Arrivons-nous à lire la lettre d’Épicure?

ARTICLE. Épicure nous enseigne qu’on doit maîtriser nos désirs, car cela est le secret du bonheur. La pandémie fut un temps pour apprécier ce qui est vraiment important. Un temps pour nous débarrasser de ce qui est superflu. Arriverons-nous à garder cette invitation au bonheur épicurien ?

Arrivons-nous à lire la lettre d’Épicure?

La quarantaine. Une pause à passer avec soi-même. Un temps offert par surprise. Mais pas gratuitement. Il est venu avec une peur oubliée et avec la suspension d’une vie tranquille et en sécurité.

Pourtant, c’est ne pas facile de passer beaucoup de temps en sa propre compagnie. Il ne l’a jamais été. A l’époque de la multiplication des formes de communication et de transport, toute la planète nous reste à disposition, pour que l’on s’enfuie de nous-mêmes. Sauf que la pandémie nous a mis le pied devant la porte.

Après le temps du ballet identitaire, nous nous sommes pressés à la communication. Comment la crise se serait passée sans Internet? Heureusement que l’on n’a pas dû se demander ça. Les liens avec autrui sont devenus plus forts. Sont-ils devenus encore plus valorisants pour lui, ainsi que pour nous-même?

Autrui est-il mon semblable? Une question classique de la philosophie, à trois issues. Autrui est ma création, mon réflexe démiurgique, ou c’est celui dont je m’approche, car nous avons des valeurs communes, ou c’est celui qui me fait peur et, dans ce cas-là, je définirai mon identité de l’autre côté de lui.

Un exercice global de solipsisme, où nous avons tous raison. Mais un solipsisme en permanente communication, une version jamais vue. Covido ergo Zoom, dit bien une blague, qui circule ces jours-ci.

Je communique, donc j’existe, mais combien y a-t-il de réflexion dans ce que je communique ? Et combien restera-t-il de l’éphémère des envois électroniques du monde entier ? Combien des pensées qui ont voyagé pendant ce temps seront enracinées quelque part ?

Peut-être qu’aucune, mais cela semble difficile à croire. En quelque sorte, cela ne compte même plus. La force guérissante de la parole peut être suffisante. Nous nous somme gardés, les unes les autres, dans une vie quasi-virtuelle, d’où nous sortons presque indemnes.

On a cultivé chacun notre jardin, comme nous avons su. Est-ce qu’on a planté quelque chose de nouveau ou a-t-on juste enlevé certaines mauvaises herbes ? Et qu’est-ce qu’on va faire, désormais, avec ce jardin ? Très probablement, ce que nous avons fait depuis toujours. Je ne crois pas dans un prophétisme nouveau. On va porter toujours, avec nous, les mêmes questions et habitudes.

Ou, peut-être, qu’on va changer quelque chose, comme on aime promettre quand on est délivré d’une souffrance. Un texte ancien, d’un philosophe d’une autre époque, peut nous aider. Il s’agit d’Épicure, dont les livres, apparemment nombreux, se sont perdus. Internet n’existait pas à cette époque-là.

Une lettre a été conservée, adresse à son disciple, Ménécée. Un texte court et clair, approprié à la lecture speedd’aujourd’hui. On peut le parcourir en seulement deux heures, sur un écran de tablette ou de smartphone.

Épicure nous enseigne qu’on doit maîtriser nos désirs, car cela est le secret du bonheur. La distinction entre les désirs naturels, dont une partie sont nécessaires, et les désirs non-naturels, qui nous déterminent à courir après des fins qui ne sont pas les nôtres. Des portes que nous ouvrons à fond vers notre propre malheur.

Cela semble une critique de la société de consommation. Si ne nous arrêtons pas dans cette course à la satisfaction de désirs qui ne cessent de se multiplier, on ne sera jamais contents. C’est l’ataraxie qui nous permet d’être heureux. L’absence du trouble de l’âme.

La pandémie fut un temps qui nous a permis de revoir nos désirs et nos espoirs. Un temps pour apprécier ce qui est vraiment important. Un temps pour nous débarrasser de ce qui est superflu. Une pause avec nous-mêmes.

Arriverons-nous à garder cette invitation au bonheur épicurien ? Ou va-t-on se jeter, à nouveau, dans le tourbillon du monde, qui nous éloigne de nous-mêmes ?

Il nous ne reste pas de témoignages sur Ménécée. On ne sait pas à quel point la lettre d’Épicure lui a été utile. Mais nous pouvons voir combien elle nous sera utile à nous. Des épreuves, il y en aura encore. À la prochaine!

Auteur :
Ciprian APETREI
Enseignant de philosophie
Publié le 24 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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