Paris : des militants anticapitalistes squattent le restaurant “Le Petit Cambodge »

ARTICLE. Un local du « Petit Cambodge », restaurant parisien visé par les attentats de novembre 2015 est squatté par des militants de gauche radicale. Les locataires du lieu sont désormais en attente d’un jugement, pour déloger ce collectif d’association qui l’occupe illégalement. Et qui plaide l’acte de « résistance ».

Paris : des militants anticapitalistes squattent le restaurant “Le Petit Cambodge"

Sur twitter, Alexandra Cordebard, maire du Xe arrondissement s’est exprimée aujourd’hui, sans équivoque : “Je condamne fermement l’occupation illégale du local loué par le Petit Cambodge. Je demande instamment aux squatteurs de ne pas dégrader les lieux et de restituer le local au plus vite à son locataire.” Une réaction bien tardive qui masque mal la tentative de la mairie de se racheter une vertu médiatique après avoir laissé pourrir la situation, malgré plusieurs courriers lui étant adressés par les locataires spoliés.

C’est le 14 novembre que le squattage du local a débuté. Un collectif réunissant plusieurs associations se réclamant de l’écologie radicale (Youth For Climate Paris), l’écologie décoloniale (Goldenjijy) le féminisme décolonial (Décolonisons le féminisme), de la solidarité́, de l’entraide, de la création artistique et culturelle (Paris Vibes Repas Musique Solidaire) et enfin des repas solidaires avec « Dena’ba », a envahi les lieux. Sur Instagram, ce patchwork a revendiqué œuvrer pour une « autonomie queer racisé.e » (sic) et affiche vouloir refuser “tous les comportements sexistes, racistes, validistes, LGBTQIA+phobes, spécistes, classistes, putophobes”.

L’occupation du lieu a pour but, outre “l’implantation de la résistance”, la lutte contre la “gentrification” de ce quartier du 10eme arrondissement. Suite aux attentats de 2015, la SIEMP (l’un des bailleurs sociaux de Paris) avait accordé un bail pour un nouvel établissement aux gérants du Petit Cambodge, sévèrement frappé par les actes terroristes. Mais voilà, ce local, situé dans le quartier de la place Sainte-Marthe, dans le Xe arrondissement de Paris, était inoccupé depuis trop longtemps selon le collectif. Le locataire avait pourtant, d’après France Bleu, investi 1 million d’euros pour en faire un restaurant qui aurait ouvert en janvier 2021. Le local était donc en travaux en novembre. Ne manquait que le matériel de cuisine, le raccord de l’eau, le mobilier de la salle et la lumière.

Des allégations réfutées par les réquisitionnaires qui estiment que rien en l’état ne permettait d’envisager une ouverture en janvier :”absence de laboratoire culinaire, pas d’évacuation des eaux usées ni de système de ventilation fonctionnelle “, pointent-ils dans un communiqué. Interrogé hier matin sur LCI, Guillaume Durand, adjoint au maire du XIVe arrondissement, a justifié (sans l’assumer totalement) le squattage des locaux : “Depuis 2015, Le Petit Cambodge n’a jamais ouvert. Ce n’est pas le restaurant qui a été squatté, mais un local”. Poursuivant : “ ils font ça parce que le quartier est aux mains d’un promoteur qui gentrifie et se débrouille pour qu’il y ait de moins en moins de révoltes (sic), de luttes (sic), de manifestations (sic) et qui veut transformer tous les pieds d’immeubles en restos pour bobos (…). C’est bien qu’il se passe quelque chose !” Il ne faudrait surtout pas froisser sa base électorale, laquelle est pourtant composée en partie de ces “bobos” pointés du doigt. Ce qui en dit long sur l’entrisme des thèses indigénistes dans le monde d’EELV aujourd’hui…

Des thèses que l’on retrouve ici et là dans le communiqué de “Youth For Climate Paris”. Publié sur Instagram, il explique la démarche (pour le confort de la lecture, les mots de ce document comportant un point médian seront traduits en français lisible): ” Le Petit Cambodge n’a pas besoin de ce lieu, pas plus que le quartier n’a besoin du Petit Cambodge (…) nous pensons qu’il est plus juste qu’un tel espace revienne à l’animation et à la vie collective du quartier plutôt qu’à la consommation frénétique de l’espace public”. Aux responsables du Petit Cambodge qui tentent de les expulser, le collectif apporte une réponse

cinglante, évoquant le “mépris du restaurateur face aux difficultés que les plus précaires d’entre nous subissent”. Quand ce dernier explique que les primes de fin d’années qui auraient dû être versées aux employés seront finalement utilisées pour les frais de justices, YFCP renvoie la balle : “comme (…) la procédure judiciaire s’annonce longue et coûteuse il ne tient qu’au petit Cambodge de l’abandonner et économiser cet argent pour abonder la prime de fin d’année promise aux salariés.”

Les propriétaires ont beau jeu de vouloir ménager la chèvre et le chou, en expliquant que ce ne sont pas les associations qui sont visées par l’assignation en justice, mais les squatteurs ne semblent pas vouloir débarrasser le plancher. Selon eux, leur action est justifiée, car le responsable du Petit Cambodge aurait omis d’indiquer à la mairie de Paris qu’il était sur le point d’ouvrir un deuxième restaurant.” Le patron, Simon Octobre, gère également la société S.O INVEST au capital social de 150 000 euros. Suffisant pour ces anticapitalistes (formulation qui leur convient bien plus que celle d’écologistes, tant cette notion ne semble pas intervenir dans cette question) à légitimer leur action. Qui plaindra cet affreux patron ?

Le délogement des squatteurs d’une résidence secondaire (catégorie à laquelle appartient le local commercial) par les forces de l’ordre sans décision de justice préalable, n’est possible que pendant 48 heures après introduction des personnes. Passé ce délai, le locataire sera contraint d’engager une procédure judiciaire. Les gérants n’ont découvert le pot au rose qu’après le cap des 48 heures. Bravant le confinement, les membres du collectif se sont inexorablement installés et n’ont pas souhaité restituer les lieux. Une audience est prévue le 29 décembre (la séance initiale du 18 ayant été décalée). Le juge y décidera le maintien ou non sur place, du collectif, lequel encourt un an de prison et 15 000 euros d’amende pour occupation illégale des lieux. Une probable expulsion écrite par ce « capitalisme mortifère” qui se soucie si peu de “ces mouvements empreints de justice sociale” évoqués par le communiqué de Youth for Climate Paris

Auteur :
La rédaction
Publié le 29 décembre 2020


Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :