Défense : la France s’oppose au rachat américain de Photonis

ARTICLE. Après de multiples rebondissements, la France a finalement utilisé son véto pour empêcher l’américain Teledyne de racheter Photonis, sa pépite technologique spécialisée dans la visée nocturne

Défense : la France s’oppose au rachat américain de Photonis

Le dossier n’en finissait plus de brûler. Le petit séisme a toutefois eu lieu, vendredi dernier, dans le milieu de la souveraineté en général, et de la défense en particulier. Photonis, fleuron français de l’optronique défensive (équipements alliant les hautes technologies à la fois optique et électronique) et leader mondial de la vision nocturne, en passe d’être racheté par l’américain Teledyne, reste sous pavillon français.

Au nom de la protection des intérêts stratégiques nationaux, une initiative conjointe a permis de coordonner les positions entre le ministère des Armées et le ministère de l’Économie et des Finances. Le ministère des Armées s’en explique dans un communiqué : « Les conditions de reprise de l’entreprise Photonis ne répondaient pas aux impératifs de protection de la souveraineté économique et industrielle française de défense ». Un risque majeur de captation de technologie a donc été évité. Le véto français n’était pourtant pas évident sur le papier : Teledyne est un des fournisseurs du ministère des Armées et il emploie de surcroît 850 salariés en France.

Le feuilleton courait depuis un an, depuis l’officialisation du souhait du fond français Ardian, détenteur de Photonis, de vendre ses parts pour 425 millions d’euros.Photonis était en cours de rachat par le conglomérat américain depuis août, après arbitrage élyséen entre Bercy (alors favorable à la vente) et le ministère des Armées (alors défavorable à la vente). Fin septembre, Teledyne avait toutefois rompu les négociations face aux exigences du gouvernement français (la participation au capital de la banque publique Bpifrance), avant de relancer les négociations avec Ardian, fin octobre.

Le veto français a étérendu possible par le dispositif de contrôle des investissements étrangers en France (IEF). Renforcé ces dernières années, le dispositif avait fait l’objet d’une attention particulière depuis juillet, l’Etat français craignant que la crise sanitaire soit l’occasion de rachats d’aubaine par des fonds étrangers. Ainsi, lorsqu’une entreprise étrangère non-européenne souhaite investir dans une activité française sensible (sécurité et défense), elle doit, au-delà d’un certain seuil, obtenir l’autorisation de l’Etat français. Ce seuil était à l’origine de 25% et il a été ramené à 10% en juillet.

Qui pour racheter Photonis du côté français ? Une solution alternative de rachat est aujourd’hui à l’étude avec des acteurs industriels et financiers français actifs dans le secteur de l’optronique. Jusqu’ici, l’américain Teledyne était seul sur le dossier puisque les groupes français de défense Thales et Safran avaient refusé, malgré les pressions de l’Etat, de se positionner en repreneurs. Si Thalès et Safran continuent de bouder Photonis, l’Etat pourrait faire le choix de monter au capital de la pépite française avec ses propres instruments financiers. Le ministère des Armées reste pour le moment silencieux sur le sujet. En France, Photonis travaille pourtant déjà avec Thalès et Safran. Basée à Mérignac, près de Bordeaux (Gironde), l’entreprise emploie plus de 1000 salariés et possède cinq usines réparties sur la France, les Pays-Bas, et les États-Unis.

Auteur :
La rédaction
Publié le 23 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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