Jean-François Colosimo : « Il faut tacler Erdogan »

ENTRETIEN. L’historien et essayiste Jean-François Colosimo publie Le Sabre et le Turban. Jusqu’où ira la Turquie ? (Editions du Cerf). Il est l’invité de Front Populaire.

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Cet article fut publié le 23 décembre 2020.

Erdogan est fort mais il est surtout fort de nos faiblesses.

F.P. : Jean-François Colosimo, bonjour, vous publiez « Le sable et le turban jusqu’où ira la Turquie » aux éditions du cerf. Vous y livrez une analyse sur ce pays, la Turquie qui déchaîne les passions notamment en Occident et expliquer pour nous qu’il y aurait une Turquie qui serait la bonne celle d’Atatürk et une autre la mauvaise, la Turquie d’Erdogan et pourtant selon vous, ces deux Turquie sont les revers d’une même médaille. Est-ce que vous pouvez tout d’abord expliquer votre point de vue.

J.F.C. : Disons que dès qu’il s’agit de la Turquie comme d’ailleurs pour beaucoup de pays du monde les français ont une vision assez manichéenne, il y a d’un côté un bon pays, de l’autre un mauvais pays. Une bonne Turquie, une mauvaise Turquie. Dans le cadre de la Turquie ce dualisme semble tout à fait simple à établir Il y a la Turquie d’Atatürk, la Turquie du révolutionnaire, du laïciste, de l’européiste et puis d’un autre côté il y a la Turquie d’Erdogan, la Turquie du réactionnaire, de l’islamiste, du fondamentaliste Et donc nous demandons : « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Qu’est-ce qu’il s’est passé au cours de ce bref siècle d’existence qui a connu la Turquie moderne, qui est naît des ruines de l’empire Ottoman ? Que s’est-il passé ? Et bien nous voulons voir à tout prix une opposition là où il y a pour moi, très strictement, une continuité. Alors cette continuité a été en dynamique, elle concerne l’état idéologique du monde tel qu’il est allé au cours de ce même siècle. Mustafa Kemal Atatürk, héro militaire, fonde une République, un Etat-nation, une nation, sur les ruines d’un empire et il va développer une quête identitaire la création d’un citoyen, d’un homme nouveau, d’un Turc nouveau dont le principal moteur dans un premier temps va être le nationalisme. Et puis arrive derrière Erdogan, lui est dans un retour du religieux, c’est la même poursuite identitaire, c’est le carburant qui change, ce carburant et bien il est à 20% d’islam en 1930 et il est à 80, 90% d’islam aujourd’hui mais la course folle en quelque sorte pour fonder une nation sur un empire disparu, cette course folle continue et explique pourquoi la Turquie aujourd’hui nous paraît si convulsive.

F.P. : Alors je vais rebondir sur ce que vous venez de dire, vous l’expliquez que pour comprendre la Turquie moderne, il faut avoir en tête, son histoire, il faut la mettre en perspective. Ma question est donc la suivante, en quoi la Turquie actuelle est hantée par le souvenir de l’empire Ottoman ?

J.F.C. : La Turquie naît donc des ruines de cet empire qui a son apogée était l’un des plus grands empires du monde qui a dominé, était présent sur trois continents. L’Europe, l’Asie, l’Afrique : sur 4 mers : la mer rouge, la mer méditerranée, la mer noire, la mer caspienne. Cet empire multiculturel est dépecé par les empires européens tout au long du 19ème siècle et cet empire est dans le camps des vaincus en 1918. Donc c’est la fin de l’empire ottomane t le traité de Sèvres qui est programmé par les alliés en 1920 prévoit en fait la création d’une petite Turquie qui se serait résumé au plateau Anatolie au sens de la Turquie actuelle : la création d’une grande Arménie, la création d’un Kurdistan. Vous voyez combien ces questions restent aujourd’hui totalement actuelles. Et c’est ce à quoi Mustafa Kemal dit non, il sort d’Anatolie avec son armée révolutionnaire et il obtient cette grande Turquie que nous connaissons aujourd’hui par le traité de Lausanne.

Rien n’est résolu pour autant parce que si l’empire est mort, pense Atatürk c’est en raison des minorités. Des minorités qui l’ont sapé de l’intérieur. Ces minorités allogènes, juives, arméniennes, grecques et puis aussi ces autres minorités qui restent sur ce territoire une fois qu’on est sorti de l’Empire les kurdes qui sont musulmans mais qui ne sont pas turcs. Les alévis qui sont musulmans, qui ne sont pas sunnites. Hors l’identité nationale qui veut forger Atatürk c’est le turc sunnite qui est promis en quelques sorte à venger l’humiliation de l’empire, à restaurer la grandeur de l’empire. Ensuite turc sunnite c’est une question de mélange, c’est une question de proportion n’est-ce pas. Le Turc l’emporte sur le sunnite sous Atatürk. Le sunnite l’emporte sur le turc chez Erdogan mais à peine car en fait la vérité c’est que dans la disparition programmée systématique des minorités, ces ennemis de l’intérieur, dans l’affrontement avec les ennemis de l’extérieur qui perdure dans ce rapport angoissé qu’à la Turquie à elle-même depuis 1923, sa fondation et bien la formation de cette nouvelle identité est assez simple et c’est là où on retrouve ce rapport dynamique entre les deux leaders turcs, celui de la fondation et celui de la refondation : Atatürk, nationaliste de l’islam là où Erdogan islamise la nation. Le turc sunnite à la fin, c’est le prototype de l’homme nouveau puisque si il est clair qu’Erdogan est plus un frère musulman qu’un musulman qu’il est lié à l’internationale des Frères Musulmans, qu’il se conduit effectivement je dirais comme un agresseur que ce soit dans la mer Egée, en Libye, en Syrie, en Irak, que ce soit évidemment dans le Caucase, au Haut-Karabakh, rappelons-nous tout de même que Atatürk c’est beaucoup plus le contemporain de Mussolini et de Lénine que de Daladier ou Wilson ou d’Aristide Briand.

F.P. : On a tendance dans de nombreuses rédactions française à user de cette expression un peu convenue, quand on parle de la Turquie on parle de géant aux pieds d’argiles. Est-ce que c’est vraiment l’expression la plus indiquée pour parler de la Turquie d’Erdogan ?

J.F.C. : La Turquie d’Erdogan aujourd’hui a pour faiblesse a pour faiblesse sa dépendance économique contrairement à d’autres pays de tradition musulmane, la Turquie ne repose pas sur une indépendance, une autonomie énergétique, des ressources d’hydrocarbures, de gaz et donc elle est surtout une nation d’industrie et de commerce. D’où sa nécessité d’être reliée à l’extérieur. Et ne même temps, Erdogan par rapport à cet extérieur, a une politique extrêmement agressive. Alors pour les turcs eux-mêmes, Erdogan ce n’est pas le père de l’islamisme, ce n’est pas non plus le père de la reconquête, c’est le père de la prospérité car il est vrai qu’il a su accompagner le développement de ce que l’on appelait à une époque, le tigre anatolien, il est vrai que la réouverture après l’an 2000 du monde proche-oriental, des Balkans, la manière dont la Turquie s’est tournée vers les grandes républiques d’Asie centrale qui sont à la fois musulmanes sunnites et turcophones. Tout cela a profité à l’économie turque mais qui aujourd’hui dévisse totalement.

Elle dévisse totalement, la livre turque connaît une prodigieuse, infernale descente aux abîmes. Plus rien ne marche vraiment. Erdogan a perdu, en raison de cela des mairies qui étaient très symboliques pour l’AKP, son parti. Istanbul, Ankara. Evidemment, la répression qui a suivi le putsch avorté de 2016, répression terrible fait que beaucoup de forces vives, intellectuelles , administratives sont soit en prison, soit en exil donc c’est un pays très affaibli qui s’est lançé dans je dirais une guerre tout azimut pour s’imposer diplomatiquement, au profit d’ailleurs du chaos général qu’à provoqué la pandémie dans les relations internationales. Ce pays est faible donc de tout cela et il suffirait d’une politique de sanction économique assez forte pour certainement permettre aux turcs de choisir leur avenir. Il est évident aussi qu’il ne faut pas choisir pour les turcs ce qu’ils veulent faire. Ce peuple qui était peut-être un peu précaire en 1923 est aujourd’hui un peuple qui s’est affirmé, c’est un peuple plein de talents, un peuple plein de vertus, nous voyons d’ailleurs le dialogue que nous pouvons mener avec les intellectuels, les artistes turcs, les écrivains, malheureusement tout ces gens-là sont encore une fois soit dans un cachot soit vivent dans une des capitales européennes où ils ont trouvé refuge sous la persécution.

