Guerre au Yémen : N’indexons pas notre diplomatie sur les ventes d’armes

Jeannette Bougrab, Ancienne Secrétaire d’Etat, ex-présidente de la HALDE et docteur en droit public, publie Un silence de mort (Les éditions du Cerf). Elle revient sur cette « guerre oubliée » du Yémen et dénonce la complicité coupable de la France, des États-Unis et du Royaume-Uni avec l’Arabie saoudite.

Cliquez-ici pour voir l’interview.

Cette interview date du 7 décembre 2020.

« Où est passé le peu de conscience qu’on avait ? « 

Présente un livre dont on parle peu alors que les Nations Unies viennent d’indiquer que 233 000 personnes sont mortes. La guerre oubliée du Yémen. Guerre dont personne ne parle.

F.P. : Guerre au Yémen « sale guerre ». Livre leçon d’humanisme. Pourquoi prendre la plume ? Quels liens ?

J.B. : Le Yémen est une terre de rêve, terre des écrivains voyageurs. Reine de Sabat. Malraux a essayé de retrouver cela. Romain Gary. Nizan. A eu l’occasion d’y aller pour tourner un documentaire. Filles qui sont interdites d’écoles. Riche d’une histoire millénaire du Yémen, plus de 3000 ans. Verlaine a passé presque 10 ans au Yémen. Population la plus pauvre de la péninsule. Les Saoudiens continuent de mener de cette guerre. Selon le PAM Yémen au bord de la famine. 233 000 morts en 6 ans de conflits. Enfants vont mourir sur des tapis de bombes, organes vont arrêter de fonctionner progressivement dans la douleur et la souffrance. France pays des sans-voix, aphone pour des intérêts cupides et c’est insupportable.

Yémen pays complexe, guerre lancée il y a presque 6 ans. Lancée par Mohamed Ben Salmane, le prince héritier du royaume des Saoudes qui a notamment été mis sous les feux des projecteurs au moment de l’assassinat du consulat saoudien à Istanbul du correspondant du Washington Post, Jamal Khashoggi qui était un des critiques de la politique de Bel Salman et qui a été dépecé comme une simple carcasse de viande au sein du consulat. Guerre lancée en 2015 alors qu’il est ministre de la défense, qu’il a été nommé par son papa car c’est la réalité et a besoin d’une guerre pour assoir et favoriser son accession au pouvoir. Prend prétexte des houtis, une des communautés au Yémen : l’Arabie Saoudite est sunnite le Yémen a moitié sunnite à moitié chiite. Les Houtis sont chiite.

Le Yémen a connu au moment du Printemps arabe une vague de soulèvement populaire d’une jeunesse qui demandait la démocratie. L’instabilité au Yémen est liée au Printemps arabe mais le jeune prince trop pressé de devenir roi, ne pouvait pas supporter que dans la péninsule arabique, son voisin puisse prétendre à plus de démocratie d’état de droit alors qu’ils sont une monarchie wahhabite. Je rappelle que le wahhabisme est la mouvance intellectuelle qui a permis de fonder tous les mouvements terroristes islamistes de ce bas monde et qui est à l’origine de la plupart des attentats et donc il n’était pas question en tout cas de laisser le pays dans ce qu’il estimait être une forme de désordre. Prétextant de l’influence iranienne il n’était pas question pour le saoudien de laisser ce petit pays, ce grand pays par son histoire décider dans l’aval de l’Arabie Saoudite et donc l’Arabie Saoudite décide d’elle-même, sans prévenir en amont pourtant y compris les Etats-Unis, de lancer une guerre contre le soulèvement des Houtis, soutenu par l’ancien président qui avait soulever contre le président en exercice.

C’est une proxy-guerre (guerre par procuration), guerre religieuse, Arabie Sunnite contre l’hypothèse d’une Iran chiite qui interviendrait au Yémen mais ce n’est pas uniquement cela. C’est aussi la seule République de la péninsule arabique, guerre pour avoir la maîtrise de ressources en hydrocarbures car le Yémen est aussi riche en hydrocarbures et notamment le Nord du Yémen, c’est aussi l’accès à la Mer. Effet d’aubaine de la guerre au Yémen en matière de ventes d’armes mais c’est un peu le combat d’un pays riche de plusieurs millénaires contre un pays récent en fait et qui n’a d’existence que par le souhait des occidentaux donc c’est un désastre.

