Humanité – Christine Lagarde

Nicole Pras dresse le portrait de Christine Lagarde, directrice de la Banque Centrale Européenne.

Présentation

Christine Lagarde, née Christine Lallouette le 1er janvier 1956 à Paris, est une avocate, femme d’affaires et femme politique française.

Après une carrière au sein du cabinet d’avocats d’affaires international américain Baker McKenzie, elle occupe les fonctions de ministre déléguée au Commerce extérieur de 2005 à 2007 et de ministre de l’Agriculture et de la Pêche en 2007. Elle est ensuite ministre de l’Économie de 2007 à 2011, ce qui fait d’elle la première femme à occuper ce poste dans un pays du G8.

En 2011, après les démêlés judiciaires de Dominique Strauss-Kahn, elle devient directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Première femme à exercer cette fonction hors périodes d’intérim, elle est reconduite en 2016.

Elle démissionne de la direction du FMI en 2019 pour devenir présidente de la Banque centrale européenne (BCE), après avoir été proposée par le Conseil européen. Elle est la première femme nommée à la présidence de cette institution.


Carrière professionnelle

En 1981, après ses études, elle est avocate au barreau de Paris, et rejoint le département de droit social du bureau parisien du cabinet d’avocats d’affaires Baker McKenzie, un des premiers cabinets d’avocats mondiaux (4 600 collaborateurs dans 35 pays), dont elle gravit tous les échelons en 25 ans de carrière : associée du bureau parisien en 1987, associée-gérante en 1991, membre du comité exécutif mondial à Chicago en 1995 et enfin présidente de ce comité en 1999. Première femme et première personnalité non américaine à ce poste, elle est alors à la tête d’un des plus grands cabinets du monde et est classée, en 2002, 5e femme d’affaires européenne par le Wall Street Journal Europe. Sous sa présidence, Baker & McKenzie augmente son chiffre d’affaires de 50 % pour clôturer l’exercice 2004 à 1,228 milliards de dollars. De 2004 à 2005, elle est présidente du comité stratégique mondial de Baker & McKenzie.

Parallèlement, de 1995 à 2002, elle est membre du cercle de réflexion Center for Strategic and International Studies (CSIS), au sein duquel elle copréside avec Zbigniew Brzeziński la commission Action États-Unis-UE-Pologne et suit plus particulièrement le groupe de travail Industries de défense États-Unis-Pologne (1995-2002) et les questions liées à la libéralisation des échanges polonais. Jacques Chirac, président de la République, la nomme au grade de chevalier de la Légion d’honneur en juillet 2000. Elle devient, trois ans plus tard, membre de la Commission pour l’élargissement de la communauté euro-atlantique. Elle entre ensuite, en avril 2005, au conseil de surveillance de la multinationale néerlandaise ING, une institution financière internationale de bancassurance.

Parcours politique et international
Approchée par Jean-Pierre Raffarin, Christine Lagarde quitte les États-Unis en 2005 pour entamer une carrière politique en France.

Ministre déléguée au commerce extérieur
Alors peu connue de l’opinion publique, elle est nommée ministre déléguée au Commerce extérieur du gouvernement Dominique de Villepin le 2 juin 2005. Deux jours après sa nomination, elle déclare qu’il est nécessaire de réformer le Code du travail français, selon elle « compliqué, lourd et constituant un frein à l’embauche », ce qui lui vaut un rappel à l’ordre du Premier ministre Dominique de Villepin. Elle avait tenu ces propos sur la base de son expérience d’avocate puisque c’est elle qui a créé et développé le département de droit social de son cabinet d’avocats à Paris.

Directrice du FMI

Dominique Strauss-Kahn, accusé d’agression sexuelle à New York, démissionne de son poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI) le 18 mai 2011. Christine Lagarde, qui annonce sa candidature le 25 mai suivant, est alors pressentie pour lui succéder. Lors du sommet du G8 de 2011, elle reçoit le soutien des pays européens et l’appui tacite des États-Unis et de la Russie. Elle effectue ensuite une tournée mondiale dans les pays émergents et promet à ces derniers une meilleure représentation au sein de l’institution internationale.

Elle est désignée, le 28 juin 2011, par consensus, directrice générale du FMI par son conseil d’administration. Son expérience, sa capacité de travail et sa réputation de compétence lui ont permis d’acquérir une notoriété à l’échelle internationale et ont contribué à sa désignation à la tête du FMI. Sa parfaite maîtrise de l’anglais a également été considérée comme un facteur de succès. Elle est la première à la tête du FMI à ne pas être économiste et manque d’expérience dans une banque centrale ou une banque privée.

Elle devient directrice générale du FMI le 5 juillet 2011, pour un mandat de cinq ans. Elle est la première femme, hors périodes de direction intérimaire, à occuper ce poste. Christine Lagarde prend ses fonctions dans un contexte particulièrement difficile pour la zone euro, dont la stabilité financière est menacée par son niveau de dette publique.

C’est en particulier le cas de la Grèce, qui, malgré un plan d’aide de 110 milliards d’euros mis en place en mai 2010 et le vote d’un important plan d’austérité, voit sa situation économique empirer. Elle participe à la réunion de l’Eurogroupe du 21 juillet 2011 qui définit un second plan d’aide de 158 milliards d’euros à la Grèce, dans le but d’alléger le poids du stock de dettes et de ses intérêts. Par la suite, dans un entretien accordé au Guardian le 25 mai 2012, elle estime que « les Grecs devraient commencer par s’entraider collectivement » en « payant tous leurs impôts », ce qui suscite une polémique du fait de la défiscalisation dont bénéficient les directeurs généraux du FMI. En 2015, après des négociations difficiles entre la Grèce et troïka ayant manqué de peu d’aboutir à une sortie de la Grèce de la zone euro, Christine Lagarde considère, qu’en plus de la poursuite de réformes structurelles en Grèce, une restructuration de la dette du pays (allongement des échéances et de la période de grâce, réduction des intérêts au maximum) est indispensable à la viabilité d’un nouveau plan d’aide.

