Au conseil municipal, un pas de plus vers la rénovation des bâtiments de l’Abbaye

La rénovation des vieux bâtiments ouvriers de l’Abbaye a permis de lever un peu plus le voile sur le devenir de ce patrimoine architectural emblématique.

Le projet prévoit plus de 200 logements dont 40 % sociaux. Photo archives Le DL/Étienne BOUY

L’actualité s’est mêlée, bien malgré elle, au conseil municipal de ce lundi 14 décembre. Prévue de longue date, une délibération technique sur l’opération Abbaye (un avenant à la convention de concession d’aménagement) est intervenue 48 heures après l’occupation d’un de ces immeubles par des personnes précaires soutenues par l’association Droit au logement (notre édition de dimanche).

« Avec le vice-président métropolitain Nicolas Beron Perez, nous sommes allés à la rencontre des habitants, disait la conseillère municipale Céline Deslattes. Nous avons fait le point avec les services de l’État pour trouver des solutions pour des familles et des personnes en précarité, à la rue. »

L’EPFL a déposé une plainte

Pour autant, l’EPFL, à qui appartiennent ces bâtiments, nous a confirmé ce lundi soir avoir porté plainte pour cette occupation illégale. « C’est le début d’une procédure classique » nous indique l’établissement public foncier local. Son président Christian Coigné souligne : « Ces logements ne sont pas en sécurité, on ne peut pas accepter des squats comme ça sans rien dire. »

Le projet de réhabilitation de 12 bâtiments (pour plus de 200 logements), lui, « vise à améliorer la qualité des espaces publics, à revitaliser la vie de quartier et à préserver la mémoire d’un quartier ouvrier labellisé Patrimoine du XXe  siècle, soulignait Isabelle Peters (majorité). Ces changements ne visent pas à abaisser les exigences mais bien à répondre aux enjeux climatiques et à coconstruire la ville. »

Une quasi-unanimité pour ce vaste projet de requalification

Ce dossier, déjà ébauché par la municipalité Destot, Olivier Noblecourt en a souligné « l’importance car ce quartier fait un lien avec d’autres quartiers, il est un élément d’un maillage urbain à repenser ». Même satisfecit, ou presque, pour Émilie Chalas : « Je me réjouis que l’idée d’origine de démolir les bâtiments ait été abandonnée. Mais je suis convaincue que 40 % de logement social, ça reste trop pour un quartier qui nécessite une redynamisation. » Une redynamisation qui passera aussi, a expliqué l’adjoint à la santé Pierre-André Juven, « par la mise en place d’un service de santé. La démographie médicale est une question brûlante, il y a un enjeu à disposer de locaux adaptés ».

L’unanimité eut été presque parfaite si Alain Carignon ne s’était pas élevé contre ce projet, proposant par ailleurs d’implanter des bureaux dans cette requalification immobilière : « Cette délibération est emblématique d’un syndrome de répétition. M. Juven répète ce que MM. Kermen, Fristot ou de Longevialle disaient. Or, la récente conclusion de la cour des comptes sur la politique de la Ville (nationale) conclut que dans ces quartiers, il y a moins de mixité sociale et culturelle et une aggravation de la paupérisation. Ce sont des nasses au lieu d’être des sas de sortie de la pauvreté, du chômage. Les magistrats expliquent que tout ce que nous avons fait n’a pas marché. Mais là, on le refait. » Une opinion que ne partageait bien sûr pas la majorité municipale. « Une cité bureau ne me parait pas une idée révolutionnaire, rétorquait Pierre-André Juven. Nous avons fait le choix de réhabiliter ces bâtiments et de développer ces logements, nous maintenons la pertinence de ce choix. »

La Ville soutient la culture

Éric Piolle a souligné en conseil que Grenoble s’associait « évidemment au référé liberté porté au Conseil d’État pour l’ouverture des lieux de culture dès le 15 décembre. Nous faisons face à une incompréhension des stratégies gouvernementales, qui permettent de s’engouffrer dans les grandes surfaces, dans les transports en commun souvent chargés et pas dans des salles de culture qui se sont préparées mais qui restent désespérément fermées. Qui peut comprendre que l’on fasse passer la consommation avant l’émancipation ? »