F.P. : Il existe de nombreuses photographies qui ont choqué le monde entier, jeune fille de 7 ans, morte de malnutrition, Une du NY Times.

J.B. : Touche en particulier les enfants, n’arrive pas à émouvoir (la guerre) une presse classique en France. Ce qui n’est pas le cas dans les pays anglo-saxons. Ce qui l’a poussé à écrire ce livre. Aux EU, enfants morts au Yémen, rédaction du NYTimes courageuse car assassinat de Jamal Khashoggi assassiné au sein du consulat diplomatique dans un pays étranger et bien la mort d’un seul homme a fait plus parler de cette guerre au Yémen que des milliers d’enfants qui meurent dans l’indifférence. On est cruel à être indifférent aux malheurs que l’on cause. Et on participe à cette barbarie qui laissera une tache sombre dans les relations internationales de la France.

F.P : Il semblerait que ce soit davantage Jamal Khashoggi en 2018 a provoqué un certain déclic au sein des puissances occidentales. Ne parle pas de la presse mais plus de la classe politique. Conséquence de cet assassinat sur le conflit ?

J.B. : Pour la première fois aux EU, notamment au Sénat pourtant Républicains demandait de remettre relation américano-saoudienne liée au pacte de pacte du Quincy du moment de la création de l’Etat de l’Arabie Saoudite où les Américains sont les protecteurs de l’Arabie Saoudite. Et le Sénat pourtant républicain a demandé à Donald Trump de remettre à plat, d’abord de condamner l’assassinat de Khashoggi en portant la responsabilité sur les dirigeants saoudiens alors que nous on a mis beaucoup de temps à condamner ou à pointer des responsabilités dans l’assassinat de ce journaliste qui n’était pas un saint. Il était ami de Ben Laden. Mais cela ne justifie pas qu’on vous dépèce, qu’on vous découpe comme dans un film de Tarantino dans un consulat. Cela a fait un électrochoc aux Etats-Unis. Républicains et Démocrates se sont associés pour dire il faut mettre fin en tout cas à ce chèque au blanc qu’on donne aux saoudiens car ils achètent à coups de milliards toutes les armes du dernier cris de la dernière technologie et cela est important.

Quand vous regardez la presse il y a des enquêtes menées sur les relations troubles des grandes familles saoudiennes avec les mouvements terroristes. Vous avez sur les papiers Nicolas Christophe du NY Times qui dénonce depuis des années la condition des femmes en Arabie Saoudite et qui n’est pas dupe des quelques avancées ou progrès qui sont faits en Arabie Saoudite car on nous dit « Tout va bien en Arabie Saoudite » les femmes ont le droit de conduire. Tout cela pour oublier que des femmes comme (nom) est toujours détenue en prison. Celle qui était la première à conduire alors que cela était interdit ou au bloggeur qui disait que quelque soi sa foi on est égaux et qui a été condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet.

F.P : Est-ce qu’il y a un problème en France avec la liberté de la presse ? Journaliste de Quotidien convoqué par la DGSI en 2019 ? Vraiment problème avec la presse en France ?

J.B. : Difficile de travailler sur le Yémen car effectivement il y a des intérêts militaires et économiques qui sont là qui fait qu’effectivement quand vous commencez à vous intéresser à ce sujet-là vous êtes convoqué par les services mais en même temps rendait hommage au Canard Enchaîné, Claude Angeli pilier du canard enchaîné, depuis 2017 même avant, à dénoncer notre rôle ambigu dans le conflit au Yémen. Pourtant pas d’enquêteur sur place et capable d’en parler. Difficile de mobiliser des rédactions car le format de certaines rédactions fait que quand on regarde les papiers faits, travail d’enquêtes collectives et c’est assez difficile de pouvoir travailler sur le Yémen car blocus fait par l’Arabie Saoudite difficile de mobiliser mais journalistes du NY Times, W Post ont réussi à la faire. Une dame y est allée et à une le prix du visa de Perpignan mais difficile de mobiliser les rédactions françaises. Compliqué : sunnisme, chiisme, houtis mais ne pas oublier que la fatwa contre Charlie Hebdo est parti d’Al Quaïda péninsule arabique qu’en plein moment des procès de Charlie Hebdo, oublié que les frères Kaouchi faire un séjour au Yémen et que s’y on s’intéressait à ce qu’il se passe dans la région on saurait que nos alliés on passé des accords avec des gens d’Al Quaïda pour montrer qu’il y avait des victoires sur le terrain et quand on dit lutter contre le terrorisme et qu’on s’allie avec les émiratis qui a pactisé avec des gens les plus recherchés par les services américains pour terrorisme on a de quoi s’interroger. On a tort de ne pas s’intéresser à la guerre au Yémen car même si pas l’empathie, l’affect, la sensibilité de s’intéresser au sort de ces millions d’enfants qui sont en train de mourir dans la plus grande indifférence il faut savoir que le terrorisme n’est pas mort et qu’il est en train de reprendre des forces incroyables et qu’on l’a vu il ne suffit d’un rien pour que dans le monde musulman à travers l’hommage rendu à Samuel Paty pour qu’il s’enflamme. Et donc on devrait plutôt s’intéresse nos alliés qui passent des accords qui ne sont quand même pas très catholiques si vous me permettez l’expression.

F.P : Tribune dans l’opinion, 19 novembre dernier vous dites que la France a souillé son honneur dans cette guerre. Ce sont vos mots, propose forts. Responsabilité France ? Complicité coupable ?

J.B. : Rapport rendu à la haut commissaire des droits de l’homme, Michelle Bachelet. Ancienne Présidente de la République du Chili, torturé dans les geôles chiliennes. Il faut savoir que depuis plusieurs années, guerre depuis bientôt 6 ans, à chaque fois vous avez y compris dans les pays anglo-saxons, certains nombre d’associations ont demandé la suspension des ventes d’armes car guerre menée parce qu’on donne un blanc-seing à l’Arabie Saoudite, parce qu’on vend des armes à l’Arabie Saoudite et parce qu’on lui donne les outils ou la logistique de pouvoir mener cette guerre et dans ce rapport il est demandé que les pays, ils sont nommés dans ce rapport de près de 200 pays on dit au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et à la France d’arrêter de vendre des armes à la coalition en disant qu’ils étaient susceptibles d’être poursuivis pour complicité de crime de guerre. Donc peut-être que quand même cela devrait faire réfléchir en disant qu’il y a quand même un risque, pénal, juridique. Soit devant des juridictions internationales qui pourraient être créées ou devant ses propres juridictions car aussi bien au Royaume Uni en tout cas il y a une décision de la cour d’appel de Londres qui a demandé au gouvernement britannique de suspendre des ventes d’armes. Il y a eu des recours identique de la part d’associations françaises mais qui ont été rejetés par les juridictions. Il faut savoir qu’aujourd’hui puisqu’il y a un rapport parlementaire qui a été remis sur la question de la transparence des ventes d’armes on est en train de demander au moins pour le futur qu’on arrête de fermer les yeux, de se taire, de se boucher les oreilles devant ce qu’est sans doute l’une des pires guerres. C’est-à-dire que cette guerre qui dure depuis 6 ans, a fait plus de morts que la guerre d’Afghanistan en 10 ans. Et de penser que cela ne nous concerne pas c’est une erreur. La France a vendu juste à l’Arabie Saoudite ces dernières décennies pour plus de 10 milliards d’euros d’armes. Plus de 10 milliards d’euros d’armes. Je ne comprends pas réellement, triste et en colère de notre impuissance et de voir que malgré la tragédie qui se passe devant nos yeux, qui se déroule devant nos yeux, on reste silencieux.

Vous parlez de cette tribune dans l’opinion vous n’imaginez pas à quel point cela a été difficile de la faire publier. La plupart du temps, d’abord quand vous écrivez un livre c’est très difficile on vous dit « ah et bien non vous ne pouvez pas publier une tribune car vous publier un livre ». Oui mais je publie un livre car normalement j’aurais dû faire un documentaire, montrer des images et aller au Yémen et cela n’a pas été possible car pour entrer au Yémen vous devez avoir l’autorisation de l’Arabie Saoudite donc évidemment que l’Arabie Saoudite quand elle organise des visites c’est plutôt pour montrer son bon côté.

