Hommage à George Orwell

ARTICLE. Mort il y a 70 ans, en 1950, Georges orwell continue de fasciner et d’inspirer, notamment dans le camp souverainiste. Un texte en hommage au phare qu’il continue de demeurer au fil du temps.

Hommage à George Orwell

1950… est-ce donc si loin de nous ? Cette année-là, un homme libre mourait à Londres. Cet homme, c’était un certain M. Blair. Non, il ne s’agissait pas d’un ancien Premier ministre d’Angleterre, que notre temps a connu très proche d’une politique américaine terriblement maladroite. Ce M. Blair-là était né dans l’Empire britannique des Indes ; il avait été fonctionnaire de police. Ce qui ne signifiait pas : être un homme injuste. Ce M. Blair, qui connut la pauvreté la plus cruelle, a aussi vécu et agi en Espagne en pleine guerre civile. Sa vie s’inscrivit enfin dans ses livres, signés d’un nom destiné à plus de célébrité. Ce nom fut celui d’un grand écrivain et d’un homme de plein courage, souvent mal compris et souvent calomnié : c’était donc la signature de George Orwell, un esprit vif et valeureux. Il eut aussi à faire face à la Seconde Guerre mondiale ; et, surtout, il affronta avec un égal mépris, une même détermination lucide, une semblable énergie intellectuelle, les totalitarismes hitlériens et staliniens, ces jumeaux complices puis rivaux, sans perdre de vue les mérites et les faiblesses du modèle démocratique et les multiples formes de l’hypocrisie sociale et morale d’un monde matérialiste et consommateur enragé déjà. Lequel, hélas, par bien des aspects négatifs, reste encore le monde dans lequel nous vivons.

Ses livres furent d’abord ceux d’un homme qui s’était défini lui-même comme « un écrivain politique – en donnant autant de poids à chacun des deux mots. » Politique et littérature devaient être chez lui des domaines conquis ou trouvés après de longs efforts. Et dont il se libéra ensuite avec une énergie et une ténacité remarquables. George Orwell est à relire, patiemment, avec effort, et la leçon qu’il nous offre, en ce jour où nous rappelons sa mort, survenue à moins de 47 ans, est de haute valeur. Qu’il s’agisse de la peinture sociale qu’il dresse de Paris et de Londres, dans ‘La vache enragée’, de ‘l’Hommage à la Catalogne’, qui est un cri de révolte contre le stalinisme liquidant les combattants anarchistes à Barcelone, qu’il s’agisse de ses volumes groupant l’ensemble de ses ‘Essais, articles et lettres’, il faut lire Orwell comme un homme qui aspirait à une liberté franche et complète, ce qui ne signifiait nullement pour lui faire silence, mais bien bâtir, coûte que coûte, et jusqu’à l’extrême limite de ses forces, une œuvre qui parle à ses contemporains, parfois malgré eux.

Comment ne pourrait-on pas saluer Orwell ? Nous lui devons tant. La dette est là, impayée. Il faut respecter, et considérer comme toujours valable, la force de l’écrivain qui, rongé par la maladie, criait au monde son mépris total du totalitarisme communiste, comme il avait rejeté le totalitarisme de l’Allemagne en même temps.

Il faut saluer cet homme qui avait le plein courage de choisir ses mots pour démontrer et démonter le mécanisme froid de la « novlangue » qui encadre et écrase l’homme dans le roman fameux qu’est ‘1984’. Ce roman de résistance et de constat tragique, ce roman qui ne renonce pas à la veine satirique anglaise la plus franche, qui sait aussi être sombre, c’est le roman du courage de l’homme, de sa liberté et de ses périls les plus grands. Toutes les manipulations de la pensée, et contre la pensée, sont visibles, constatées dans ‘ 1984’. Pourtant, à sa parution, dans les premières années de la fameuse guerre froide, la voix de George Orwell ou de son héros à la fois piteux et immense Winston Smith, ce roman fut largement incompris. Comme le fut aussi le conte du constat de la force, de l’écrasement et de la révolte, celui de ‘La Ferme des Animaux’.

Dans ce monde massif et mauvais qui reste le nôtre, la voix acide, aigrelette et comique, la voix tragique et faible en apparence, la voix superbe de George Orwell, celle d’un esprit si solitaire, si bêtement cerné par des ennemis médiatiques qui sévissent encore au-delà de sa mort, la voix d’Orwell, donc, doit être enfin comprise, mesurée, entendue et pleinement écoutée. Il faut relire les pages de cet homme qui nous prouvait de livre en livre que l’horreur de la politique était bien réelle, et qu’il y avait autour de nous, plus de lâcheté que de courage, plus de résignation et de silence que de volonté d’expression. Orwell, c’était un homme et un style, solides et nets, et les deux offraient la preuve qu’écrire et s’exprimer, c’est avoir surtout le sens d’être libre, et donc d’abord la volonté d’être et pleinement : responsable !

Auteur :
Raphaël LAHLOU
Historien et géographe
Publié le 27 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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