Jaurès : premier thuriféraire de la Liberté

OPINION. Retourner à la source de la pensée de Jaurès, c’est réaliser à quel point la gauche française a trahi les idéaux de liberté et d’humanité, au profit du moloch étatique, du contrôle des citoyens et du règne des technocrates.

Jaurès : premier thuriféraire de la Liberté

« Le premier des droits de l’homme c’est la liberté individuelle, la liberté de la propriété, la liberté de la pensée, la liberté du travail ». On aurait presque du mal de nos jours à croire que ces mots puissent être de la plume de Jaurès, Jaurès le premier visionnaire socialiste, Jaurès l’héritier du marxisme comme d’aucuns feignent de le croire en France, trop heureux, surtout quand ils appartiennent à ce croupion dit « socialiste », de tracer leur lignage jusqu’au prestigieux normalien. Et pourtant ils le sont indubitablement. On y retrouve l’essence même du Jaurès du Discours de Lille, celui qui s’évertua à juguler l’influence de Guesde. Il eut survécu à cet assassinat que la face du socialisme en France en aurait été changée à jamais, au profit du réformisme. A sa mort, l’esprit public, mais surtout l’esprit de la gauche française, a été dévoyé par une construction historique, qui a relégué la Liberté loin derrière les autres objectifs de la gauche, alors qu’elle était la vertu cardinale pour Jaurès.

Les prélèvements obligatoires record, l’Etat social, l’écrasement de la société civile par l’Etat, la domination des haut fonctionnaires sur les petits artisans et commerçants, la centralisation jacobine asservissant nos territoires, l’étouffement de l’esprit d’entreprise mais aussi de la création intellectuelle par l’esprit de servitude et de courtisanerie, non, tout cela n’est pas l’essence de notre France, mais une construction récente, un constructivisme historique imposé par ceux qui ont fini par contrôler notre scène politique. La mauvaise nouvelle : l’Histoire est toujours réécrite par les vainqueurs (ici les jacobins puis les technocrates). La bonne nouvelle : comme l’arguait Philippe Nemo, ces maladies récentes que nous venons de dénoncer, s’attrapent en hiver et se guérissent naturellement au Printemps.

Le Printemps des Peuples et de la Liberté est encore à notre portée. A condition de ne pas avoir de ces réflexes pavloviens et médiatiques, pour masturbateurs de la classe jacassante qui pérorent sur les plateaux TV, qui identifieraient Progrès et Progressisme, Solidarité et Haine de certaines catégories, Emancipation et Europe maastrichtienne. Anonner les sermons des journaux, c’est fuir Jaurès, lui dont la pensée (véritablement et au sens premier du terme, non comme l’autre) complexe ne se dissoudrait pas dans le psittacisme moderne.

Si on souscrit à la vision des deux Révolutions (comme Furet), Jaurès appartient clairement à l’idéal type de 1789 : c’est la mythologie républicaine jacobine de 1793, bientôt majoritaire chez les socialistes des années 1920, qui nous a longtemps empêchés de le voir comme le héraut de la liberté qu’il fut. Lui qui a dit « quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots », dénonçait les révolutionnaires de pacotille de son propre camp.

Pour comprendre le lien entre Liberté et Humanité dans la pensée de Jaurès, il faut se référer à un article paru en 1898, intitulé Socialisme et Liberté. Dans ce long article il propose une synthèse de sa vision du socialisme et comment il doit conduire à une humanité d’individus libres et autonomes, à l’opposé de la tyrannie étatique que d’autres dans sa famille politique laissent entrapercevoir….Les titres des sous parties sont éloquents : « la liberté dans l’ordre économique », « rien n’est au-dessus de l’individu », « la patrie est nécessaire au socialisme », « l’individualisme n’est pas un égoïsme »…la classe médiatique actuelle vilipenderait volontiers ce Jaurès là comme un libéral ou pire un souverainiste !

Onze ans plus tard, dans les colonnes de l’Humanité, Jaurès manifeste à nouveau son attachement à la liberté dans le débat sur les retraites. A cette époque, un intense débat se fait jour : l’Etat doit-il prendre en main le système des retraites ? la capitalisation pratiquée dans d’autres pays est-elle une opportunité ou une menace ? Le texte de loi sur les retraites ouvrières et paysannes divise la gauche politique et syndicale. Jaurès, cofondateur du parti socialiste français et fondateur de l’Humanité, défendit un projet de loi initial (finalement avorté) instaurant la capitalisation ouvrière. Pour Jaurès, la capitalisation « rend la classe ouvrière à la fois capitaliste et salariée, lui permettant de recevoir tout le produit social qui résulte de la mise en œuvre de ce capital par le travail ouvrier ». On retrouve les mêmes accents soixante ans plus tard chez De Gaulle et son projet de participation, mais plus jamais à la gauche de l’échiquier politique.

Retourner à la source de la pensée de Jaurès, c’est réaliser à quel point la gauche française a trahi les idéaux de liberté et d’humanité, au profit du moloch étatique, du contrôle des citoyens et du règne des technocrates.

Auteur :
Sébastien LAYE
Président du parti quatre piliers
Loïc ROUSSELLE Vice-Président du parti quatre piliers
Publié le 27 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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