Humanité et Politique – Georges Clemenceau, partie 3

Miguel Vasquez poursuit la présentation de Georges Clemenceau, dont voici la troisième partie.

Libéré, il rend visite à son ami Ferdinand Taule, détenu à Sainte-Pélagie, où il rencontre Auguste Blanqui, alias « l’Enfermé », avec qui il se lie d’amitié et de complicité, ainsi qu’Auguste Scheurer-Kestner, personnage central de la défense de Dreyfus. En 1896, il honore Blanqui en parlant de « cette vie de désintéressement total […] [qui] ne découragera que les lâches du grand combat pour la justice et pour la vérité ».Georges Clemenceau vers 1865 (musée Clemenceau).

Durant ses années d’études, Clemenceau participe à la création de plusieurs autres revues et écrit de nombreux articles avec son ami Albert Regnard. Après avoir effectué des stages à l’hôpital psychiatrique de Bicêtre, puis à La Pitié, il obtient le doctorat en médecine le 13 mai 1865 avec une thèse intitulée De la génération des éléments anatomiques, sous la direction de Charles Robin, un matérialiste ami d’Auguste Comte. Sa thèse reprend les idées de Robin, qui est un adversaire du catholique bonapartiste Pasteur.

Elle est ensuite publiée chez Jean-Baptiste Baillière en échange de la traduction par Clemenceau d’Auguste Comte and Positivism de J. S. Mill. Plus tard, lorsque Pasteur (pionnier de la microbiologie) sera devenu célèbre, Clemenceau reconnaîtra de bonne grâce son erreur.

Mary Clemenceau (par Ferdinand Roybet).

À la suite d’un dépit amoureux avec Hortense Kestner, la belle-sœur de son ami Auguste Scheurer-Kestner, le 25 juillet 1865, il s’embarque, d’abord pour l’Angleterre, où son père le présente à Mill et Spencer, puis pour les États-Unis, qui sortent à peine de la guerre de Sécession. Il trouve un poste d’enseignant dans un collège pour jeunes filles à Stamford (Connecticut) où il donne des cours de français et d’équitation. Il devient également correspondant du journal Le Temps.

Clemenceau s’éprend alors d’une de ses élèves, Mary Plummer (1848-1922), qu’il épouse civilement le 20 juin 1869 et avec qui il a ensuite trois enfants : Madeleine (née le 2 juin 1870), Thérèze Juliette (née le 18 juin 1872) et Michel William Benjamin (né le 24 novembre 1873).

Sa femme ayant une liaison avec son jeune secrétaire précepteur des enfants, il fait constater l’adultère et l’envoie brutalement quinze jours dans la prison Saint-Lazare pour adultère (alors qu’il a eu lui-même de nombreuses liaisons féminines) et pendant cette incarcération demande le divorce qu’il obtient en 1891, avant de la renvoyer brutalement aux États-Unis avec un billet de troisième classe, ayant obtenu qu’elle perde la garde de ses enfants et la nationalité française. Revenue vivre en France, mais restée perturbée psychologiquement par ces évènements conjugaux, l’ex-Madame Georges Clemenceau meurt seule, le 13 septembre 1922, dans son appartement parisien du 208, rue de la Convention. Clemenceau l’annonce ainsi à son frère Albert : « Ton ex-belle-sœur a fini de souffrir. Aucun de ses enfants n’était là. Un rideau à tirer. » (lettre du 27 septembre 1922 dans sa Correspondance 1858-1929, p. 639).

De ce séjour américain, il tire un bilinguisme franco-anglais rare à l’époque et une familiarité avec les cercles anglo-saxons.

Débuts dans le camp républicain
Effondrement de l’Empire
Le 26 juin 1869, il est de retour en France avec sa femme. Son voyage aux États-Unis lui aura fait découvrir la démocratie américaine — il admire la procédure d’impeachment (procédure du droit anglo-saxon par laquelle un organe détenant le pouvoir législatif met en accusation un officiel du gouvernement. Elle ne signifie pas automatiquement la déchéance, mais peut constituer la première étape d’un processus menant à la démission des fonctions de la personne mise en accusation)— et lui laisse un goût durable pour la philosophie et la littérature anglo-saxonne.

La foule devant le Corps législatif au matin du 4 septembre 1870 (Jacques Guiaud, musée Carnavalet).

Dès que la guerre franco-prussienne éclate, il quitte sa femme et son nouveau-né, Madeleine, pour se rendre à Paris, où il arrive début août 1870. À la suite de la défaite de Sedan, le 2 septembre 1870, il prend une part active, avec ses amis Arthur Ranc et Edmond Adam, à la « journée du Quatre Septembre » au cours de laquelle est proclamée la République.

Formé le jour même, le gouvernement de la Défense nationale nomme Étienne Arago maire de Paris, qui lui-même nomme des maires provisoires dans les différents arrondissements. Arago cherchant des républicains sûrs nomme Clemenceau, – introduit auprès d’Arago par son père – à la tête de la mairie du XVIIIe arrondissement. Il rencontre alors l’anarchiste Louise Michel, institutrice du quartier, et permet à Blanqui de devenir commandant du 169e bataillon de la garde nationale de Paris, alors que le siège de Paris commence le 19 septembre 1870.

Fin octobre, les Parisiens se révoltent en apprenant la reddition à Metz du maréchal Bazaine et l’envoi par le gouvernement provisoire conservateur d’Adolphe Thiers à Versailles, pour négocier l’armistice avec Bismarck. Pour le républicain farouchement antimonarchiste qu’est Clemenceau, c’est une provocation : il fait placarder des affiches annonçant son refus d’une telle « trahison ». Le jour même, la Garde nationale des quartiers populaires organise un soulèvement afin de prendre l’Hôtel de Ville. La Garde nationale des quartiers bourgeois, emmenée par Jules Ferry, s’y oppose et empêche le coup de force. Cet épisode va faire de Clemenceau et Ferry des rivaux acharnés.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 29 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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