Donc pour finir là-dessus, le principal obstacle à cette politique qui permettrait aux turcs de choisir enfin leur destin puisqu’aujourd’hui ce n’est pas le cas puisqu’Erdogan rassemble tous les pouvoirs : pouvoir politique, pouvoir religieux, pouvoir juridique et pouvoir médiatique. Pour juste desserrer cet étau, le principal problème, l’obstacle, c’est l’Allemagne qui ne veut pas en entendre parler puisque cette politique n’aurait de sens que dans un cadre européen. La France le demande, Paris le demande, Berlin dit non, nous retombons-là sur une figure bien connu de l’impuissance européenne.

F.P.: Alors je vais poursuivre le sujet à propos de cette impuissance européenne, dans ce qui ressemble à une grande partie de bluff, l’Occident et l’Europe notamment semblent totalement impuissants, incapables de faire face aux ambitions impériales d’Erdogan, quelles réponses concrètement l’Occident peut-il apporter ?

J.F.C. : C’est en soutenant les diverses oppositions qui ont enfin su se rassembler, particulièrement autour d’un parti, le HDP, qui avait plutôt une réputation d’être un parti kurde mais qui a beaucoup élargi sa base tous les turcs d’ouverture. Cela est très important car la minorité kurde ce n’est pas une minorité au sens exact du terme, c’est probablement 20 à 25 millions des citoyens kurdes d’aujourd’hui. D’un autre côté les alévis qui sont cet islam très libéral porté vraiment par un esprit je dirais de droit de constitutionnalité, de respect des différentes altérités, un islam aussi nié parce que les alévis n’ont pas plus d’existence légale que les kurdes dans la Turquie actuelle. Les alévis ont réussi à regrouper autour d’eux les autres minorités musulmanes : les confréries soufies, la frange chiite, donc ceux-là forment en fait une opposition qui était largement inconnue jusqu’à maintenant. En tout cas elle était très éclatée. Donc là il y a un front qui se place. Comment les aider ? C’est très simple, en arrêtant de financer indirectement Monsieur Erdogan , en arrêtant de plier devant ces sommations, en le recadrant, n’est-ce pas car on a affaire tout de même à un pays qui est certes candidat depuis très longtemps candidat à l’Union Européenne mais le demeure et un pays qui est membre de l’OTAN et c’est ce pays qui fait, mène une politique surtout à l’étranger, pas simplement d’ailleurs, il mène à l’intérieur de ses frontières une politique qui est contraire au grand schéma européen et qui mène à l’étranger une politique qui elle aussi est contraire aux intérêts de l’Europe vous voyez.

D’ailleurs cette fameuse question, la Turquie ou non dans l’Europe elle se résout assez facilement. Géographiquement, l’Europe s’arrête au Bosphore, historiquement la conscience européenne s’est formée pour arrêter les Ottoman, à Lépante, au 16ème siècle puis à Vienne au 17ème. Troisièmement il est évident que si l’Europe qui est fondée sur l’idée de la paix depuis 19145 ; le plus jamais ça, intégrer la Turquie, elle se retrouverait sur des zones de guerre qu’elle ne maîtriserait pas, d’autant plus que l’armée turque serait en nombre fantassins, la première armée de l’Europe. Ensuite, il est évident aussi que le jeu européen à Bruxelles consiste malgré tout en des appariements nationaux sur des questions idéologiques. On sait que les turcs qui seraient alors la représentation la plus nombreuse, auraient plutôt un appariement national sans trop de préoccupation idéologique et puis enfin et surtout c’est la raison principale, c’est que si il y a un génie européen, à l’oeuvre, depuis Jérusalem, Athènes, Rome, en passant ensuite par la Renaissance, les Lumières, si il y a une de continuité dans ce génie, c’est la capacité de retour sur soi, auto-critique. C’est la manière dont en fait on peut revenir et dire que oui même avec parfois les meilleures volonté on peut participer de l’inhumain.

