La Turquie face aux nouvelles sanctions américaines et européennes

Face à la Turquie, l’Europe semble hésiter, entre la carotte et le bâton. Depuis longtemps la Turquie cherche à intégrer l’Union Européenne et l’UE n’a été que trop heureuse a jouer ce jeu. Par exemple en utilisant la Turquie pour retenir le tsunami de réfugiés cherchant à entrer en Europe à la suite de diverses guerres et de tentatives de changement de régime déclenché par des intérêts occidentaux au Moyen-Orient. Mais maintenant l’UE vient de gifler la Turquie avec des sanctions exactement au même moment que celles annoncées par les E-U. Bien sûr les sanctions européennes proviennent d’un différent avec la Grèce, et Chypre sur l’exploration énergétique, tandis que les sanctions américaines concernent l’achat par la Turquie du système de défense anti-aérien russe S-400.

Alors qu’Ankara est censé être un bon client, enfin, membre de l’OTAN alors quelles cartes la Turquie pourrait-elle jouer maintenant ? Et quelles pourraient être les conséquences imprévues de ces sanctions ? Pour les Etats-Unis et l’Europe ?

Yasar Yakis, Ancien ministre des affaires étrangères de la Turquie : Les choses se développaient dans ce sens-là et quand on est arrivé au point où nous sommes maintenant, c’était le temps à la fois pour l’UE et pour les Etats-Unis d’ouvrir ces cartes d’essayer d’imposer des sanctions sur la Turquie.

R.M. : Pourquoi les deux le font-elles en même temps ? Y’a-t-il une coopération en coulisses ? La Turquie avait-elle prévue que l’UE et les E-U agiraient en même temps ?

Y.Y. : Non je ne pense pas qu’ils coordonnaient entre eux mais concernant les EU je crois qu’on attendait l’arrivée à la Maison Blanche de monsieur Biden et dans le cadre de l’UE c’était les incidents dans la méditerranée orientale qui ont anticipé les choses.

R.M. : Vous avez évoqué le fait que Donald Trump va bientôt partir, et Joe Biden sera le Président des E-U. Comment est-ce que cela changerait la donne pour la Turquie ? Et les enjeux pour la Turquie face aux sanctions et face aux autres enjeux ?

Y.Y. : Je crois qu’ils ont donné une date approximative à l’UE, c’est-à-dire qu’il y aura le sommet de l’OTAN au printemps 2021 et l’UE a reporté les pas qu’il allait faire à cette date de l’OTAN. Il y aura aussi le sommet du printemps de l’UE donc tout va au printemps 2021, il y aura des pas plus concrets à faire.

R.M. : Quand vous parlez de quoi plus concrets à faire, à prendre ? Par qui ? Et de quoi s’agit-il ?

Y.Y. : Je crois que Merkel, au sein de l’UE, a trouvé un juste milieu et la bonne décision au sein de l’UE en reportant la décision de l’UE en ce qui concerne l’abstention de vendre des armes militaires à la Turquie et madame Merkel est intervenue en disant que la question de la vente des armes est une question qui concerne plutôt l’OTAN et pas l’UE et pour cette raison il faut attendre ce que les E-U vont faire et surtout pendant le sommet de l’OTAN et nous allons nous arranger selon ce que l’OTAN, va décider car c’est au sein de l’OTAN que l’on peut discuter si l’interdiction de vendre des armes à la Turquie on peut le décider maintenant mais quelles sortes d’armes dans le contexte de cette interdiction. Donc madame Merkel a fait un pas très intelligent, d’abord en remettant la chose plutôt que de décider immédiatement, et d’autre part elle a envoyé la balle dans un terrain où les questions militaires sont plus appropriées pour être discutées c’est-à-dire l’OTAN. En faisant cela elle a aussi sauvé un unilatéralisme dans l’attitude de la Turquie car au sein de l’UE, la Turquie n’étant pas présente, elle ne peut pas faire son cas, elle ne peut pas expliquer de quoi il s’agit, elle ne peut pas faire valoir sa cause, tandis qu’à l’OTAN la Turquie est un pays des plus importants, au sein de l’OTAN, la Turquie a la plus grande armée au sein de l’OTAN après les Etats-Unis, donc un pays très important pour l’OTAN. Cette organisation, dans l’organisation atlantique où la Turquie peut faire, expliquer son cas. Madame Merkel en reportant la décision a plus tard, elle a tué deux oiseaux avec une seule pierre à mon avis.

R.M. : Alors là vous parlez de la décision par rapport aux sanctions, européennes envers la Turquie qui est liée à l’exploration énergétique. C’est cela ?

