Macron, roi de la contorsion

OPINION. Dans une interview accordée mardi à L’Express, le président de la République a tenté un numéro d’équilibriste dont il a le secret. Le numéro de trop pour Max-Erwann Gastineau.

Macron, roi de la contorsion

La reprise par le président de la République, lors d’un entretien accordé à L’Express, de la notion de « privilège blanc » (et oui, un petit blanc ne souffre pas de « discrimination » à l’embauche… il n’a qu’à traverser la rue, lui !) le discrédite définitivement !

Emmanuel Macron était le premier président post-attentat du Bataclan. Il était donc celui à qui revenait la lourde tâche de répondre au « pourquoi ? » et au « comment ? » Pourquoi en sommes-nous là ? Pourquoi des Français prennent les armes contre d’autres Français ? Comment faire en sorte que de tels drames ne se reproduisent plus ? Comment refaire l’unité dans un paysage national en cours de désagrégation ?

En 2017, nous n’avions aucune autre priorité que celle de répondre à ces questions. Nous n’en avions nulle autre, et pourtant… il aura fallu attendre 2020… trois ans ! Trois ans pour qu’Emmanuel Macron porte enfin son regard sur ce sujet…

(Parenthèse : combien de temps aurions-nous dû encore attendre si Samuel Paty n’avait été tué, pour désigner les relais associatifs de l’hydre islamiste ? Combien de temps aurions-nous dû encore attendre, si les conseillers du président n’avaient pas vu poindre à l’horizon un scénario à la Jospin – élimination dès le premier tour par absence de considération pour les enjeux « sécuritaires » ?)

Trois ans ! Il aura fallu attendre trois ans pour commencer à agir, nommer les choses… Trois ans ! Et encore… Savez-vous vraiment ce que veut vraiment l’exécutif ? Quelle vision domine le chef de l’État ?

Que de contorsions sémantiques depuis l’annonce du projet de loi contre le séparatisme ! Que de cuistrerie à chaque interview ! Que de dextérité il faut à un homme pour parvenir à placer dans le même entretien : « privilège blanc », « universalisme », « République plurielle » et revendication d’une filiation avec Jean-Pierre Chevènement…

Cette filiation, d’ailleurs… c’est quand même le pompon !

Macron a réuni la France du Oui. Chevènement parle à celle du Non. Macron n’a pas réuni les « républicains des deux rives ». Il a réuni les enfants de DSK, les « économicistes », libéraux et socialistes ; ceux qui convergent pour voir dans tous problèmes sociaux (insécurité inclus) une solution purement technique et économique.

Chevènement étudie depuis des années les conséquences de 30-40 années de « laissez-faire » (dont les effets sont clairs : désindustrialisation et désintégration, sur fond de recul de l’État, de rapport religieux à l’ « intégration européenne » et de délitement du patriotisme des élites).

Lorsqu’on se réclame de Chevènement, on porte un diagnostique sans équivoques sur les conséquences de ce laissez-faire. Et on en tire des conclusions opposées à l’idée de vendre nos fleurons industriels, d’entretenir l’illusion de former un couple avec l’Allemagne ou de construire une « République plurielle ».

Lorsqu’on se réclame de Chevènement, et qu’on préside aux destinés du pays, on réarme l’État dans la mondialisation, on récrée les conditions de l’assimilation, on n’assouplit pas les critères du regroupement familial (cf loi du 10 septembre 2018), on n’oppose pas le multilatéralisme aux rapports de force internationaux (inhérents à la poursuite par les États de leurs intérêts bien compris), on réhabilite les frontières comme condition nécessaire à l’affirmation d’une politique souveraine (pléonasme !), on propose le retour d’un « récit national » à l’école, on mesure le niveau d’insécurité, on ne nomme pas à la Justice les épigones du lyrisme anti-carcéral, on pense la fracture territoriale, on ne taxe pas la diesel au prétexte de financer une transition écologique qui n’a pour effet, dans les faits, que de relancer l’industrie asiatique (qui détient les métaux rares nécessaires à la construction des batteries et panneaux solaires) et saborder notre industrie nucléaire (rappelons que, cet hiver, pour pallier la fermeture de Fessenheim et l’intermittence des énergies éoliennes et solaires financées par vos impôts, nous accélérerons l’importation d’électricité produite à partir de combustibles fossiles, comme le charbon…), on ne prétend pas s’attaquer au « séparatisme » en donnant à boire et à manger à tous les segments de la population, sur fond de « reconnaissance » de particularismes ethniques, religieux et/ou mémoriaux.

Bref, quand on veut vraiment agir, entre Terra Nova et Chevènement… on choisit !

Encore une fois, le problème n’est pas de reconnaître les différences. « La citoyenneté ne doit pas être la revendication d’une singularité univoque qui nierait les différences », dit Macron à L’Express. Mais qui peut prétendre nier les différences ?

Il faut, à un moment donné, se poser cinq minutes et ouvrir un livre d’Histoire. La France est diverse depuis l’aube ! Les hommes sont, par nature, différents. Dès lors qu’ils naissent, vivent et grandissent, ils diffèrent… en goût, en opinion, en manière de vivre. La différence est naturelle, consubstantielle à l’humanité même de l’homme. Mais pas l’unité ! L’unité, elle, a toujours besoin d’être entourée d’une pieuse sollicitude. Elle est une vieille dame dont on s’acharne aujourd’hui à vouloir abréger les souffrances pour mieux se dispenser d’avoir à mesurer tout ce qui nous sépare du glorieux dessein qu’elle a accompli, pour notre bonheur personnel et notre grandeur collective.

Le danger pour la France n’est pas l’unité, la négation des différences… c’est la perte d’unité, sur fond d’exaltation des différences ! C’est l’absence de commun, de liant, de choses à partager et à prolonger ensemble. Comment faire Un avec DES ? Comment dire « nous » avec des « je » ? Il est là le génie français, qui transcende République et Monarchie : avoir su dire « nous » quand tout poussait, à l’intérieur comme à l’extérieur, pour que nous ne disions plus jamais France…

Quand on dirige son pays, il faut le connaître, l’aimer pour ce qu’il est, cultiver son génie propre, « situer l’énorme et lente marche vers l’unité d’une France qui aura été longtemps en devenir », écrivait notre plus grand historien, Fernand Braudel, dans L’identité de la France, un livre à offrir pour Noël au président de Feu la République.

Auteur :
Max-Erwann Gastineau
Essayiste
Publié le 24 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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