Politique et Humanité – Georges Clémenceau, partie 2

Miguel Vasquez poursuit la présentation de Georges Clémenceau a travers une série d’articles. Voici la partie 2.

Origines et formation

À l’état civil, son nom est « Georges Benjamin Clémenceau », avec un accent aigu sur le premier « e ».

Lors de sa naissance et dans sa jeunesse, l’écriture de son nom de famille est variable, avec ou sans accent, ce qui était courant pour les noms propres dont l’orthographe n’était pas stabilisée jusqu’à la seconde moitié du xixe siècle. D’après l’historien Jean-Baptiste Duroselle, c’est Georges Clémenceau lui-même qui a imposé en mars 1884, dans les colonnes de son journal La Justice, l’écriture « Clemenceau », sans qu’il puisse donner une explication précise à cette attention soudainement portée à l’orthographe de son nom. La prononciation [klemãso:] (« Clémenceau ») est toutefois préférée à [kləmãso:] (« Clemenceau »).

Famille

Clemenceau affirme plus tard « C’est au caractère vendéen que je dois le meilleur de mes qualités. Le courage, l’obstination têtue, la combativité ».

Il est le deuxième des six enfants (Emma, Georges, Adrienne, Sophie, Paul et Albert) de Benjamin Clémenceau (29 avril 1810-23 juillet 1897), établi comme médecin à Nantes, mais vivant surtout de ses fermages, et de Sophie Eucharie Emma Gautereau (21 décembre 1817-20 avril 1903).

Sa famille paternelle, qui appartient à la bourgeoisie vendéenne, habite le manoir du Colombier, dans la commune de Mouchamps. Au début du xixe siècle, elle hérite par mariage du domaine de « l’Aubraie » de Féole, dans la commune de La Réorthe, en Vendée, région de tradition royaliste et catholique.

Sophie Emma Gautreau (1817-1903), mère de Georges Clemenceau.
Benjamin Clemenceau (1810-1897), père de Georges Clemenceau.

Son arrière-grand-père, Pierre-Paul Clemenceau (29 mai 1749-10 novembre 1825), est médecin des Armées de l’Ouest pendant la guerre de Vendée, puis sous-préfet de Montaigu et député du Corps législatif en 1805, au début du Premier Empire. Il organisa dans son logis du Colombier à Mouchamps — acquis par un ancêtre vers 1702 — un des foyers du groupe républicain, nommé « les Bleus de Montaigu ».

Son père, Benjamin est médecin ; c’est un républicain engagé, progressiste, farouchement athée, qui a une grande influence sur Georges, le second de ses six enfants, en lui transmettant les idéaux révolutionnaires et la haine de toute monarchie. Benjamin Clemenceau qui avait notamment participé aux Trois Glorieuses de 1830 accueillit l’avènement de la Seconde République comme une délivrance mais doit cependant déchanter à la suite de l’opération Rubicon et de la mise en place du Second Empire. Surveillé pour ses activités politiques, le père de Clemenceau fera plusieurs passages en prison mais continuera de défendre et d’inculquer à ses fils et filles les valeurs républicaines.

Cette influence paternelle laisse une empreinte indélébile sur le Tigre qui nourrit tout au long de sa vie une grande admiration pour la Révolution française et ses idéaux. Pour reprendre les mots de Michel Winock « Georges fut élevé sous les portraits des hommes de la Révolution française. » De par ses convictions philosophiques et politiques, Clemenceau s’est ainsi affirmé comme un véritable héritier des « Bleus », dans la traditionnelle partition tripartite du comportement politique des Français. Depuis la Révolution française, le comportement politique des Français serait en effet divisé en trois familles héritées des grands courants philosophiques et politiques ayant émané pendant et après la Révolution française à savoir les « Bleus », les « Blancs » et les « Rouges ». Dans cette partition politique, les « Bleus » sont les libéraux et républicains considérés comme les héritiers des révolutionnaires français, notamment jacobins, plaçant la liberté, le progrès et la liberté de conscience au cœur de leur programme politique. Les « Blancs » sont les conservateurs considérés comme les descendants historiques de ceux qui ont soutenu la Monarchie et l’Église lors de la Révolution française et se distinguant par l’importance qu’ils attachent à l’ordre et la patrie. Enfin, les « Rouges » sont considérés comme les partisans de la Révolution, de l’égalitarisme, véritables héritiers des Communards de 1871 et qui furent historiquement en faveur de la collectivisation des moyens de production. Toutefois, ces trois familles politiques ne doivent pas être perçues comme des blocs monolithiques en premier lieu parce qu’elles sont avant tout des idéaux-types au sens de Max Weber (et donc n’existent pas réellement dans la réalité telles quelles), en second lieu parce que certains idéaux et valeurs sont communs à deux familles. Par exemple, la défense de la patrie est une valeur revendiquée à la fois par les « Bleus » et les « Blancs » (ce qui expliquera le patriotisme farouche de Clemenceau et l’appui d’un bon nombre de députés de droite pouvant être considérés comme des « Blancs », pendant la Première Guerre mondiale).Benjamin Clemenceau, père de Georges Clemenceau.

Sa famille est longtemps proche d’une autre grande famille de républicains progressistes, celle de Marcellin Berthelot. La petite nièce de Clemenceau, Annette Clemenceau, épousera le petit-fils de Marcellin Berthelot, Richard Langlois-Berthelot.

Benjamin Clemenceau a participé aux Trois Glorieuses de 1830 et, lors de la Révolution de 1848, il a créé une « Commission démocratique nantaise ». Détenu une brève période à Nantes au lendemain du coup d’État du 2 décembre 1851, il est arrêté après l’attentat d’Orsini de 1858 et soumis, sans procès, à la transportation vers l’Algérie en vertu de la loi de sûreté générale. Il est toutefois libéré avant d’embarquer à Marseille, grâce à l’indignation de Nantes et à l’intervention d’un groupe de notables, notamment de son collègue Pierre Honoré Aubinais, médecin nantais et bonapartiste de gauche, qui aurait été proche de Jérôme Bonaparte, et mis quelque temps en résidence forcée à Nantes. Outre ce fond républicain, marqué par le buste de Robespierre sur la cheminée, son père lui enseigne la chasse, l’équitation et l’escrime : en 1890, Clemenceau est le nègre de son ami James Fillis pour ses Principes de dressage et d’équitation.

Benjamin Clemenceau fut à ses heures peintre : portrait en buste de son fils enfant, et sculpteur : profil de son fils et double profil de lui et de sa sœur Emma, l’un et l’autre en plâtre, en 1848, année où il planta dans la propriété familiale du Colombier à Mouchamps (85), avec son jeune fils, un cèdre de l’Atlas, son « arbre de la Liberté », qui surplombe sa tombe, et, depuis novembre 1929, celle de son fils.

Sa mère, Sophie Gautreau (1817 – Hyères, 20 avril 1903), qui lui enseigne le latin (il connaît également le grec), est issue d’une famille de cultivateurs devenus de petits bourgeois, de religion protestante.

Etudes et séjour américain

Illustration : Georges Clemenceau vers l’âge de seize ans (musée Clemenceau).

Georges Clemenceau est élève du lycée de Nantes à partir de la classe de 5e en 1852-53. Son professeur de lettres de 5e est Louis Vallez, le père de Jules Vallès. Il effectue une scolarité convenable, obtenant chaque année (sauf en 4e) quelques accessits, et seulement trois prix (récitation classique en 5e, histoire naturelle en rhétorique, version latine en logique). Lors de la remise de ce dernier prix, en 1858, l’année de l’arrestation de son père, il est ovationné par les assistants. À partir de 1883, Clemenceau est un membre-fondateur actif de l’Association des anciens élèves du lycée de Nantes (section parisienne), où il rencontre Boulanger, son condisciple en 1852-1853, mais beaucoup plus âgé (élève de classe préparatoire à Saint-Cyr). Son nom sera donné au lycée dès 1919.

Il obtient le baccalauréat ès lettres en 1858. Il s’inscrit ensuite à l’école de médecine de Nantes. Après trois années pendant lesquelles il se révèle un étudiant médiocre et dissipé, passant notamment en conseil de discipline, il part en 1861 poursuivre ses études à Paris, où il s’inscrit également en droit.

Il fréquente des cercles artistiques et républicains dans le Quartier latin où il fait connaissance de Claude Monet en 1863. Avec plusieurs camarades (Germain Casse, Jules Méline, Ferdinand Taule, Pierre Denis, Louis Andrieux), il fonde un hebdomadaire, Le Travail, dont le premier numéro paraît le 22 décembre 1861. Zola se joint au groupe afin de soutenir le journal contre la censure. Clemenceau y publie des piques à l’encontre de l’écrivain Edmond About, rallié au régime.

La publication prend fin au bout de huit numéros : la plupart des membres ont en effet été arrêtés après un appel à manifester place de la Bastille afin de commémorer la Révolution du 24 février 1848. Le 23 février 1862, Clemenceau est envoyé pour 73 jours à la prison Mazas. « Quand on a l’honneur d’être vivant, on s’exprime ! »

Lamartine devant l’Hôtel de Ville de Paris le 25 février 1848 refuse le drapeau rouge – Peinture de Félix Philippoteaux.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 29 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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