François Perez : « Le PCF a 100 ans et le besoin de communisme est encore là »

À l’occasion du centenaire du Parti communiste français (PCF), une de ses figures iséroises, le Grenoblois François Perez, nous raconte son propre engagement qui date de 1955.

François Perez s’occupe aujourd’hui, avec d’autres camarades, de l’organisation d’événements autour du centenaire de son parti. Plusieurs conférences et des expos sont programmées pour 2021 en Isère.  Photo Le DL /Èv. M.

Il est ce qu’on appelle un militant historique. Sa première carte remonte à loin, quand il était encore minot et pensait davantage à jouer au foot qu’à la politique. François Perez, figure historique du PCF en Isère, a adhéré aux Jeunesses communistes, à l’âge de 17 ans, en janvier 1955.

« Quelques semaines auparavant, notre entraîneur de foot avait convié les gars de notre équipe chez lui. Il nous avait promis de la pogne et du cidre, ça ne se refusait pas. La guerre contre l’Algérie avait été déclarée quelques semaines auparavant et il voulait nous en parler, nous dire qu’il fallait se mobiliser contre. Je me souviens particulièrement d’une de ses phrases : “Un peuple libre ne peut pas en asservir un autre”… Pendant un an, je n’ai pas été trop actif, mais c’est quand les pleins pouvoirs ont été réclamés par Guy Mollet que j’ai commencé à vraiment militer. J’ai collé des milliers d’affiches. Et en mai 1956, j’étais parmi les manifestants qui ont bloqué le train des “rappelés” sur le cours Berriat. On était 400 à 18 h et à 20 h on était plus de 1 000. »

« Chez nous, on chantait “La Butte rouge” et “Bella Ciao” »

François Perez dit que le contexte de l’époque et son histoire familiale ont été les moteurs d’un engagement qui n’est jamais retombé depuis. « Ma famille était un peu politisée. Mon père s’était fait arrêter en 1943 pour avoir distribué des tracts interdits et mes frangins avaient rejoint le maquis. Chez nous, on chantait “La Butte rouge” et “Bella Ciao”. Mais c’est surtout mon beau-frère, syndicaliste de la CGT à Neyrpic, qui m’a le plus influencé. »

François, malgré son opposition à la guerre d’Algérie, sera quand même mobilisé en 1961. Et à la caserne, il trouvera le moyen de militer. Parce qu’il ne s’arrêtera jamais et restera fidèle au parti. Élu à Grenoble (1977-1989), il le sera sous l’étiquette communiste. Et il deviendra aussi rédacteur en chef du journal Le Travailleur alpin et secrétaire du comité de ville du PCF. « Quand j’étais jeune, le parti m’a éduqué. Être militant communiste, ce n’était pas seulement coller des affiches, c’était aussi apprendre, progresser intellectuellement. On lisait beaucoup, le cinéma Le Rio nous faisait voir de grands films. Et il y avait cette entraide entre camarades. »

On lui demande ensuite s’il n’a jamais été critique avec le PCF, vu que le parti a longtemps soutenu le régime soviétique, malgré son terrible totalitarisme, les goulags et les purges sanglantes ? « Je n’ai pas fait partie de la génération de communistes français qui vouaient un culte à Staline et avaient fait allégeance à l’URSS. C’était la génération d’avant. Et je n’ai jamais eu aucun souci à dire que Staline et d’autres ont commis des atrocités et perverti le message initial de la Révolution d’octobre, qui était une révolution humaniste, progressiste et féministe. » Il poursuit : « Les gens qui m’attaquent sur ce sujet, je sais comment leur répondre. Même quand ils évoquent le pacte germano-soviétique, je leur rappelle que les cheminots du Nord n’ont pas attendu sa rupture pour résister face au fascisme nazi et que, dès 1940, les prisons françaises se remplissaient de camarades arrêtés pour leur opposition à Pétain. »

Il cite ensuite le poids des communistes lors des batailles sociales du Front populaire, dans les orientations du Conseil national de la Résistance, dans l’augmentation du Smic en 1968, dans la lutte pour l’IVG, pour les droits syndicaux, etc. « Notre modèle français doit beaucoup au communisme », glisse-t-il, avant de revenir en 2020 : « Le PCF a 100 ans, mais le besoin de communisme est encore là. On le voit aujourd’hui dans les manifs. Les gens en ont marre du libéralisme, des injustices qu’il génère, du mal qu’il fait à notre planète. Ils cherchent une autre voie. Et nous, les communistes, nous sommes à leurs côtés, comme on l’a toujours été. »

Jean-Pierre Raffin-Dugens, député isérois SFIO, puis secrétaire fédéral du PCF en Isère en 1920. Photo Assemblée nationale

➤ Raffin-Dugens, celui qui fut à la tête du PCF en Isère

Deux ans après la fin de la Première Guerre mondiale et alors que le traumatisme est encore lourd sur la société française, un événement politique majeur se produit à Tours à la fin de décembre 1920. Plus précisément entre le 25 et le 30 de ce mois, lors du 18e congrès national de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO, parti socialiste), qui sera le congrès de la scission. Il y a 100 ans en effet, le 27 décembre 1920, Léon Blum se tient devant les militants du congrès pour défendre l’union des socialistes français. En vain. Deux jours plus tard, l’adhésion à la Troisième Internationale est votée par la majorité, la division de la SFIO actée et la Section française de l’Internationale communiste (PCF) créée.

Parmi les militants présents à Tours se trouve l’Isérois Jean-Pierre Raffin-Dugens, qui sera le premier à diriger le PCF en Isère.

Un militant pacifiste
Né à Saint-Pierre-d’Allevard, le 3 décembre 1861, dans un milieu ouvrier et paysan, celui-ci deviendra instituteur et s’engagera auprès du Parti ouvrier français, puis à la SFIO.

Dans le petit ouvrage qui lui a été consacré – “Raffin-Dugens, 1898-1946, un demi-siècle de vie militante indépendante” – et qui a été édité par l’Association laïque des amis de Jean-Pierre Raffin-Dugens, on apprend qu’en 1910 il est le représentant des socialistes aux législatives dans le Grésivaudan. Et qu’une fois élu député, il se fait vite remarquer au Palais Bourbon, où on lui donne le surnom de “Raffut d’urgence” du fait de ses interruptions et répliques cinglantes.

Avec la Fédération socialiste de l’Isère, il mène ensuite une campagne virulente contre la guerre en organisant conférences et meetings, et il deviendra un des piliers du mouvement pacifiste. Dès 1919, il s’engage pour la IIIe Internationale et après le congrès de Tours il prend la tête de la Fédération communiste de l’Isère. Il le restera jusqu’en 1922. Exclu brièvement du PCF en 1924, il sera néanmoins fidèle, mais de façon très indépendante, au parti. Et c’est au moment du Front populaire qu’il reviendra un peu sur le devant la scène politique. Et c’est lui, à 80 ans passés, qui tirera de ses propres mains en 1941, depuis Eybens, les premiers tracts du Parti communiste appelant à la Résistance. Il décédera en 1946.

Auteur :
Eve Moulinier
Le Dauphiné Libéré
Publié le 27 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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