POLITIQUE ET HUMANITÉ : GEORGES CLEMENCEAU, PARTIE 15

Miguel Vasquez, rédacteur, revient sur le parcours de Georges Clemenceau dans une quinzième partie.

Négociations de paix

Le Conseil des Quatre à la conférence de paix : Lloyd George, Vittorio Orlando, Georges Clemenceau, et Woodrow Wilson.

La gauche lui est alors hostile, invoquant les Quatorze points de Wilson et sa vision idéaliste contre Clemenceau, opposition exprimée tant dans Le Rappel ou La République française que dans Le Matin, proche de Briand et dans L’Œuvre (radicale) de Gustave Téry. La droite, au contraire, soutient Clemenceau, espérant arracher le plus possible à l’Allemagne (Le FigaroLe GauloisL’Écho de ParisL’Action française et une partie de la presse radicale, Le PaysLe Radical ainsi que le centriste Le Temps). Le 29 décembre 1918, la Chambre lui renouvelle sa confiance par 398 voix contre 93.

Représentant de la France à la conférence de la paix de Paris (janvier-juin 1919), il y défend trois priorités : la ratification de la réintégration de l’Alsace-Lorraine, les réparations et l’assurance de la sécurité de la frontière franco-allemande. Il fixe seul la composition de la délégation française, faisant venir Tardieu comme négociateur, accompagné du ministre des Affaires étrangères Stephen Pichon, du ministre des Finances Klotz et de l’ambassadeur Jules Cambon. Il est élu président du Conseil des Dix, devenu, après le départ du Japon, Conseil des Quatre, avec Wilson, Lloyd George et Orlando qui sera par exemple à l’origine du Traité de Sèvres.

Pour cela, il exige l’annexion de la rive gauche du Rhin et de lourdes indemnités matérielles et financières. En mars, il obtient la réduction de l’armée allemande à 100 000 hommes, avec un service militaire sur la base du volontariat. Le 14 avril 1919, le Conseil des Quatre lui accorde l’occupation du Rhin pendant 15 ans avec évacuation partielle tous les cinq ans, celle-ci pouvant être retardée en cas d’absence de garanties suffisantes contre des projets d’agression allemande (art. 429 du Traité). Il s’oppose sur ce sujet au maréchal Foch, qui, soutenu par Barrès, prône l’annexion de la Rhénanie. Il revendique également l’annexion de la Sarre, bassin minier qui remplacerait les pertes du Nord de la France, et obtient finalement, en avril 1919, un consensus avec la création d’un statut autonome, sous administration de la Société des Nations, de celle-ci.

Le 19 février 1919, à 8 h 30 du matin, après avoir attendu que le président du Conseil sorte de son domicile rue Franklin, l’anarchiste Émile Cottin qui reproche à Clemenceau d’être un briseur de grève et un tortionnaire de la classe ouvrière, tire à neuf reprises sur sa Rolls. Il le touche trois fois, sans le blesser grièvement. Une balle, jamais extraite, se loge dans l’omoplate à quelques millimètres de l’aorte. L’attentat déclenche dans la population et dans la presse une ferveur extraordinaire. L’enthousiasme populaire est exacerbé, on idolâtre Clemenceau. Il s’en sort finalement sans trop de dommages et intervient pour commuer la condamnation à mort de Cottin en dix ans de réclusion. Six jours plus tard, il reprend ses activités, faisant preuve d’une santé vigoureuse pour son âge, et conserve son poste de président du Conseil jusqu’en 1920.

S’il défend les promesses faites à l’Italie lors du pacte de Londres, il refuse de soutenir Orlando sur la question de Fiume, qui n’avait pas été évoquée en 1915. Le Premier ministre italien part, furieux. En juin 1919, les Allemands déplorant les conditions du traité de paix, Clemenceau consulte Foch pour organiser une éventuelle offensive militaire. Finalement, le traité de Versailles est signé le 28 juin 1919, dans la Galerie des Glaces de Versailles, un choix symbolique voulu par Clemenceau pour marquer le coup par rapport au lieu de la proclamation du Reich allemand. La ratification par la Chambre a lieu le 23 octobre 1919, Clemenceau déclarant au Sénat : « Nous ne faisons pas de miracles. »

Une caricature de Georges Clemenceau avec Woodrow Wilson et David Lloyd George à Conférence de la paix de Paris (Noël Dorville, 1919).

Georges Clemenceau a dû, sur le plan intérieur, tenir compte des positions antagonistes des partis français : la SFIO se montre très critique, accusant Clemenceau d’avoir surchargé l’Allemagne au risque de compromettre la paix ; en revanche, la droite nationaliste (Jacques Bainville, de l’Action française, est particulièrement virulent), l’accuse d’avoir fait preuve de faiblesse face à « l’ennemi héréditaire ». Soutenu par la majorité de l’opinion publique française, imprégnée de revanchisme et traumatisée par les destructions de la guerre (« le boche doit payer »), Clemenceau adopte envers l’Allemagne et l’Autriche une attitude très intransigeante.

