Salut à Claude Brasseur (1936-2020).

HOMMAGE. La mort de Claude Brasseur achève de donner de l’amertume à cette année 2020. Chaleureux, malicieux, enjoué et si doué, capable de tous les registres, Claude Brasseur s’en va. Restera un très, très, très grand comédien, l’un des plus fins de sa génération bien fournie… dont il était l’une des dernières grandes et belles figures.

Salut à Claude Brasseur (1936-2020).

La mort de Claude Brasseur achève de donner de l’amertume à cette année 2020 si peu capable de douceur et de charme.

Claude Brasseur ? Un début de carrière voici soixante-cinq ans et 84 ans d’âge… Son départ signe une grande perte pour le théâtre (de Pagnol à Guitry et Brisville, de Molière à Marivaux), le cinéma (de La Patellière à Lautner, sans oublier Yves Robert) et la télévision (de Marcel Aymé à l’image en couleurs de Vidocq, dialogué par Georges Neveux et illustré par Marcel Bluwal).

Hélas, adieu à l’inoubliable Vidocq (succédant si talentueusement au digne de regrets Bernard Noël), au complice de tant de comédies bien écrites, à l’acteur de drames solides, à un Fouché inoubliable, à un excellent serviteur du polar. Et à un homme qui fut un profond, saisissant et habile, un si subtil fils, capable de forte présence et d’une vive aisance d’expression dans tous les genres et tons, dans toutes les palettes et nuances de son métier qu’il exerçait avec une passion active et une ardeur de mosaïste ou de céramiste… C’était un artisan des silhouettes, un grand soucieux du détail bien saisi. Claude Brasseur ? Un comédien et tout autant, en offrant ses variations franches mais avec le sens et le sentiment d’une belle unité : un être présent, exact, carré, vif et si délié, grand continuateur et démarqué à la fois, donc sachant bien exister et être lui-même, et pas seulement successeur dynaste de son modèle d’acteur : de son géant paternel (Pierre Brasseur, cet autre monument, né en 1905 et parti en 1972 lors d’un tournage italien d’Ettore Scola)!

Chaleureux, précis et doué, si doué, malicieux et enjoué, capable de tous les registres, Claude Brasseur s’en va. Restera un très, très, très grand comédien, l’un des plus fins de sa génération bien fournie… Dont il était l’une des dernières grandes et belles figures.

Si Sganarelle a rejoint Dom Juan-Piccoli, il convient de ne pas oublier que Claude Brasseur, interprète de tant de succès mérités fut aussi un sportif aventureux, ayant le sens d’un certain courage et l’engagement toujours enthousiaste. Ce courage, ce goût et cet enthousiasme, il avait su les conserver. Et, en partie, les découvrir en Algérie (comme Victor Lanoux, son bon complice, ils furent tous deux des engagés parachutistes)…

Décidément, oui, Claude Brasseur pouvait s’incarner dans tous les registres, dans la vie quotidienne comme pour servir l’écran ou les scènes de son métier, qu’il exerçait en artisan juste, dosé, subtil et fidèle. Ayant vécu une part d’actualité puis d’histoire aventureuse et tragique, il était profondément, tant de présence, de ton et de talent rigoureusement et pleinement de manières : Français, au sens noble et valable du mot. Ce qui devient une espèce rare. De cette appartenance simple, stricte et naturelle, sans emphase aucune, Claude Brasseur, décidément et justement, sut en porter l’image et la voix au-delà de lui-même, pendant six décennies et pour marquer sensiblement plusieurs générations de spectateurs heureux.

Filleul de l’écrivain Ernest Hemingway, Claude Brasseur (qui allait incarner Guy de Maupassant pour sa part) était devenu une autre légende du métier qui fut celui de ses parents (Pierre Brasseur et Odette Joyeux, elle originaire du Morvan et cousine de Marcel Carné).

Issu d’un premier comédien (Albert Espinasse, né en 1879, mort en 1906, droit sorti lui d’une famille du Puy-de-Dôme de doreurs sur métaux et époux d’une jeune modiste du Nord de la France et de Belgique devenue comédienne, issue de mariniers et de bergers, du Simenon à gens charmants, du Simenon à « braves gens » dans l’esprit et avant la lettre, en somme: Germaine Nelly Brasseur, née en 1887, morte en 1971, donc ayant pu connaître les succès de ses fils et petit-fils!), Claude Brasseur, donc, représentait la troisième génération d’une belle dynastie de comédiens, d’acteurs et d’artistes de forts calibres depuis le dix-neuvième siècle finissant.

Il appartenait donc à sa façon unique et aiguisée, personnelle et bourrue, sensible et rigoureuse à une noble tribu d’hommes libres. Et Claude Brasseur savait faire danser ses mots comme ceux des autres (si souvent bon serviteur des auteurs) et s’exprimer sur et par une note grave dans la voix ou avec quelques belles douceurs acidulées, avec une froideur hivernale et violente (son Fouché) quoique rentrée pour éclater avec une soudaineté de canon devant un verre de cognac, avec aussi des accents graves ou circonflexes de tendresse et ou des aigus sages dans l’appétit partagé de son humour, des aigus associés à de fortes doses de vitamines naturelles et de joie communicative (ainsi, l’exemple de son Vidocq, ainsi, l’ensemble large de ses rôles comiques ou attentifs: toujours des compositions à teintes multiples et presque musicales ou picturales).

Claude Brasseur, artiste vibrant, appartenait à une belle part de notre histoire nationale, à multiples dimensions et bien mise en images, en noir et blanc comme en recourant à quelques beaux éclats de couleurs vives et nettes.

Du fils de Jean Gabin à Monsieur Henri, sans oublier la joyeuse bande de copains désormais réunis sans trop de doute au Paradis. Lequel connaissait bien ses enfants depuis Pierre et jusqu’à Claude, les Brasseur père et fils ! Et dont nous savons qu’il est assurément céleste et si peu terrestre en 2020.

Auteur :
Raphaël LAHLOU
Historien et géographe
Publié le 23 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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