➤ Où l’on reparle (encore) de la Bastille

Archives photo Le DL

Au conseil municipal de novembre, la Ville avait annoncé sa candidature à un concours européen pour plancher sur le devenir de la Bastille. Ce lundi, Claus Habfast s’est réjoui que ce dossier ait été retenu. Ce qui a permis aux uns et aux autres de camper sur leurs positions déjà exprimées en conseil municipal et métropolitain. « Il n’y aura ni pelleteuse ni coup de génie, a prévenu Claus Habfast pour la majorité. Il faut aujourd’hui bâtir la ville sur la ville dans le respect de l’histoire et de l’existant. »

Outre les réhabilitations en cours ou en vue des anciens bâtiments universitaires abandonnés, le futur comité de pilotage partenarial devra se pencher sur la préservation du site et résoudre la question de la résidence universitaire du Rabot dont le Crous a déjà annoncé l’abandon à l’horizon 2024. « Nous démarrerons un nouveau projet pour la Bastille en 2021, poursuivait-il, pour que le site gagne en magnificence. »

« Puisque vous semblez à la recherche d’idées… »

C’était joliment dit mais ça n’a pas fait sourire Hassen Bouzeghoub, Alain Carignon et Émilie Chalas. « Il faut remettre la Bastille au centre de la ville, dit le premier, car c’est un vieux débat mais qui n’avance pas beaucoup. La Bastille, ça reste le patrimoine social d’une culture populaire grenobloise. Ne soyons pas dans l’idéologie mais dans du concret. »

Émilie Chalas tempêtait : « Voilà sept ans que vous perdez du temps, vous allez en perdre deux de plus. » Elle glissait : « Puisque vous semblez à la recherche d’idées, on avait un projet pendant la campagne municipale… » Alain Carignon ironisait : « Vous prenez les Grenoblois pour des canards sauvages. Par cette délibération, nous vous autorisons à prendre l’initiative d’élaborer avec tous les partenaires un plan guide qui s’appuierait sur une vision partagée du devenir de la Bastille. Vous êtes sûr que ce n’est pas trop précipité ? Vous pouvez encore agir mais pour l’instant, c’est du grand gâchis. »

Avec 600 000 personnes qui fréquentent le site sommital, la Bastille est l’un des lieux les plus visités de la Région.

Photo Le DL

➤ Actions envers les précaires : feu nourri sur Éric Piolle

Mais c’est qui, qui en fait le plus pour les fragiles ? Hein ? À écouter les camps qui s’affrontaient ce lundi à grand renfort de chiffres ou d’anathèmes, eh bien, sans surprise… ça dépend. Pour Cécile Cénatiempo (opposition de gauche), « les plus précaires doivent payer le tribut d’une politique locale inégalitaire. La Ville a demandé aux parents de réduire d’un jour par semaine l’inscription de leur enfant à la cantine (face aux conséquences de la crise sanitaire). Vous leur faites payer les conséquences de votre impréparation ».

Pour Émilie Chalas (LREM), la charge est plus appuyée encore : « Votre subvention supplémentaire pour le CCAS [Centre communal d’action sociale, NDLR] est ridiculement faible. Ce n’est pas en bouchant les trous qu’on pourra s’en sortir. Où est le plan d’urgence de la Ville de Grenoble ? Où êtes-vous monsieur le maire ? Nous avons bien compris votre mise en scène d’une politique sociale qui n’existe pas et le lancement de l’élection présidentielle qui vous écarte du quotidien des Grenoblois. » Et d’égrener les mesures du gouvernement face à la précarisation croissante de très nombreux Français.

Forcément, la réponse d’Éric Piolle fusait comme une balle : « En 2017, Emmanuel Macron disait que la “politique sociale, on met un pognon de dingue et les gens sont quand même pauvres”. Depuis, les plans proposés font consensus : les résultats ne sont pas à la hauteur et les courbes de pauvreté se raidissent. Alors oui, madame Chalas, la Ville et le CCAS s’engagent auprès des associations et des acteurs sociaux. »

Outre les chiffres qui plaidaient évidemment au bénéfice de son action depuis le premier confinement, Éric Piolle révélait qu’un nouvel accueil de jour serait actif en janvier pour les plus précaires. Non sans tacler une fois encore le président Macron : « Nous sommes, à Grenoble, aux côtés des habitants fragilisés par les politiques néolibérales que mène LREM depuis trois ans et demi. »

Auteur :
Jean-Benoît Vigny
Le Dauphiné Libéré
Publié le 24 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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