Il faut savoir que des sites archéologiques vieux de plus de 2000 ans c’est-à-dire que les cibles que l’Arabie Saoudite, il faut savoir que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France ont donné des sites à bombarder et la plupart de ces sites sont des sites civiles et pas des sites militaires. On détruit en réalité des sites où il y a de l’eau potable, des sites d’eau, des sites alimentaires, des sites agricoles, on bombarde des mariages, des convois funéraires, des prisons de toute façon les gens ne peuvent pas s’échapper donc ils meurent ainsi.

Le Monde avait montré qu’un ancien site de Total et bien les émiratis torturaient les gens sur place. Que faut-il de plus pour qu’il y ait cette conscience-là ? Est-ce qu’il n’y a plus que la Washington Post, le New York Times pour parler ou même The Gardian ou The Independant pour parler de cette guerre-là ? Est-ce qu’il y aurait des guerres plus dignes que d’autres ?

F.P. : Revenir sur les ventes d’armes. Ne date pas d’hier, les politiques ont même tendance à justifier ces pratiques en ventant les mérites de notre complexe-militaro-industriel c’est le cas avec Le Drian face à Bourdin vous le rappelez dans votre livre. Comment jugez-vous la politique de Macron face à la péninsule arabique ? Est-ce qu’elle s’inscrit dans la droite de cette dernière décennie ou au contraire est-ce que vous sentez poindre un tournant ?

J.B. : Non, elle est dans la continuité. Les grands vendeurs d’armes ca avait été le binôme qui avait été lancé par Hollande et Le Drian. On s’inscrit, on reçoit en grandes pompes Ben Salmane, on privatise le Louvre, on se dépêche d’aller à Abou Dabi voir le Louvre d’Abou Dabi et en même temps on ferme les yeux sur ce qu’il se passe, sur ce qu’ils financent mais c’est désastreux en fait. C’est une politique désastreuse.

Ca ne sert à rien de dire qu’on va lutter contre le fondamentalisme et le terrorisme et d’être l’allié et de fermer les yeux, de donner un ch_que en blanc ou d’avaliser. Je rappelle que Ben Salmane avait kidnappé un chef de gouvernement en exercice qu’il avait gardé et contraint à démissionner. C’est vrai que sans l’intervention de Macron on ne sait pas ce qu’il serait arriver à Hariri, premier ministre, démissionné et à nouveau premier ministre du Liban. On ne sait pas ce qui lui serait arrivé et donc juste parce que les Saoudiens l’accusaient d’être sous l’influence de l’Iran.

Kidnapper un chef de gouvernement, vous imaginer cela ? Cela devrait juste marquer les esprits, il faut savoir qui on a en face de soi.

Quand on sait que des campagnes. L’Arabie Saoudite a les plus grandes agences de communication et puis on promet des contrats mirobolants donc on se tait puisqu’on se dit que peut-être on va avoir un magnifique contrat pour construire un métro, une centrale nucléaire ou n’importe quoi. Du coup on est près à renoncer à ses convictions sous prétexte, l’hypothèse d’avoir un contrat un jour. Mais juste pour dire qu’on peut dire tout ce que l’on veut sur Biden mais quand il était vice-président d’Obama, lorsqu’il s’est agit sur la guerre en Syrie, dans une conférence à Harvard disait : les plus grands problèmes en Syrie sont venus de nos alliés à savoir l’Arabie Saoudite, les Emiratis, la Turquie car leur haine anti-Assad était tellement forte qu’en fait ils ont déversés des millions de dollars à des groupes qui en fait étaient des groupes terroristes. Et qu’est-ce qui en a découlé ? Et bien c’était l’Etat Islamique. Voilà c’est cela la réalité.

Et donc je trouve qu’on fait preuve d’une très grande cruauté à être indifférent aux malheurs des Yéménites, ce pays le plus pauvre de la péninsule arabique mais si on n’a pas de coeur à cela, au moins par cynisme on pourrait se dire que demain le terrorisme pourrait frapper, frappe à nos portes et qu’il retrouvera en tout cas des terres d’entraînement dans ce qu’il restera du Yémen.