Y.Y. : Non pour l’UE ce n’est pas des sanctions mais il s’agit de prendre, de l’interdiction, de vendre des armes à la Turquie. Il y a une différence entre l’embargo et l’interdiction de vendre certaines armes, l’embargo* est plus général.

R.M. : Alors du côté américain par contre est-ce qu’ils vont attendre cette réunion de l’OTAN au printemps ou vont-ils directement voter des sanctions pour justement l’achat déjà du système S-400 russe par la Turquie qui a fait qu’apparemment les américains sont remontés car cela pourrait porter atteinte au système de défense de l’OTAN, d’après eux. Et en fait il y a aussi le sujet qu’ils n’ont pas acheté le système américain. Que pensez-vous de tout cela ?

Y.Y. : En ce qui concerne les E-U, la décision est déjà faite donc les sanctions sont entrées en vigueur, mais en quoi consiste ces sanctions ? Les sanctions qui étaient imposées par le Congrès américain c’est, il y a une loi, c’est pour contrer les ennemis, les adversaires des E-U par la biais des sanctions. Donc cette loi était déjà entrée en vigueur. Selon cette loi, il y a douze interdictions ou sanctions que l’on peut imposer sur un pays mais je vais faire un pas en arrière et dire de quoi il s’agit dans cette sanction. Cette sanction était promulguée en 2017, pour imposer sur l’Iran et la Corée du Nord donc pas pour la Turquie mais ils emploient le même cadre pour imposer sur la Turquie. Mais il s’agit d’imposer des sanctions sur les adversaires des E-U et est-ce que la Turquie est l’adversaire des E-U ? Donc il y a une ironie dans cette affaire. Une ironie que les Américains doivent expliquer car il s’agit d’imposer une sanction sur un pays au sein de l’Atlantique, de l’alliance atlantique, donc la Turquie ne peut pas être considérée techniquement comme un adversaire puisqu’elle est une alliée au sein de l’Union Atlantique.

R.M. : Et en plus la Turquie a beaucoup fait, pour les intérêts américain envers la Syrie n’est-ce pas ?

Y.Y. : En Syrie, il y a des points où les positions s’accordent où les positions se contrarient aussi, n’est-ce pas, la Turquie a coopérer avec la Russie aussi en Syrie mais là où nous sommes maintenant dans la crise syrienne, la Turquie est plus proche de la cause américaine.

Donc en revenant à votre question, sur les sanctions, les sanctions, il y a 12 sanctions qu’on peut imposer sur le pays visé, et le Président peut choisir 5 parmi les 12 sanctions et Monsieur Trump avant de partir a déjà approuvé la loi en choisissant 5 sanctions. Ce sont des sanctions qui vont faire le moins de mal à la Turquie et ce sont des sanctions qui se sont imposées sur es personnes qui sont impliquées dans l’industrie de l’armement en Turquie et la sanction c’est de ne pas pouvoir bénéficier des crédits qu’on peut donner par les banques américaines, et aussi par les institutions internationales financières où les E-U ont une force, un poids, des choses comme cela. Ces sanctions ne peuvent pas faire beaucoup de mal à la Turquie est c’est bien que cette loi est approuvée pendant que Monsieur Trump est à la Maison Blanche sans attendre Biden. C’est entré en vigueur, donc quand vous posez la question de savoir quand vont-ils imposer les sanctions ? Les sanctions sont déjà imposées.

R.M. : Quelles sanctions sont les plus sérieuses d’après vous ?

Y.Y. : Il n’y a pas de choses sérieuses, seulement, c’est seulement le Président du département des armes militaires, du développement des armes militaires en Turquie et il ne pourra pas visiter les E-U, il ne pourra pas prendre des crédits dans institutions financières des E-U. Il ne peut pas, prendre des crédits des institutions internationales où les E-U ont leur voix. Ce sont des mesures comme cela qui n’ont pas beaucoup de poids. Mais, l’imposition même des sanctions c’est un sens indirect car si il y a des sanctions américaines sur un pays, les investissements étrangers ne s’intéressent pas beaucoup à investir dans ce pays car les sanctions américaines sont considérées comme un signe que le pays peut avoir des difficultés financières. Donc ce n’est pas encore sentie, l’UE très prochainement, à l’heure actuelle ce sont tous des cosmétiques. Ce monsieur ne peut pas visiter les EU ou s’il ne peut pas pas bénéficier des crédits qu’on peut obtenir des institutions financières américaines cela ne va pas coûter cher à la Turquie.

*Embargo

Auteur :
Nicole Pras
Publié le 25 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :