Politique et Humanité : Georges Clemenceau, partie 13

Miguel Vasquez, présente Georges Clemenceau, partie 13.

L’Homme libre et débuts de la Grande Guerre

L’Homme libre et débuts de la Grande Guerre

Le 6 mai 1913, paraît le premier numéro de L’Homme libre, journal édité à Paris. Il y publie quotidiennement son éditorial, et ne cesse d’avertir la France du danger que constitue l’Allemagne (« Pour la défense nationale », 21 mai 1913 ; « Vouloir ou mourir », 24 mai ; « Ni défendus ni gouvernés », 15 juillet, etc.) Il défend avec ardeur la loi des Trois ans, qui accroît la durée du service militaire, et qui est votée le 19 juillet 1913 avec l’appui de la droite contre les deux-tiers des députés radicaux-socialistes.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en juillet 1914, Clemenceau se montre déterminé à se battre et loin de l’optique de la « fleur au fusil » : « La parole est au canon […] Et maintenant, aux armes ! Tous. J’en ai vu pleurer, qui ne seront pas des premières rencontres. Le tour viendra de tous. […] Mourir n’est rien. Il faut vaincre. » (L’Homme libre, 5 août 1914). Le 26 août 1914, il refuse la proposition de Briand d’entrer dans le cabinet Viviani, souhaitant devenir président du Conseil.

Il va jusqu’à reprocher au ministre Louis Malvy de n’avoir pas arrêté les militants fichés au « carnet B », alors que la quasi-totalité de la gauche socialiste s’est ralliée à l’Union sacrée. Après qu’il a dénoncé les insuffisances du service sanitaire aux armées, qui fait voyager les blessés dans les mêmes wagons que des chevaux atteints du tétanos, son journal est suspendu par Malvy du 29 septembre au 7 octobre 1914, en application de la loi du 4 août qui réprime les « indiscrétions de la presse en temps de guerre ». Le journal reparaît le 30 septembre sous le titre L’Homme enchaîné ; immédiatement saisi, il reparaît sous ce nouveau nom le 8 octobre à Paris. Son quotidien est à nouveau suspendu en août 1915. Clemenceau envoie alors les articles aux parlementaires. En juillet 1915, son secrétaire Léon Martin, qui a été envoyé au Front, est remplacé par le poète Jean Martet.

Dans les années qui suivent, Clemenceau s’emploie à critiquer l’inefficacité du gouvernement, l’insuffisance des informations qu’il transmet, le défaitisme, l’antimilitarisme et le pacifisme, et défend sans cesse le patriotisme face aux Allemands. Pour l’historien Jean-Yves Le Naour, contrairement à l’idée répandue des années après la guerre, Clemenceau n’est pas l’homme de l’Union sacrée, puisqu’il n’a jamais soutenu les gouvernements en place entre 1914 et 1917.

Siégeant à la commission des Affaires étrangères du Sénat et à la Commission de l’Armée, Georges Clemenceau en devient rapidement président, distribuant rapports et blâmes au ministère, effectuant de multiples visites au front en sa qualité de président de la Commission de l’Armée. Il affirme la légitimité du contrôle du Parlement sur les actes du gouvernement et la conduite de la guerre : « Il n’est bon pour personne de n’être pas contrôlé, critiqué ; cela n’est que trop vrai, même et surtout du haut commandement militaire. »

Il siège au sein des comités secrets du Sénat réunis à partir de juin 1916, alors que la bataille de Verdun fait rage. Trois jours après la première réunion du comité secret, il fait partie avec son ami Stephen Pichon des seize sénateurs qui refusent de voter la confiance au gouvernement Briand. Au lendemain d’une nouvelle réunion, il présente au Sénat, le 24 décembre 1916, un ordre du jour refusant la confiance à Briand, mais celle-ci est votée (194 voix contre 60).

Malgré son patriotisme, Clemenceau reste attaqué par certains royalistes. Ainsi, le 30 août 1916, Léon Daudet, fils de l’écrivain Alphonse, lui adresse cette lettre ouverte : « Oh ! Comme je vous connais ! Votre élément, c’est le désastre national à condition de pouvoir y faire des mots. Vous appartenez à la génération absurde et aveugle qui, en 1870-71, guettait une ascension politique sur les malheurs de la patrie ». Il est toutefois soutenu par Maurice Barrès (inspiré par Jules Soury lui-même inspiré par Ernest Renan, et traducteur de Ernst Haeckel. Jules Soury a eu plus d’influence qu’Arthur de Gobineau ou que Georges Vacher de Lapouge).

À l’entrée en guerre des États-Unis (avril 1917), il déclare (sans prévoir l’évolution des événements en Russie ni le traité de Brest-Litovsk d’avril 1918) :

« Le suprême intérêt des pensées générales par lesquelles le président Wilson a voulu justifier l’action de son pays, c’est que la révolution russe et la révolution américaine se complètent à miracle pour fixer définitivement toute la portée idéaliste du conflit. Tous les grands peuples de la démocratie, c’est-à-dire du juste droit pour tous, ont désormais pris, dans la lutte, la place qui leur était destinée. »

Le 22 juillet 1917, lors d’une interpellation concernant l’offensive Nivelle, il fait pendant deux heures et demie une critique acharnée de Malvy ; ce discours, applaudi au Sénat, est reproduit en plusieurs éditions par L’Homme enchaîné du 23 juillet puis diffusé en brochure sous le titre L’Antipatriotisme au Sénat. Malvy démissionne un peu plus tard, ce qui entraîne la chute du cabinet Ribot (septembre 1917), remplacé par Painlevé.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 31 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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