F.P. : Vous citez Joe Biden. Promesse, mettre fin au soutien des EU à cette guerre, plus de 230 000 morts. Promesse tenue ? Car importance du complexe militaro-industriel aux EU.

J.B. : Les Américains gens pragmatiques. Militaires, perdre un certain nombre d’hommes, attentat au Yémen, Obama pratiquait une guerre par drônes pour lutter contre Al-Quaïda et le meilleur ennemi d’Al-Quaïda c’était les Houtis. Beaucoup de hauts gradés militaires disaient que les houtis étaient plus efficaces contre le terrorisme sunnite que les drones et en réalité en soutenant la coalition saoudienne et bien ils ont sans doute perdu, reculé dans leur bataille de lutte contre le terrorisme. Il faut savoir ce que l’on veut.

Certains militaires disent bien, reporté par la presse américaine, tout ce que j’ai pu écrire je l’ai sourcé, ils disaient que les Saoudiens n’ont pas demandé l’avis aux américains et si ils avaient demandé l’avis aux autorités américaines, elles auraient dit non. C’est un prince pressé, pour assoir son pouvoir, se souvenant sans doute de ce que pouvait dire son grand-père sur la situation du Yémen riche de son histoire c’est que la force de l’Arabie Saoudite viendra de l’humiliation du Yémen et l’humiliation de l’Arabie Saoudite viendra de la force du Yémen. Donc c’est un peu cela. Et don Joe Biden s’est engagé et sa vice-président aussi puisqu’elle avait voté également une motion au moment où effectivement on votait au Sénat pour mettre fin, remettre à plat la relation avec l’Arabie Saoudite et surtout de mettre fin à la guerre. Il peut le faire car il va vouloir rééquilibrer le rapport américain notamment dans la région avec l’Iran donc il le fera. Et de toutes façons les spécialistes américains disent qu’il allait s’occuper du sujet avant même qu’il rentre dans le bureau ovale de la Maison Blanche les Saoudiens risquent dans quelques semaines peut-être d’arrêter cette guerre sans fin qu’ils ont perdu.

On peut acheter pour des milliards d’euros d’armes du dernier cri technologique, tout ce que vous voulez quand vous avez une guerre asymétrique comme la guerre du Vietnam ou la guerre d’Algérie vous avez en face de vous des gens qui sont déterminer. Les Emiratis ont fait appel à des agences pour utiliser des mercenaires parce que les Saoudiens n’ont pas d’armée donc on a utilisé des mercenaires, on a utilisé des enfants soldats qui venaient d’Afrique en fait, pour 450 dollars on les envoyait mourir au front au Yémen et cela ca ne choque pas les Occidentaux. Mais où est passé le peu de conscience qu’on avait ?

F.P. : Dans ce désastre où sont les institutions internationales ? Quel rôle doivent jouer par exemple les Nations Unies ou l’OTAN ? Est-ce qu’elles constituent encore de réelles forces de dissuasion ?

J.B. : En tout cas, ce n’est pas faute de faire des rapports aux Nations Unies. S’il il n’y avait pas le PAM, je ne vois pas dans quelle situation, elle est déjà désastreuse et apocalyptique au Yémen. Les bâtons dans les roues pour les commissions d’enquête ont été menés, le refus du Royaume-Uni et d’autres mais je suis assez réaliste sur le fait que le Conseil de Sécurité n’ira jamais voter une résolution pour envoyer des casques bleus. Dans ce genre de conflit, il suffit, c’est triste à dire, mais quand Biden, malgré ce que l’on peut dire, investiture est élu, « America is Back » et bien c’est plutôt une bonne nouvelle. Car en réalité le fait même qu’à partir du moment où les Américains vont dire stop, la France pourrait le faire, le Royaume-Uni pourrait le faire mais ils ne le font pas car ils sont convaincus qu’ils vont perdre des contrats quoique le Royaume-Uni je vous l’ai dit il y a eu une suspension des licences d’exportations d’armes.

Et bien on voit à quel point les EU sont encore puissants et les Russes interviennent à nouveau car il y a aussi l’île de Sonatra mais c’est cela, moi j’aurais voulu que le Général De Gaulle, d’être ce pays, cette voix des sans-voix j’aurais voulu qu’Emmanuel Macron l’incarne. Mais peut-être qu’il va l’incarner pour la fin de son mandat.

F.P. : Alors vous nous parlez du Yémen et c’est vrai c’est le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, c’est vraiment ce qui m’a frappé, on se rend compte à quel point, quand on détruit ce pays, quand les Saoudiens le détruisent avec ce soutien d’ailleurs implicite et bien c’est au final notre patrimoine à tous que l’on détruit. Pourquoi ?

J.B. : Je citais la Reine de saba, c’est cela le Yémen, connu dès l’Antiquité, c’est là où il y avait le premier barrage, le Yémen a toujours occupé dans l’esprit, c’est un pays vieux de plusieurs millénaires. Les premiers textes coraniques on les trouve au Yémen, quand on détruit le patrimoine. Fils de Noé, sites classés au patrimoine mondial de l’humanité, partie de l’humanité qu’on détruit au Yémen. Le Yémen c’est la route de l’encens. Pourquoi pensez-vous qu’autant de poètes ou d’écrivains ce sont perdus ou de journalistes comme Albert Londres ce sont perdus au Yémen ? Car il y a quelque chose à part, c’est un voyage dans le passé, parce que cela n’a pas bougé parce que quelque part, quand Malraux en 1934 décide de retrouver le royaume de la Reine de Saba qui a tenté d’éprouver la sagesse du Roi Salomon, il disait qu’en gros il n’y a que les dieux pour parler du Yémen à travers son impératrice à savoir la Bible et le Coran, c’est cela la Yémen. On a tourné les Mille et une nuits à Mirabe. C’est comme si on détruisait le Parthénon.

Peut-être que cela ne parle pas à une génération, une jeune génération d’écrivains ou de poètes ou de journalistes mais imaginez si on détruisez la Parthénon ? Est-ce qu’on serait aussi si insensible ? J’étais choquée par le G20 présidé par l’Arabie Saoudite. J’étais choquée par l’UNESCO, de voir des programmes de l’Unesco expliquant comment l’Arabie Saoudite protégeait l’Arabie Saoudite alors qu’ils ont détruit, ont mis en cendre des cités antiques.

Et donc je me dis cette complaisance d’institutions internationales vous avez raison de l’UNESCO, alors là les bras m’en sont tombés.

Des anciens chefs d’entreprises français ou des anciens Présidents de la République qui font la promotion de l’Arabie Saoudite, d’un roi en particulier, en Arabie Saoudite vous avez des militants exceptionnels, des militants des droits de l’homme qui sont prêts à mourir pour défendre leur conviction et qui ont été parfois exécutés, décapités parfois le vendredi, juste après la prière. Je pense à ces poètes chiites.

Ce livre est sorti le 8 octobre et j’ai pensé que peut-être cela ferait parler de cette guerre en France et en fait pas du tout. Donc c’est un sentiment d’impuissance. Et c’est ce qu’il y a de pire car d’voir été aux Yémen avec des Yéménites, d’avoir gardé des liens avec des personnes qui ont pû s’échapper de cette enfer à ciel ouvert et bien je me dis que je ne suis pas très digne et j’ai échoué dans, je n’ai pas la prétention de mettre fin à un conflit mais au moins en tout cas faire prendre conscience à nos concitoyens que quelque chose d’horrible se passe.

Mais en même temps devrait plutôt être optimiste car des dockert ont refusé de charger au Havre et à Marseille, un cargo saoudien qui était venu chercher des armes françaises. C’est pour cela que j’ai un peu d’espoir car je me dis que quand les militants CGTistes qui savent ce que c’est que de perdre un emploi peu rémunéré et bien ont été prêt à sacrifier leur emploi sur l’hôtel de cet appareil soi-disant industro-militaire qui soit disant est créateur d’emploi et bien ils ont quand même eu ce courage et cette noblesse. Oui je vais noblesse dans cette situation. Et ils ont refusé de charger un cargo saoudien de canons, des canons César car ils ont une force de frappe de 42 kilomètres.