Concernant l’Allemagne, cessions territoriales et versement sans délais d’importantes réparations sont les deux pans de son programme. La République d’Autriche allemande (en allemand Deutschösterreich) doit être renommée en Autriche (en allemand Österreich), car le souhait de la majorité de sa population, de bénéficier du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes par le 9e point de Wilson en rejoignant la nouvelle république d’Allemagne, est formellement rejeté. Le traité de Saint-Germain, signé en septembre 1919, interdit ce rattachement. L’intransigeance française suscite les réticences du Royaume-Uni et des États-Unis, soucieux d’apaiser les tensions et de préserver la stabilité de la toute nouvelle République de Weimar et l’équilibre de l’Europe centrale. Le texte du traité de Versailles est finalement un compromis, où la position de Clemenceau reste cependant dominante.

Politique intérieure

Clemenceau peint par l’Américaine Cecilia Beaux, 1920.

Avant de quitter le pouvoir, Georges Clemenceau, qui se montre particulièrement hostile envers la Russie soviétique, fait voter la loi des huit heures, afin de couper l’herbe sous le pied de la SFIO, quelques jours avant le 1er mai 1919. Le ministre de l’Intérieur Jules Pams interdit toute manifestation. Celle-ci a tout de même lieu : 300 manifestants blessés, deux morts, et 400 blessés du côté des forces de l’ordre. Le gouvernement est interpellé à la Chambre le 6 mai, mais celle-ci lui vote la confiance par une large majorité.

Une loi sur les conventions collectives est également adoptée le 25 mars 1919. Cela n’empêche pas qu’il continue à être attaqué par les socialistes : le 4 avril 1919, à la suite de l’acquittement de Raoul Villain, l’assassin de Jaurès, un article d’Anatole France, publié dans L’Humanité, déclare : « Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. ». En juin, les métallurgistes parisiens entament une grève d’envergure, revendiquant l’application de la loi des 8 heures. Le 18 juillet 1919, le radical et ex-ministre Augagneur fait voter un ordre du jour défavorable au ministre de l’Agriculture Victor Boret. Au lieu de démissionner, Clemenceau remplace ce dernier par Joseph Noulens, ex-ambassadeur en Russie et anti-bolchévique notoire. Il convoque le dirigeant de la CGT Léon Jouhaux, un modéré, et lui promet l’amnistie et l’accélération de la démobilisation tout en affirmant qu’il n’hésitera pas à réquisitionner la fonction publique en cas de grève générale. Le 22 juillet 1919, il est à nouveau mis en difficulté à la Chambre par la gauche, mais parvient à se maintenir.

Aux législatives de novembre 1919, que Clemenceau a refusé de repousser, la droite, réunie au sein du Bloc national, l’emporte largement : c’est la chambre Bleu horizon. Cette importante victoire est en partie due à la nouvelle loi électorale du 22 juillet 1919, qui a instauré le scrutin proportionnel avec une dose de majorité, mais aussi aux divisions de la gauche.

Candidature avortée à la présidence de la République

En décembre 1919, alors que Raymond Poincaré ne se représente pas et qu’il envisageait de se retirer de la vie politique, Georges Clemenceau autorise ses partisans à soumettre sa candidature à l’élection présidentielle du mois suivant.

Mais ses nombreux ennemis, à gauche comme à droite, s’unissent pour soutenir la candidature de son adversaire, le président de la Chambre des députés, Paul Deschanel, qu’il avait battu en duel en 1894. Auprès de nombre de parlementaires, Georges Clemenceau souffre de sa gestion autoritaire lors de la guerre et des négociations sur le traité de Versailles (ses opposants, considérant qu’il a gagné le conflit mais pas la paix, le qualifient de « Perd-la-Victoire »). Beaucoup craignent qu’il n’utilise sa popularité auprès de l’opinion publique pour renforcer considérablement les prérogatives de la présidence de la République, qu’il avait longtemps jugée inutile. De son côté, Aristide Briand met en garde la droite catholique du danger que cet anticlérical impénitent représente (Léon Daudet, soutien de Mussolini et de Franco, antigermanique mais pétainiste, l’appelle le « Vendéen rouge »), tandis que la SFIO le perçoit toujours comme le « premier flic de France ».

Paul Deschanel, vainqueur de l’élection présidentielle de janvier 1920 face à Georges Clemenceau.

Le 16 janvier 1920, lors du vote préparatoire réunissant l’ensemble des parlementaires républicains au palais du Luxembourg, Paul Deschanel l’emporte d’une courte majorité. Georges Clemenceau retire alors à ses amis l’autorisation de poser sa candidature à l’Élysée. Le lendemain, le président de la Chambre des députés est élu avec le plus grand nombre de voix jamais obtenu par un candidat sous la Troisième République. Clemenceau, qui a tout de même obtenu 53 voix (sur 868), présente aussitôt la démission de son gouvernement au chef de l’État sortant, Raymond Poincaré.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 31 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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