Et bon là il n’y avait pas de très bonne volonté dans le génocide des arméniens, commis par les jeunes turcs dont Atatürk était membre bien qu’il n’ait eu rien à voir avec ce génocide, il était sur le front. Le génocide commis contre les arméniens, par les jeunes turcs en 1915 ouvre le 20ème siècle, n’est-ce pas alors qu’il est, c’est encore un point commun entre Atatürk et Erdogan, il est farouchement nié par la République de Turquie qui d’ailleurs puni légalement la mention du fait génocidaire. Beaucoup de turc engagés l’ont payé très chers de vouloir aborder la vérité de l’histoire. Donc cette incapacité à vivre la vérité de l’histoire, cette incapacité de se situer généalogiquement par rapport au mal, fait que la Turquie et peinerait à rentrer dans l’Europe, en revanche il est clair que depuis longtemps, plutôt que de parler, finalement, de cette agrégation qui n’avait pas grand sens, il aurait fallu développer un partenariat privilégié avec ce grand pays qui reste un est-ouest et qui a une position stratégique effectivement tout à fait considérable et qui a un peuple encore une fois qui vaut la peine.

F.P. : Effectivement, elle a un positionnement stratégique très important vous avez parlé de l’OTAN, la Turquie est dans l’OTAN, son intégration on s’en souvient a été rendu possible sous l’impulsion des Etats-Unis. Cette OTAN qui serait aujourd’hui dans un état de mort cérébrale, ce sont les mots d’Emmanuel Macron, on observe effectivement des oppositions frontales entre pays membres notamment sur le dossier Libyen. L’existence même de l’OTAN fait-elle encore sens aujourd’hui ?

J.F.C. : L’introduction de la Turquie dans l’OTAN c’est une volonté américaine. C’est une volonté américaine qui correspond à la Constitution même de l’OTAN à savoir la guerre froide, à savoir le rapport à un monde communiste qui au moins jusqu’à l’Afghanistan ne cesse d’avancer à travers le monde et qui représente effectivement une idéologie totalitaire et qui doit être combattue comme telle. On sait que la France est entrée et sortie dans l’OTAN car évidemment c’est aussi cette OTAN, pas simplement une alliance contre le communisme c’est aussi une alliance pour l’Amérique, sous l’Amérique, sous le pouvoir de l’Amérique, qui entend à partir de là aussi guider les destinées des nations européennes du Vieux Monde, du Vieux Continent à travers cette alliance militaire.

Cette alliance militaire, les Américains veulent qu’elle intègre la Turquie, pourquoi ? Parce que la Turquie c’est à ce moment-là des milliers de kilomètres de frontières avec le monde soviétique, le monde communiste, avec l’Est. Il n’y a plus de guerre froide, l’Amérique continue de demander à l’Europe d’intégrer la Turquie car elle pense aussi que c’est une manière d’affaiblir l’Europe c’est assez clair aussi. La Turquie reste dans l’OTAN et en même temps se sert en armes auprès de la Russie et mène une politique qui est tout sauf atlantiste pour ceux qui en seraient les aficionados. La Turquie n’est pas atlantiste à l’heure qu’il est. Et donc qu’est-ce qu’il se passe ? C’est que de toute façon l’OTAN aurait dû disparaître avec la chute du mur de Berlin. l’OTAN n’avait plus de raison d’être c’était une alliance circonstanciel donc cette alliance s’est trouvée de nouvelles missions. A mon avis assez infondées. La mauvaise place de la Turquie dans cette alliance montre bien que l’OTAN devrait disparaître ou totalement se réformer. Dans les faits c’est impossible parce que l’Amérique ne veut parce que la Turquie reste stratégique pour elle. Aujourd’hui ce n’est plus une question de frontières avec le monde slave encore que mais aujourd’hui les Etats-Unis possèdent sur le territoire turc, dans le sud-est sur la côte de la mer Egée, la principale base de têtes nucléaires que Washington possède en dehors des Etats-Unis. Et cette base permet de viser Moscou, Téhéran, Pékin, Islamabad. Donc là on a une alliance qui fait qu’on est face à la capacité qu’à Erdogan de jouer dans matchs de manière extraordinaire. Extraordinaire puisque c’est l’Amérique qui lui donne ce blanc-seing n’est-ce pas.

Alors cette OTAN évidemment aujourd’hui, je dirais oui il faut donner crédit à la formule du Président Macron pour une fois, oui cette OTAN étant en coma dépassé, cette OTAN ne sert à rien mais pour autant, et particulièrement depuis le BREXIT, la France reste la seule puissance un tant soit peu militaire au sein de l’Union Européenne. Sinon il n’y en a pas d’autres. Et encore la capacité militaire de la France elle est à moyenne portée. Il y a un certain nombre de kilomètres au-delà duquel nous ne savons pas aller.

