Humanité et Politique – Jean Jaurès, partie 4

Socialiste soutenant la République (1898-1904)

Battu aux élections de 1898 (l’installation de la Verrerie ouvrière à Albi et son ardente défense de Dreyfus ont provoqué sa défaite), Jaurès se consacre au journalisme et devient codirecteur de La Petite République, un journal socialiste républicain. C’est dans les colonnes de ce journal qu’il publie Les preuves relatives à l’affaire Dreyfus. Par ses articles, il soutient le gouvernement Waldeck Rousseau de « défense républicaine », qui associe à son action, pour la première fois dans l’histoire de la République, un socialiste, Alexandre Millerand, nommé au Commerce et à l’Industrie. Parallèlement, il dirige une Histoire socialiste de la France contemporaine (Éditions Rouff) pour laquelle il rédige les volumes consacrés à la Révolution française (1901-1908).

En 1902, Jean Jaurès participe à la fondation du Parti socialiste français. La même année, il parvient à reconquérir le siège de député de Carmaux, qu’il conserve jusqu’à sa mort (réélu en 1906, 1910 et 1914). Son talent d’orateur lui permet de devenir le porte-parole du petit groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Jaurès s’engage nettement en faveur du Bloc des gauches et du gouvernement Combes (1902-1905). Il participe à la rédaction de la loi de séparation des Églises et de l’État (décembre 1905). Cependant, Jaurès et les autres socialistes sont déçus par la lenteur des réformes sociales. Le dynamisme du Bloc des gauches s’épuise. Jaurès, vice-président de la Chambre en 1902, n’est pas réélu à cette fonction en 1904. Le rapprochement politique avec un gouvernement « bourgeois » allant jusqu’à la participation gouvernementale est, de plus, condamné par l’Internationale socialiste. Il défend le projet d’impôt sur le revenu qui serait venu se substituer à un système fiscal dominé par quatre contributions directes (contribution financière, personnelle mobilière, patentes, et portes et fenêtres) qu’il juge inégalitaire puisqu’il n’est pas indexé sur le niveau de revenu de chaque citoyen.

Prospectus de l’Histoire socialiste, relié en tête du premier des 13 volumes.

Les figures ci-contre de gauche à droite : Babeuf, Saint Simon, Fourrier, Karl Marx, Louis Blanc, Proudhon, Blanqui.

Fondation de L’Humanité et unification du mouvement socialiste

En 1904, Jaurès fonde le quotidien L’Humanité, qu’il dirige jusqu’à sa mort. L’équipe qui lance le journal avec Jaurès n’est pas composée de journalistes, mais d’intellectuels qui ont vécu aux côtés du député socialiste trois combats victorieux : le droit ouvrier à la politique, bafoué à Carmaux par le marquis de Solages, et qui s’impose en 1892 ; la justice rendue au capitaine Dreyfus ; la liberté de conscience, objet d’un débat qui fait rage en 1904, et qui sera inscrite dans la loi de séparation des Églises et de l’État. De grandes « plumes » s’associent au projet : Anatole France, Octave Mirbeau, Jules Renard.

Jean Jaurès lisant L’Humanité (photographie de Henri Manuel, vers 1905).

Jaurès sous-titre son journal « quotidien socialiste » et l’utilise pour accélérer l’unité socialiste. Celle-ci est réalisée sous la pression de la Deuxième Internationale au congrès du Globe (avril 1905) avec la création de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), unifiant les différentes sensibilités socialistes de France.

Jaurès partage la direction de la SFIO avec le marxiste Jules Guesde. La SFIO fait sien le concept de lutte des classes et s’affirme clairement internationaliste. Pour l’unité, Jaurès a accepté l’abandon du soutien au gouvernement. Mais, il a obtenu des guesdistes l’insertion de la SFIO dans la démocratie parlementaire. Dirigeant politique important, il engage le dialogue avec les syndicalistes révolutionnaires de la CGT. En 1914, la SFIO rassemble 17 % des voix et obtient 101 sièges de députés.

Auteur :
Nicole Pras
Publié le 27 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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