Mediapro en a terminé avec le foot français et Canal + joue la montre

ARTICLE. Mardi 22 décembre, le tribunal de commerce de Nanterre a validé l’accord entre la Ligue de football professionnel et Mediapro, actant ainsi la fin de l’aventure de ce dernier dans le football français. Canal + devrait prendre le relais mais joue la montre. Il y a pourtant urgence. Retour sur ce pathétique feuilleton. 

Mediapro en a terminé avec le foot français et Canal + joue la montre

Le foot Français respire. Enfin, respire…disons qu’il est comme le noyé qui entre deux aller-retours dans les remous de l’écume parvient péniblement à gonfler ses bronches l’espace d’un instant pour s’accorder un sursis. Mardi 22 décembre, le tribunal de Nanterre a validé l’accord conclu le vendredi 11 décembre, entre la Ligue de football professionnel (LFP) et le groupe sino-espagnol, Mediapro, lequel possédait 80% des droits de diffusion du football français. Un marché rendu possible, au terme d’une procédure de médiation engagée par le tribunal de commerce de Nanterre, à la demande de Mediapro, fin septembre. En échange de l’absence de poursuites judiciaires de la part de la LFP mais également des fournisseurs d’accès à internet, le groupe audiovisuel indemnisera la ligue à hauteur de 100 millions d’euros, en deux traites de 64 et 36 millions d’euros.

Ainsi s’achève le nouvel épisode d’une longue descente aux enfers. Si le football français s’y est cru un moment, il n’ira pas au paradis. Du contrat colossal, historique, qui fit couler le champagne à la LFP, il ne reste plus grand chose. Évaporé, le 1,153 milliard d’euros annuel à distribuer entre 2020 et 2024.

La sonnette d’alarme a retenti en octobre, lorsque Mediapro a exigé de la ligue un rabais de 25 % sur le contrat le liant à la LFP, après avoir demandé un délais supplémentaire pour honorer ses versements. Le diffuseur devait s’acquitter d’un chèque de 172 millions d’euros. La LFP n’en verra pas le moindre centime. Malgré une mise en demeure de la part de la ligue, Jaume Roure, directeur de Mediapro, se refugiera derrière une procédure judiciaire entamée en septembre auprès du tribunal de commerce de Nanterre. Dès lors, la messe était dite : la LFP savait qu’elle ne verrait pas non plus le versement attendu de décembre, à hauteur de 152 millions d’euros.

Canal+ avait prédit le fiasco. “’Vous n’allez pas y arriver parce que vous ne connaissez pas le marché de la télévision payante en France et vous ne connaissez pas le foot français. C’est fou cette histoire. Ils vont nous mettre à terre la Ligue 1 alors que nous, on l’a magnifiée pendant plus de 30 ans” s’était écrié Maxime Saada, président de la chaine. En mai 2018, il expliquait à “C à vous » que le foot français avait été surestimé et qu’il ne valait pas un tel montant. Une position qui prête à sourire, L’Equipe dévoilant le 15 décembre que sans Mediapro, la ligue aurait de toute façon touché 1,011 milliard d’euros grâce à l’offre de Canal+ en 2018.

De ce milliard, il n’est de toute façon plus question. Mediapro évanoui, la Ligue doit absolument trouver un repreneur. Il en va de la survie du football français. Malheureusement pour elle, la liste des postulants au mariage n’est guère épaisse : RMC sport quitte le monde du sport et hormis l’hypothèse d’un éventuel intérêt d’Amazon – que rien ne semble corroborer à l’heure actuelle – Canal + est en position de force. Si Mediapro l’avait privée de la majeure partie de l’un de ses plus beaux bijoux de famille, paradoxalement il va le lui offrir sur un plateau d’argent et à bas coût.

Car si Canal + est, forcément, intéressé, il est hors de question pour la chaîne de Vincent Bolloré, peu connu pour sa tendresse en négociation, de reprendre le foot à n’importe quel prix. Tout d’abord car l’opération sera – même avec un rabais – coûteuse. Canal + possède déjà les droits de 2 matchs par journée de L1, pour 330 millions. Et d’autres investissements dans le Rugby ou le foot anglais ont mis à mal la trésorerie du groupe en 2020. Au journal « les Echos », fin octobre, Maxime Saada a bien précisé qu’il serait hors de question que sa chaîne se mette dans le rouge à cette occasion.

En résulte une offre que l’Équipe estime à 590 millions d’euros (accompagné de 100 millions supplémentaires en bonus en cas de hausse d’abonnements). Loin des 830 millions de Mediapro. Mais si Canal + joue la montre, c’est aussi pour faire pression sur l’Élysée, qui guette l’évolution du dossier du coin de l’œil. Depuis plusieurs mois, Vincent Bolloré demande une diminution de la TVA versée par la chaîne. Cette dernière, qui s’applique aux recettes d’abonnements, de publicité et de parrainage, avait été portée de 5,5% à 7% en 2011, puis à 10% en 2014. Canal + avait déjà menacé cette année de ne pas se raccorder à la TNT si d’aventure le taux n’était pas révisé. Si finalement la chaine n’a pas mis sa menace à exécution, la problématique de la TVA est restée sur le haut de la pile des dossiers de Maxime Saada.

Le fiasco du contrat entre Mediapro et la LFP pose un certain nombre de questions. Comment un groupe qui n’offrait pas de garantie financière, et dont la note avait été dégradée en B3 par l’agence de notation Moody’s, dès juin 2020 (puis une nouvelle fois le 22 octobre, en Caa1, soit 4 crans seulement au-dessus du défaut de paiement) a pu obtenir la timbale à un prix astronomique ? Comment la Ligue a pu valider un plan de financement basé sur un nombre d’abonnés surévalué pour une première expérience (il aurait fallu à terme, 3,5 millions d’abonnés à la chaîne Téléfoot pour rendre le projet rentable. Jaume Roures n’en revendiquait que 600 000 fin octobre) ? Pour répondre à ces questions, Cédric Roussel, député LREM, président du groupe d’études sur l’économie du sport à l’Assemblée nationale, va demander la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Il y a urgence pour le football français : L’affaire mediapro a déjà fait son lot de victimes chez les journalistes et consultants recrutés pour l’occasion, avec l’arrêt brutal de la chaine “téléfoot”. Elle pourrait désormais s’étendre à l’ensemble du football professionnel : les droits TV sont une manne financière indispensable pour la plupart des clubs, notamment les plus “petits” comme Nîmes Angers ou Reims. Ces derniers jours, l’Olympique Lyonnais, pourtant l’une des structures les plus stables du foot français a souscrit un prêt garanti par l’État de 76,4 millions d’euros qui se cumule avec celui obtenu en juillet, de 92,6 millions. La ligue n’est pas en reste. En octobre, elle a emprunté 120 millions pour compenser le défaut de paiement de Mediapro, emprunt qui se cumulait avec celui de 224,5 conclu en mai. Une nouvelle demande est à l’étude pour le mois de décembre. Problème, la Ligue n’offrirait plus de garanties financières suffisante et pourrait voir cette demande refusée.

A trop attendre et à vouloir jouer la montre pour quelques points de TVA, Canal+ prend le risque d’hériter d’une coquille vide. Sans argents les clubs devront vendre leurs meilleurs joueurs cet hiver, pour surmonter la crise.

Auteur :
La rédaction
Publié le 28 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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