Humanité et Politique – Georges Clemenceau, partie 5

Miguel Vasquez présente Georges Clémenceau, voici la cinquième partie.

Député radical de la Seine puis du Var

Son élection, le 20 février 1876, comme député de Paris à la Chambre des députés marque son émergence sur la scène nationale. Il est élu dans le 18e arrondissement dès le premier tour avec 15 000 voix contre 3 700 pour son rival. Refusant alors aussi bien les institutions de la présidence de la République et du Sénat que le cumul des mandats, il démissionne de son poste de président du conseil municipal le 24 avril 1876.

Clemenceau s’impose par son verbe comme le chef incontesté des républicains radicaux (qui ne sont pas encore constitués en parti) et de l’opposition d’extrême gauche aux Opportunistes, emmenés par Gambetta. L’écrivain Julien Gracq parle a posteriori de son « agressivité pure, gratuite, incongrue », de cette « personnalité aux arêtes tranchantes comme un rasoir ». Il lutte alors pour l’amnistie des « Communards », la révision des lois constitutionnelles de 1875 rédigées par les républicains opportunistes et les orléanistes, la laïcité et, 30 ans avant la loi de 1905, la séparation des Églises et de l’État.

Lutte pour l’amnistie

Dès son discours du 16 mai 1876 à la Chambre, il se fait remarquer par son éloquence, qu’il met au service de l’amnistie. RaspailLockroy et lui, ainsi que Victor Hugo au Sénat, s’unissent dans ce combat, mais ils sont minoritaires face aux opportunistes, qui, derrière Gambetta et Jules Méline, soutiennent une amnistie partielle.

Ils relancent le combat pour l’amnistie trois ans plus tard. Au gouvernement Waddington qui veut exclure de celle-ci ceux qui « se déclarent les ennemis de la société », Clemenceau rétorque, suscitant les rires de la Chambre :

« À quel signe, à quel critérium, on reconnaît un ennemi de la société : M. le duc de Broglie est un ennemi de la société aux yeux de M. Baudry d’Asson, et moi je tiens M. Baudry d’Asson pour un ennemi de la société. Nous sommes ainsi 36 millions d’ennemis de la société qui sommes condamnés à vivre dans la même société (Nouveaux rires). »

Le projet est cependant rejeté. Il soutient alors, avec quelques amis, et incognito, la candidature à la députation de Blanqui, détenu à la maison centrale de Clairvaux. Celui-ci est élu le 20 avril 1879 ; sa situation d’inéligibilité permet à Clemenceau de relancer la bataille pour l’amnistie. En 1880, la démission du maréchal Mac-Mahon, ultime épisode de la crise du 16 mai 1877 (où il est l’un des signataires du manifeste des 363), son remplacement par Jules Grévy, et le résultat des élections sénatoriales permettent finalement à Clemenceau d’arriver à ses fins : l’amnistie pleine et entière est votée.

Rupture avec Gambetta et discours de Marseille

Après que les républicains se sont scindés entre radicaux et « opportunistes », Clemenceau attaque férocement ces derniers pour leur timidité et leur pragmatisme. Il contribue ainsi à la démission du ministre de l’Intérieur Marcère en mars 1879, provoquée par un scandale de police : à cette occasion, qui signe la rupture avec Gambetta, Clemenceau réclame l’épuration des cadres de police hérités du Second Empire.

Son discours de Marseille du 28 octobre 1880, qui reprend le programme de Belleville de Gambetta (1869), blâme ainsi l’opportunisme qui vise à « ajourner » les réformes dans le cadre de la « République victorieuse des monarchistes ». Il y réclame la séparation des Églises et de l’État, la confiscation des biens des congrégations, la suppression du Sénat, l’élection des magistrats, l’autonomie municipale, l’impôt sur le revenu, la limitation de la durée légale de la journée de travail, la retraite des vieux travailleurs, la responsabilité des patrons en cas d’accident, le rétablissement du divorce et la reconnaissance du droit syndical, ainsi que l’interdiction du travail pour les enfants en dessous de 14 ans, la liquidation des grandes compagnies de chemin de fer, des canaux et des mines.

À l’occasion d’une interpellation du jeune socialiste Alexandre Avez, il critique cependant le « collectivisme » et la socialisation des moyens de production. Lors de ce discours, prononcé le 11 avril 1880 au cirque Fernando à Paris, il rétorque à Avez : « il y a aussi des jésuites rouges ». Le quotidien centriste Le Temps remarque : « Quelque avancé que l’on soit, on se trouve toujours être le réactionnaire de quelqu’un. »

Bien que siégeant toujours à l’extrême gauche, il incarne ainsi une voie médiane entre le socialisme émergeant et l’opportunisme. Lors des débats sur la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, il tente de s’opposer à l’institution d’un délit d’outrage au président de la République, qu’il considère comme une forme de censure. De même, il se moque en février 1881 du délit de diffamation.

Il tente également d’autoriser les assemblées non permanentes lors des débats sur la liberté de réunion, alors que le projet de loi maintient l’interdiction sur les clubs politiques. Concernant les lois Jules Ferry, il s’oppose radicalement à une loi sur l’éducation obligatoire qui n’inclurait pas le caractère laïque de l’éducation publique, considérant l’éducation obligatoire dans des écoles religieuses comme contraire à la liberté de conscience.

Durant ce mandat, il a ainsi voté pour les poursuites judiciaires contre les responsables du 16 mai (Mac Mahon, etc.) ; pour la révision des lois constitutionnelles de 1875 proposée par la commission Barodet ; pour l’élection des magistrats ; pour la séparation des Églises et de l’État ; pour l’amnistie des Communards ; pour l’instruction laïque ; pour le service militaire réduit à 3 ans ; pour la fin de l’exemption du service militaire pour les séminaristes ; pour la diminution du traitement des cardinaux, archevêques et évêques ; pour la suppression de l’ambassade au Vatican ; pour le rétablissement du divorce ; pour la liberté d’association et la liberté de réunion ; contre l’interdiction des clubs ; pour la liberté de la presse ; pour la loi visant à protéger les employés des chemins de fer contre les grandes compagnies ; pour la journée de 10 heures maximum ; pour la reconnaissance des syndicats ; pour le scrutin de liste ; pour les poursuites contre le préfet de police Andrieux.

Pour asseoir davantage son influence, il fonde avec le jeune Stephen Pichon un journal, La Justice, qui paraît pour la première fois le 13 janvier 1880. Le rédacteur en chef en est Camille Pelletan. Malgré un tirage relativement faible et un échec économique durable, le quotidien bénéficie d’une certaine audience dans les milieux politiques.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 29 décembre 2020



Publié par magrenobloise

Webmagazine

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