Politique et Humanité : Georges Clemenceau, partie 12

Miguel Vasquez présente Georges Clemenceau, partie 12.

Politique étrangère et coloniale
Chute
Clemenceau est renversé au bout de presque trois ans, alors que la session parlementaire touche à sa fin et qu’un grand nombre de députés de la majorité sont rentrés dans leurs circonscriptions. Le 20 juillet 1909, Clemenceau se refuse à répondre à des questions d’ordre technique sur la Marine posées par son rival Delcassé, qui a fait tomber le ministre Gaston Thomson l’année précédente ; il fait voter un ordre du jour. Celui-ci est repoussé par 212 voix contre 176 (avec 176 absents dont 76 radicaux-socialistes et 23 républicains de gauche) et Clemenceau démissionne. En effet, furieux, il a révélé à la Chambre que les ministères de la Guerre et de la Marine considéraient, lors de la crise de Tanger, que la France n’était pas prête à la guerre, ce qui équivalait à révéler des informations confidentielles presque de l’ordre du secret défense. Le 21 juillet 1909, L’Humanité titre : « La fin d’une dictature ».

Retour sur les bancs parlementaires
Journalisme et Amérique latine

Les années 1909-1912 constituent dans sa carrière une période d’accalmie. Le 10 avril 1910 paraît le premier numéro du Journal du Var, dont il est le fondateur. Il se détache peu à peu de cette publication pendant les deux années qui suivent.

Le 30 juin 1910, il embarque sur le Regina Elina pour effectuer, en Amérique latine (Argentine, Uruguay, Brésil), une tournée de conférences destinées à renflouer son portefeuille ; il y fait l’apologie du régime parlementaire. L’Illustration et le New York Times rendent compte de la tournée et publient ses « Notes de voyage ». En Argentine, qui fête un siècle d’indépendance et s’apprête à voter la loi Sáenz Peña établissant le scrutin universel secret, le Tigre rencontre Benito Villanueva, président du Sénat argentin, et fait l’éloge des « indigènes » locaux (du moins des survivants…). Il assiste avec intérêt à une conférence sur la « justice sociale » du criminologue Enrico Ferri. Il remarque que la séparation entre l’Église et l’État existe presque entièrement de fait, il fait l’éloge du système pénitentiaire. Il loue le système scolaire tout en soulignant certaines limites matérielles de l’Instruction publique. De même, il est étonné par la modernité du système de santé ainsi que des hospices qu’il juge bien meilleurs que leurs équivalents français.; il critique l’enfermement psychiatrique, tel que pratiqué à l’asile de Sainte-Anne, en comparaison avec le traitement en extérieur, accompagné d’essais de réinsertion, pratiqué par le docteur Domingo Cabred.

Revenu en Europe à bord du SS Principe Umberto, il doit passer devant une commission d’enquête parlementaire sur l’« affaire Rochette » (une sorte de chaîne de Ponzi) qui avait suscité de nouvelles piques anti-parlementaires de Maurice Barrès, mais est blanchi de tout soupçon, ainsi que le préfet Lépine.

En 1912, il subit aussi une opération risquée de la prostate, dont il sort en meilleure forme. Après le coup d’Agadir, il vote, avec une quarantaine d’autres sénateurs, contre la ratification de la convention franco-allemande : « nous voulons la paix […] Mais […] si on nous impose la guerre, on nous trouvera. » Clemenceau, sans être devenu revanchard, est désormais convaincu de la réalité de la Weltpolitik allemande.

À la suite de l’élection présidentielle de janvier 1913, il se brouille de nouveau avec Raymond Poincaré, président du Conseil depuis 1912, qui ne s’étant pas retiré devant le candidat choisi par le camp républicain, Jules Pams, a été élu en s’appuyant sur la droite.

En mars 1913, il fait tomber le cabinet Briand en tant que président de la Commission sénatoriale chargée d’examiner le projet de loi, complexe, sur le scrutin proportionnel, destiné à remplacer le scrutin d’arrondissement, voté par la Chambre le 10 juillet 1912. Clemenceau, bien que critique à l’égard de ce dernier, considère celui-là comme propice au césarisme et s’oppose au changement. Le Sénat le suit (161 contre 128) et Briand démissionne : c’est le second cabinet de la IIIe République, depuis celui de Léon Bourgeois (1896), à être renversé par le Sénat.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 31 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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