F.P. : Alors vous citez plusieurs fois dans ce livre, cette réalisation Khadija al-Salami, que vous connaissez, est-ce que vous êtes encore en contact avec elle ? Est-ce qu’elle arrive à garder un certain optimisme ?

J.B. : Elle est une femme exceptionnelle, remarquable qui a réussi, avait fait un grand documentaire avec ses propres moyens elle a donné des caméras à des enfants pour filmer à travers leur regard, la guerre. Et ce documentaire a été diffusé par Envoyé Spécial mais elle y est allée toute seule, ce n’était pas pré-financé. Elle a été un fixeur : aller sur place pour le documentaire que j’avais fait il y a quelques années, interdite d’école, c’est elle qui m’avait découvrir son pays et cette femme j’ai trouvé qu’elle était exceptionnelle parce que elle a été mariée de force à 10 ans ou 11 ans. Elle a été envoyée en Arabie Saoudite et elle a réussi a échapper à tout cela. Elle a réussi à faire des études et ce sont des Américains qui l’ont identifié et qui ont donné une bourse pour poursuivre des études et ensuite devenue diplomate.

Et donc du coup c’est par elle que j’ai des nouvelles et on se voit. J’ai une admiration et elle est maintenant dans le jury des oscars où j’ai pris un artiste Yéménite que j’avais rencontré là-bas qui est maintenant en France et qui est passé par le Caire et qui est un jeune garçon d’une trentaine d’années et de mettre ses oeuvres d’art qu’il a faite à Sanaa pour dénoncer cette guerre injuste comme s’il pouvait y avoir des guerres justes et bien je me dis que j’ai honte. En fait c’est surtout cela, de se dire, je me sens honteuse car mon pays est complice de ce qu’il se passe là-bas et je me sens pas très à l’aise des fois.

F.P. : A qui souhaitez-vous rendre hommage avec ce livre ? A cette réalisatrice ? Aux nombreuses victimes ? Aux sans-voix ?

J. B. : Je pense à cette petite fille Amal, je pense à elle, ce livre est dédicacé aux acteurs évoqués (amie et artiste) qui a fait notamment un mur « Danse avec la mort », 3ème arrondissement, avec des associations : Amnisty, Médecin Sans frontières à qui il faut rendre hommage, à Salam for Yémen ou d’autres en tout cas qui essayent de dénoncer, des gens essayent d’alarmer mais ils sont peu entendus, ce sont la plupart du temps des ONG humanitaires et elles ont lançé une campagne, hélas elle fait 2 lignes dans un communiqué à AFP, c’est déjà beau mais ce qui est triste c’est qu’alors on est aussi coupable que les Américains aux Etats-Unis et ne supporte plus d’entendre l’argument de dire : « Oui mais si ce n’est pas nous qui vendons des armes et bien il y en a d’autres qui les vendront ». Je n’ai jamais entendu un arguement..

Cela na pas empêcher le Sénat ou la Chambre des représentants américain de demander des comptes à Donald Trump et de mettre un terme et pourtant leur volume financier sont plus importants. Je trouve assez affreux de dire « Oui mais si ce n’est pas nous » des autres vendront. Les Saoudiens sont sans foi, le gouvernement saoudien car je vous dis le nombre de militant qui ont été arrêtés, une militante est toujours détenue dan une geôle. Mais je trouve que pour la seule République de la seule péninsule arabique car ce ne sont que des monarchies qui entourent et bien la France devrait avoir ce côté universaliste de défendre ceux qui sont des sans-voix et elle ne le fait pas. Cela me fait mal et voilà. Et peut-être parce que c’est affreux, il y a des guerres dont on parler et celles dont on ne parle pas. On a beaucoup parlé du Haut-Karabakh, on parle des Ouïghours, on parle mais alors le Yémen peut-être parce que c’est des musulmans qui entre musulmans il n’y a pas une association en France, musulmane pour dénoncer ce qu’il se passe là-bas. C’est affreux d’ailleurs. On nous dit mais surtout cela ne nous concerne pas car c’est le Yémen mais je pense que c’est une part de nous-même qu’on est en train, qui est en train de mourir là-bas.

FP. : Un silence de mort, Merci Jeannette Bougrab.

Auteur :
Nicole Pras
Publié le 23 décembre 2020.

Publié par magrenobloise

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