Nous sommes dans la dépendance par rapport aux Etats-Unis on le voit en Afrique, nous sommes en dépendance pour tout ce qui du transport, pour tout ce qui est du renseignement satellitaire. Donc en fait l’Europe est impuissante, l’Europe n’a pas de diplomatie, l’Europe n’a pas d’armée probablement parce qu’elle n’a au fond ni religion ni idéologie si ce n’est celle de l’abondance et de la paix. Et donc nous subissons et nous subirons vraisemblablement pendant longtemps Monsieur Erdogan qui sera à la fois dans l’OTAN, hors de l’OTAN et qui instrumentalisera l’OTAN à ses propres fins.

F.P. : On a beaucoup parlé du Haut-Karabakh sur Front Populaire, et notamment des événements tragiques qui s’y déroulent. Dans cette guerre, en quoi la victoire militaire de l’Azerbaïdjan illustre une victoire politique de la Turquie ? Quels sont les gains géostratégiques qu’a pu tirer Erdogan ?

J.F.C. : Les relations entre la Turquie et l’Azerbaïdjan sont des relations très très anciennes au nom de l’unité turcophone. L’Azerbaïdjan tel qu’on le connaît autour de Bakou, car il y a aussi un Azerbaïdjan persan qui est aujourd’hui en Iran, c’est un peuple partagé. L’azerbaïdjan post-soviétique est très lié à la politique des jeunes turcs. Les jeunes turcs commettent le génocide des Arméniens en 1915, car ils veulent éliminer entre autres raison les arméniens qui font obstacle à la jonction entre ce qui est aujourd’hui la Turquie contemporaine et les républiques turcophones, d’Asie centrale, d’abord du Caucase, puis d’Asie centrale c’est-à-dire l’Azerbaïdjan puis l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et puis un peu plus loin encore les Ouïghours de Chine qui sont réellement persécutés sans conteste. Mais qui aux yeux d’Ankara, aux yeux de la Turquie ont l’avantage d’être à la fois musulmans et sunnites et turcophones donc vous voyez que vous avez un immense vecteur de pénétration dans l’Asie. Les Arméniens sont toujours sur la route de cette reconquête d’un espace qui serait l’espace de l’expansion turco-mongol de 12ème, 15ème siècles. Par rapport à cela au moment-même où les jeunes turcs commettent le génocide en Turquie en 1915, 2 ou 3 ans plus tard, un jeune turc qui compte lève l’armée islamique du Caucase à Bakou dans ce qui est aujourd’hui l’Azerbaïdjan pour continuer à perpétrer le massacre des Arméniens.

La question arménienne reste une question irrésolue totalement dans la Turquie contemporaine. Dès que l’Azerbaïdjan sort du communisme dès les années 1990, les pogroms d’Arméniens reprennent à Bakou. Puis arrivent très rapidement évidemment, l’indépendance concomitante de l’Azerbaïdjan, du Haut-Karabakh et de l’Arménie indépendance dont l’Azerbaïdjan ne va pas vouloir celle du Haut-Karabakh, et celle de l’Arménie a peine.

La Turquie dès avant Erdogan va soutenir cet ensemble turcophone. Erdogan va reprendre a son propre profit le slogan que la Turquie et l’Azerbaïdjan constitueraient deux états mais une seule nation. D’autant plus que l’Azerbaïdjan, grâce au pétrole et au gaz, est un adjuvant essentiel à l’essor économique turc.

A parti de là, ce que réussit Erdogan dans cette affaire, c’est que lui le sunnite s’allie avec les chiites puis les azéris sont chiites. Ils sont chiites mais post-soviétiques, assez peu intéressés par le chiisme et donc on voit qu’on a une politique non seulement qui est pan-turque mais panislamiste et néo-ottoman. Car Erdogan est tout cela à la fois il faut arrêter de dire le sultan néo-ottoman, ce sont des formules de facilités. Il a un arsenal de doctrines géopolitiques qui sont interchangeables selon les moments, selon avec qui il a affaire et selon avec qui il doit combattre. Donc on en arrive à cette idée que la Turquie profite de la pandémie pour soutenir l’effort de guerre azéri. Le soutenir considérablement, non seulement par des moyens technologique ultra développés comme les satellites, les drones mais aussi par l’envoi de troupes, des mercenaires syriens, vraisemblablement ex-djihadistes qui vont soutenir l’effort de guerre azéris. Et tout cela pourquoi ? Pas que pour un bénéfice moral, pour un véritable bénéfice géo-stratégique. Le territoire de l’Arménie est totalement ébréchée par la route qui est consentie par Ankara, traverse une enclave azérie qui est au sud,de l’Arménie, traverse le territoire arménien pour rejoindre Bakou sur les bords de la Caspienne donc on a une ligne géopolitique, les deux pays sont reliés désormais car ils ne l’étaient pas de manière terrestre et en pus cette route qui est un toboggan entre Ankara et Bakou qui véritablement coupe le territoire arménien en deux et menace Erevan, à l’Ouest mais à l’Est cette route c’est une zone pivot face à l’Iran l’Iran dont le Nord est constitué par une population azérie comme l’Azerbaïdjan, l’Iran où le guide suprême, Ali Khamenei, le successeur de l’imam Khomeini est azéri lui-même et on voit-là donc qu’en fait à travers cette guerre, Erdogan ramène l’empire ottoman dans une zone où d’ailleurs l’empire ottoman a toujours perdu. Paradoxalement donc on verra la suite c’est-à-dire à la croisée des empires perses et russes.

Alors c’est une belle victoire pour Erdogan mais la grande victoire revient quand même à Vladimir Poutine qui a montré aux Arméniens qu’ils n’avaient pas d’autres endroits où aller qu’à Moscou, qui a montré qu’il était le seul a pouvoir régler cette affaire qui a laissé faire, compter les morts, à qui Erdogan doit son strapontin à Bakou et surtout la grande victoire de Poutine c’est le retour des tropes russes au coeur de l’Azerbaïdjan chose inouïe et impensable depuis l’indépendance de 1990. Donc de ce point de vue-là, c’est toujours le problème avec Erdogan c’est qu’il ne gagne jamais vraiment, peut-être parce que la Turquie n’en a pas totalement les moyens et parce qu’aussi il joue tellement gros, qu’il se fait rattraper à tout moment par des intérêts supérieurs, l’élection de Joe Biden n’est pas une bonne nouvelle pour lui, surtout par rapport à l’OTAN il va falloir qu’il se discipline c’est évident.

F.P. : On a invité Franz-Olivier Giesbert sur Front Populaire il y a de cela quelques semaines et il nous mettait en garde contre Erdogan, pour lui c’est quelqu’un qui est susceptible de créer une guerre, mondiale, est-ce que vous êtes d’accord avec cela ?

J.F.C. : Qui est au fond Recep Tayyip Erdogan c’est un homme considérable, c’est un tacticien formidable. C’est un volontariste décidé, d’ailleurs à mon sens quand il regarde dans le rétroviseur il ne voit pas le sultans ottoman, cela est une blague, une facilité rhétorique, il voit Atatürk. La différence ente lui et Attatürk c’est qu’Attatürk, s’est battu pour instaurer un cadre national, et il y a réussi, cadre national à partir duquel, effectivement Erdogan peut se projeter dans le monde car ce cadre national a été malgré tout bien construit. Les circonstances du monde aussi ont changé. Attatürk a cherché à s’étendre mais les possibilités étaient très très limitées à ce moment-là. Aujourd’hui le chaos, le désordre international permet à Erdogan d’avancer donc Erdogan est fort mais il est surtout fort de nos faiblesses et particulièrement des faiblesses de l’Europe. Il ne serait pas très difficile de le raisonner si nous étions capables d’aller ce vers quoi il comprend le mieux, à savoir le contact, la brutalité, l’exigence, l’injonction. Tout le problème est de savoir qui serait capable de mener une telle politique aujourd’hui et en Europe, vraisemblablement personne. Nous avons de faibles protestations etc. En fait voilà peut-être faut-il se rappeler simplement parfois la la politique internationale c’est cela aussi, Erdogan a renoncé à une carrière de footballeur professionnel, qui était hypothétique mais qui aurait pu arriver pour entrer en politique et en politique islamiste n’est-ce pas. Et voilà, peut-être simplement il faudrait le tacler.

Publié le 25 décembre 2020.

Publié par magrenobloise

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