En juillet 2011, elle appelle à la reprise des négociations entre les démocrates et les républicains en vue de relever le plafond légal de la dette publique américaine et fait part de sa préoccupation quant aux conséquences sur l’économie mondiale d’un éventuel défaut de paiement ou d’un abaissement de la note des États-Unis.

À la suite de la dégradation de la note des États-Unis par l’agence Standard & Poor’s et la baisse des bourses mondiales, Christine Lagarde, dans une tribune publiée le 15 août 2011 sur le site internet du Financial Times, appelle les États, et en particulier les « économies avancées », à ne pas tuer la croissance en luttant de manière excessive contre la dette. Pour elle, il ne faut pas laisser « le coup de frein budgétaire bloquer la reprise mondiale », le rééquilibrage budgétaire devant « résoudre une équation délicate en n’étant ni trop rapide ni trop lent ». Christine Lagarde avec Hartwig Löger en 2018.

Le 27 août 2011, lors de la rencontre annuelle des banquiers centraux et des économistes à Jackson Hole, elle plaide pour une politique économique de croissance, une politique monétaire souple et une recapitalisation « substantielle » des banques européennes, en utilisant avant tout des fonds privés, afin que celles-ci soient « suffisamment solides pour faire face aux risques que représentent les dettes publiques et la faiblesse de la croissance ». Ce dernier point fait l’objet de critiques, notamment de la part du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.

Le magazine américain Forbes la classe 5e dans sa liste des femmes les plus puissantes du monde en 2014. Alors que des médias évoquent l’hypothèse qu’elle soit candidate à l’élection présidentielle française de 2017, elle écarte cette possibilité.

En janvier 2015, à la suite de la mort du roi Abdallah d’Arabie saoudite, pays qui applique une version stricte de la charia et est l’un des pires en matière de droits des femmes, Christine Lagarde déclenche une polémique en déclarant à propos du dirigeant qu’il était, « de manière discrète, un grand défenseur des femmes ». Elle précise : « C’était très progressif. Mais j’ai abordé cette question avec lui à plusieurs reprises et il y croyait fermement. […] Il avait mis en place beaucoup de réformes. »

Seule candidate à sa succession à la tête du FMI en 2016, elle bénéficie essentiellement de deux succès politiques pour son premier mandat : la reconnaissance du yuan chinois comme monnaie de référence et le lancement d’une réforme du FMI visant à donner plus de poids aux pays émergents. Le 19 février 2016, elle est reconduite à la tête du Fonds monétaire international (FMI) pour un nouveau mandat de cinq ans. Pour le journal Le Temps, elle aurait renforcé la crédibilité de l’institution en admettant les risques des politiques d’austérité et en traitant des questions du réchauffement climatique ou du creusement des inégalités. Néanmoins, son image a été entachée des interventions du FMI dans les pays les plus touchés par la crise ; en Grèce, des pancartes à son effigie ont été brûlées par des manifestants et elle a reçu des menaces de mort après avoir accusé les armateurs les plus riches du pays de se soustraire à l’administration fiscale.

Présidente de la Banque Centrale Européenne

Le 2 juillet 2019, le Conseil européen la propose pour prendre la présidence de la Banque centrale européenne. Sa nomination doit être validée par un vote des directeurs des banques centrales nationales. Elle décide alors de quitter ses fonctions au FMI durant la période de nomination. Alors qu’elle n’a jamais dirigé une banque centrale et qu’elle est critiquée pour son rôle dans l’affaire du Crédit lyonnais, les médias soulignent que son bilan au ministère français de l’Économie et au FMI a joué en sa faveur. Elle présente sa démission de sa fonction directrice générale du FMI le 16 juillet 2019. Celle-ci est effective le 12 septembre suivant. Elle est nommée présidente de la BCE le 20 octobre 2019, en remplacement de Mario Draghi, devenant la première femme à occuper cette fonction.

Dès son arrivée, elle s’agace contre les tweets du président des États-Unis, Donald Trump, à l’encontre de la Réserve fédérale des États-Unis (FED), déclarant : « La stabilité des marchés ne devrait pas faire l’objet d’un tweet par-ci ou d’un tweet par-là. Cela exige de la considération, de la réflexion, du calme, des décisions mesurées et rationnelles. »

Christine Lagarde prend ses fonctions le 1er novembre 2019. À la tête de la BCE, elle devrait maintenir la politique monétaire accommodante de son prédécesseur, Mario Draghi. Lors des échanges avec le Parlement européen précédent sa nomination, Christine Lagarde a également exprimé sa volonté de faire participer la BCE à la lutte contre le changement climatique et de réexaminer le cadre de la politique monétaire de la BCE.

Elle gère la crise économique liée à la pandémie de Covid-19 à travers plusieurs mesures, malgré une réticence initiale. Elle met notamment en place le Pandemic Emergency Purchase Programme, qui permet à la BCE de faire baisser les taux d’intérêt sur les dettes publiques et de rendre les déficits liés à l’épidémie soutenables.


Auteur :
Nicole Pras
Publié le 24 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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