Fiction – La vie de Martine

Miguel Vasquez, rédacteur, fictionnalise la vie contemporaine en évoquant la vie de Martine.

Martine Valle s’était donnée un an, un an pour devenir journaliste, pratiquer le métier qu’elle souhaitait. Cependant après moult rebondissements elle a vite déchanté et s’est aperçue que le réel n’était pas du tout ce qu’elle imaginait et qu’en vérité, le réel n’était beau pour personne, qu’il était profondément morose. Après son diplôme obtenu à l’étranger, elle décida de pratiquer son métier dans sa ville natale, quelques piges par ci par-là mais aucun des articles hors des clous ne furent pris : à mi-chemin entre la fiction et la réalité. Cela est d’un point de vue commercial déontologiquement condamnable, bien que pas toujours. Toujours est-il que la subjectivité commerciale prime sur la subjectivité que celui ou celle qui écrit. L’objectif était de faire lire les gens. Le problème en soi n’était effectivement pas les personnes, mais le formatage du système qui obligeait les personnes à penser dans le système et à devenir prisonnier du système lui-même. Ce qui en soi est extrêmement problématique car le système n’est pas émancipateur par la pensée et donc libérateur mais oppresseur. Il est donc de plus en plus difficile d’en sortir, de s’humaniser en quelque sorte.

Après quelques temps d’essais, Martine décida de faire de l’intérim, seul moyen pour gagner de l’argent et être en contact car rien ne vaut les contacts et les relations humaines. Cependant ne voulant définitivement pas devenir et travailler dans un métier dont elle avait fait le tour en tant qu’hôtesse d’accueil elle décida de cesser cela. Elle l’avait été et ne voulait plus le devenir. Lorsqu’il n’y a rien à faire c’est un métier qui peut parfois être extrêmement ennuyeux, il faut donc lire ou trouver des petites choses à faire : réparer la machine à café, ranger les dossiers, chercher des dossiers, en bref, s’occuper.

Martine travailla dans une association pour les femmes battues. Cette maison accueille les femmes, les écoute, réceptionne leur courrier, les loge, met à leur disposition des éducateurs.

Ces quelques jours d’observations et les lectures de psychiatres en relation avec la thématique de l’association (fondation de psychiatres) fut très intéressante et très enrichissante. Et s’il y avait peu d’appels ou de femmes concernées par ce système qui doivent cependant être plus nombreuses que l’on imagine car beaucoup ne se manifestent pas, c’est un pan de la société sur lequel il faut travailler. Le social, les relations humaines, non forcément de couple mais les relations individuelles, écouter la personne en tant qu’être, individu sont très importantes. C’est comme si une personne devait bénéficier d’une écoute sur-mesure, d’un approfondissement personnel en vue d’une réalisation, d’une liberté personnelle. C’est par ce biais-là, dans le social que Martine pense sincèrement pouvoir participer aux changements des choses, allier théorie et pratique. Mettre l’Homme au coeur du système. Il va pour ce faire falloir que Martine contacte les services de l’Etat, cependant, la préoccupation majeure de cette dame est la création de services après-vente de l’Etat, une écoute non sur-mesure, une prise en compte de Martine comme un pion, un numéro, et non quelque chose de réellement adapté. Un peu comme si les Hommes devenaient du commerce. Il va falloir que Martine sache ce qu’elle veut, concrètement si elle ne veut pas qu’on lui impose son destin. Pensez-vous que les gens pourront l’écouter ? Pensez-vous que cela est possible ? Martine a un peu peur de l’Etat car elle pense qu’il ne saura pas écouter et que peu lui importe son destin, le but étant qu’elle soit recasée. Il va être difficile de faire passer sa parole, son envie, ses questions, la relation humaine avec l’agent(e) par-dessus la numérisation des services de l’Etat. Les Hommes derrière l’Etat sont inaccessibles, des numéros qui mènent vers un répondeur, un service uniquement numérique, la volonté de toujours économiser de l’argent et peut-être ne pas financer des formations.

Car Martine a des diplômes, mais les postes en lien avec son diplôme sont :
1- Soit bien payés mais pas éthiques : faire de la communication en écologie mais pas être écologique.
2- Faire un petit boulot de journaliste mais ce n’est pas ainsi que l’on change les choses. Les articles étant devenus des marchandises.

Donc si Martine allie son idéal avec la réalité, la pratique, cela est possible mais difficile car en effet, les services de l’Etat sont devenus 2.0. Tellement 2.0 qu’il est difficile de faire passer l’Homme au-delà, par dessus le numérique, tout est délégué à l’individu. Il doit se débrouiller lui-même et non plus avec l’aide de quelqu’un ce qui est dommage et dommageable car c’est aussi comme cela que l’on apprend : pour l’un comme pour l’autre. Cela déshumanise la société car plus aucun lien ne se crée, les gens ne sont pas empathiques les uns envers les autres, ils ne comprennent pas leur prochain puisqu’ils ne se mettent pas dans leur « peau », à leur place dans leur situation.

Qui plus est, le numérique plonge chaque homme dans son propre univers, c’est chacun pour soi, moi avant les autres et non plus moi avec les autres, pour les autres. L’individu se veut seul, se pense seul et parfois se pense mal seul car il n’a pas appris à consommer des choses intelligentes, libératrices mais il s’enferme dans un carcan d’idées reçues, de schémas idéologiques préconçus, les contenus étant dictés par des valeurs purement marchandes. L’individu est donc incapable d’esprit critique, incapable de faire un pas de côté, cela le détruit de l’intérieur puisqu’il n’a pas de vie psychique animée, vivante et il n’a pas de retour relationnel humain, empathique, positif. Il n’a rien. Il se lie simplement d’amitié avec son téléphone portable qui devient son meilleur allié, son meilleur ami, sa tête, sa mémoire, sa vie. L’oublier devient une catastrophe, et l’individu se sent comme dépossédé de lui-même, nu.

Il est plus qu’urgent pour l’Homme de se détacher de ce monde qui l’enferme et au sein duquel il ne s’émancipe pas, il est cloîtré, cloisonné par ce système informatique, il s’enchaîne là-dedans et ne lie pas les hommes entre eux, il les sépare. Le peu d’humanité trouvée dans ces réseaux est extrêmement rare, si ce n’est inexistant. Trouver cela est une réelle chance, un joyaux pour le coup. Et il faut mettre en évidence une chose, si cela fut possible, le numérique ne fut qu’un moyen car ce qui a lié les Hommes entre eux, ce n’est pas le numérique mais bien les Hommes. Ils sont au coeur de l’Histoire, c’est eux qui la fabriquent. Il ne faut jamais l’oublier car cela valait hier, cela vaut aujourd’hui et cela vaudra pour demain.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 30 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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