Le sentiment d’insécurité s’aggrave en Ile de France

ARTICLE. Publiée fin décembre, une enquête de l’Institut Paris Région mesure le sentiment d’insécurité et les atteintes dont la population francilienne est victime. Des chiffres instructifs sur la détresse d’une partie des habitants de l’île de France.

Le sentiment d’insécurité s’aggrave en Ile de France

Davantage de vol, davantage d’agressions, davantage de peur du chômage et de la solitude…le sentiment d’insécurité est en hausse dans presque tous les domaines de la vie pour les Franciliens. C’est ce que montrent les résultats de l’enquête de l’Institut Paris Région publiés en décembre. Tous les deux ans, cette étude mesure l’évolution de la sécurité des Franciliens. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la situation s’est dégradée.

Comment les Franciliens perçoivent-ils leur quartier ? Ont-ils été victimes d’atteintes les visant personnellement ou de la spoliation ou de la dégradation d’un bien appartenant àleur ménage ? Leur arrive-il d’avoir peur ? Où ? Des évolutions ressortent-elles au fil du temps ? Des populations (les femmes, les jeunes, etc.), des types d’espaces ou de territoires (habitat social, périurbain, etc.) sont-ils plus concernés ? L’enquête a été menée auprès de 10500 Franciliens âgés de 15 ans et plus. Résultat : plus d’un Francilien sur deux ressent un sentiment d’insécurité (53,4% en 2019 contre 50,6% en 2017), dont une grande majorité de femmes (67,5% des femmes contre 37,8% des hommes).

Des huit départements d’île de France, c’est en Seine-Saint-Denis que le sentiment d’insécurité est le plus élevé (56,5%) et dans les Yvelines qu’il est le plus bas (48,7%). La plus forte hausse du sentiment d’insécurité est mesurée à Paris avec une augmentation de 6,8 points par rapport à 2017. Des augmentations significatives qui concernent aussi bien l’environnement proche (8 % déclarent avoir peur chez eux et 20,9 % d’être seul dehors dans leur quartier le soir, soit respectivement +2,1 points et +3,4 points par rapport à 2017) que dans les transports en commun, notamment dans le bus (15,9 %, soit +5,0 points), dans le métro (26,4 %, soit +3,9 points), dans le train (17,8 %, soit +2,7 points) ainsi que dans le tramway (11,0 %, soit + 4,2 points).

Le nombre d’atteintes personnelles (vols ou agressions) est assez impressionnants. 22% des franciliens interrogés déclarent en avoir été victimes au cours des trois dernières années soit 4,6 points de plus qu’en 2017. « Il s’agit du taux le plus élevé depuis le début de la mesure de cet indicateur en 2001 », note l’étude. Le détail par catégorie d’atteintes montre des augmentations pour chacune d’entre elles. Quant aux agressions sexuelles, elles ont triplé en vingt ans (0,7% à 2,4%) : 440 000 cas depuis 2016. « Depuis le début des années 2010, de plus en plus de Franciliens déclarent avoir étévictimes d’agressions sexuelles. Le taux a été multiplié par quatre, 2,4 % de la population concernée en 2019, contre 0,6 % en 2011 », ajoute l’étude.

L’étude est intéressante car elle permet d’élargir le spectre des réactions et des sentiments. En effet, la perception de la sécurité ne se restreint pas aux seuls actes commis (vols, agressions, atteintes aux véhicules, etc.). Même s’il est de facto sujet à interprétation, le sentiment d’insécurité est aussi une dimension àprendre en compte et qui peut impacter lourdement le quotidien des Franciliens, notamment en matière de mobilité et d’utilisation de l’espace public. Et parce qu’il peut être déclenché par une diversité de facteurs, notamment ceux ayant trait au contexte environnemental, il interpelle différents types d’acteurs, y compris ceux du domaine de l’aménagement et de l’urbanisme.

On comprend alors que l’engouement des Franciliens pour la télésurveillance en tant que dispositif de lutte contre la délinquance dans l’espace public ne cesse de croitre au fil des enquêtes. En 2019, 75,3 % de la population régionale est favorable au déploiement des caméras de surveillance dans ces lieux, un taux en hausse de 14,7 points par rapport à celui observé en 2009, année de la première mesure de cet indicateur. Un point de vue qui concerne néanmoins davantage les personnes sujettes àavoir peur, que ça soit dans les transports en commun (83,7 %) ou lorsqu’elles sont seules dans leur quartier le soir (85,7 %), que celles victimes d’agressions dans l’espace public.

On mésinterpréterait toutefois les données de l’étude si l’on ne se focalisait que sur la délinquance. Alors qu’en 2001, année où a commencé cette étude, la délinquance arrivait en tête des préoccupations des sondés, elle n’arrive plus, en 2019, qu’en troisième position (citée par 15,7% des sondés) derrière le chômage (31,1%) et la pauvreté (40%). A noter que la hiérarchisation des sources d’inquiétude est la même pour les deux sexes. On assiste donc à une véritable inversion de tendance. Il faut rappeler que ces chiffres concernent la période « Gilet jaune » où l’angoisse du déclassement primait sur les problématiques de sécurité. A noter également que pour la première fois, la pollution (11,8%) arrive en quatrième position des préoccupations des Franciliens.

Quoi qu’il en soit, les ricanements autour du terme de « sentiment d’insécurité » ont fini par faire long feu. Le ministre de la justice, Eric Dupont-Moretti, pouvait encore fustiger à la rentrée dernière la « surenchère populiste »sur Europe 1 et considérer que « la France n’est pas un coupe-gorge ». Depuis la décapitation de Samuel Paty, le réel est devenu un peu moins transparent. L’enquête, financée par le Conseil Régional d’Île-de-France et reconduite tous les deux ans depuis 2001, en atteste. Est-il normal qu’en France, en 2020, plus d’un Francilien sur deux se sente en insécurité ?

Auteur :
La rédaction
Publié le 29 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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