 appels par jour… Il me harcelait, me menaçait, m’humiliait. »

Salwa a fait partie des trois femmes ayant bénéficié du dispositif Téléphone grave danger (TGD) * pour l’année 2020 en Ardèche. « Je l’ai obtenu le 28 novembre 2019 et ça ne l’a pas empêché de venir quasiment tous les jours. »

La trentenaire s’est sentie délaissée par la justice. « J’ai déclenché le téléphone deux fois. La première, la police est arrivée au bout de 40 minutes et la seconde, au bout de 25. C’est moi qui subissais alors que c’était lui, le condamné. »

« Lorsqu’on est victime, notre cerveau est ravagé. On est sous emprise »

Salwa bénéficie, entre autres, de l’accompagnement de structures d’aide telles que le Centre d’information des droits des femmes et des familles (Cidff) et de l’Association de médiation et d’aide aux victimes (Amav) de l’Ardèche. Aujourd’hui, elle est pleinement consciente du cycle de violence dont elle était prisonnière. « Lorsqu’on est victime de violences conjugales, notre cerveau est ravagé. On est sous emprise car on est rabaissé en permanence. Il m’avait tout pris. Ma vie sociale, ma famille, mon âme. Il me faisait culpabiliser et douter de tout. »

Sa peur s’est désormais transformée en haine. La jeune femme s’est battue sans relâche pour que son ex-mari soit incarcéré. Son souhait a été exaucé en septembre, après un an de calvaire. « C’est plus difficile de se débarrasser de la violence psychologique que de la violence physique. Aujourd’hui, je suis plus sereine mais j’entends toujours cette voix, cette peur, qui me dit qu’il sortira un jour. »

Malgré ses angoisses toujours présentes, Salwa conseille aux femmes dans cette situation de parler. « Ce n’est pas à nous de nous cacher. »

* Le TGD s’adresse aux victimes de violences conjugales exposées à un danger imminent. Il est attribué par le parquet pour 6 mois renouvelables.

Quelles sont les étapes du cycle de la violence ?

Pour Clémence Timmerman, juriste au Centre d’information des droits des femmes et des familles (Cidff) de l’Ardèche, il est important de distinguer les conflits des violences conjugales. « Les conflits se manifestent par une opposition d’opinions symétrique, un rapport d’égalité. Il suffit d’en parler, de s’expliquer. À l’inverse, les violences reflètent une opposition d’opinions verticale, un rapport de domination », introduit-elle.

Afin de s’assurer de la présence de violences conjugales au sein d’un couple, les professionnels d’accompagnement travaillent sur le cycle de la violence. « Les violences conjugales font référence à des situations où les faits sont récurrents, cumulatifs et s’aggravent. Il s’agit de violences non spontanées mais ritualisées, qui relèvent de l’emprise. On parle d’un phénomène de spirale », poursuit-elle.

Selon la juriste, la plupart des victimes de violences conjugales sont prisonnières du « cycle de la violence », qui compte quatre étapes.

La première se nomme la « phase de tension » : « un climat de tension s’installe par des paroles, des attitudes. Le rapport dominant-dominé se met en place. »

La seconde est la « phase d’agression » : « l’auteur éclate et a recours à la violence. »

La troisième fait référence au « transfert de responsabilités » : « cette phase est très difficile à vivre pour la victime car l’auteur dénie la gravité des faits et remet la faute sur elle, qui culpabilise et doute. »

Enfin, la dernière phase se nomme « la lune de miel » : « l’auteur cherche à se faire pardonner, fait des promesses et des déclarations. Dans l’espoir que ça change, la victime minimise les faits. Il s’agit de la phase la plus compliquée à travailler. Ça s’arrête très rarement à ce moment-là car c’est cyclique et mécanique. »

Auteur :
Justine Montel
Le Dauphiné Libéré
Publié le 23 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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