Liberté, responsabilité, solidarité

OPINION. Ce qui serait vraiment révolutionnaire serait de changer la devise de la France pour la transformer en : liberté, responsabilité, solidarité. La grandeur d’un peuple passe par sa capacité à vouloir se prendre en charge. Celle des dirigeants, quels qu’ils soient, est de bien le considérer. À nous de le leur rappeler.

Liberté, responsabilité, solidarité

J’avais découvert suite à son achat en kiosque votre revue Front Populaire dont l’apparence, la tenue l’exigence ainsi que la rigueur sont de bon augure ! Permettez-moi, s’il vous plaît, cette réflexion consécutive à la lecture de votre éditorial du numéro 2 sur la devise de la République française (…et de la République d’Haïti, si je ne m’abuse).

La liberté et l’égalité ne peuvent aller sans fraternité, dites-vous (entendant par-là, mieux vaut le répéter, autre chose qu’une fraternité de coterie). Mais n’est-ce pas encore là une illusion ? N’est-il pas totalement utopique de s’entêter à croire en une fraternité des peuples ou au sein d’une même population ? N’est-ce pas là ce que l’on nomme un vœu pieux ? Cette fraternité, idéalisée, bâtie ou pas sur une culture initialement religieuse, ne devrait-elle pas plutôt  se vivre comme un bienfait souhaitable, voir une nécessité morale plus ou moins réalisable…mais en tous cas politiquement intenable ? Ce qui serait vraiment révolutionnaireau sens, si je l’ai bien saisi, où vous l’entendez, serait de changer la devise de la France pour la transformer en :

LIBERTE, RESPONSABILITE, SOLIDARITE

· Liberté, parce qu’elle ne se discute pas. Elle est, pour ainsi dire, consubstantielle à l’individu. Elle s’arrête bien entendu là où l’autre commence. Elle s’exerce mais pas dans l’anarchie ; elle n’est en réalité ni de droite ni de gauche, ni d’aucune obédience. Elle existe par principe inaltérable…ou n’est pas.

· Responsabilité…individuelle et collective. Elle rejoint votre noble injonction consistant à attendre d’un peuple responsable, justement, de ne pas ériger en droit ses prétentions égotiques mais de penser en termes d’intérêt public.

· Solidaritécar comment une civilisation peut être digne de ce nom (alors même qu’elle est décrite dans l’un des articles comme actuellement au niveau zéro) si elle ne prétend pas harmoniser (au sens étymologique grec) son organisation de manière à ce que personne ne soit abandonné ?

La crise actuelle ne montre-t-elle pas combien ces notions sont l’enjeu essentiel de notre démocratie ?

Démocratie : parlons-en justement. Tout un chacun se pose hâtivement la question de la pratique de la démocratie dont là encore, on peut lire des développements dans votre revue : comment le peuple peut-il être plus présent ou mieux représenté (c’est selon…) et sous quelle forme ? Et d’entendre à longueur médiatique des propositions telles que forum participatifréférendum populaire ou autre avatar. JAMAIS, j’écris bien : JAMAIS je n’ai entendu ni lu une seule observation consistant à dire que nous avons depuis longtemps les moyens d’exercer notre pouvoir démocratique par le seul fait de nos actions.

Je m’explique : voilà plus de trente années que j’écris aux élus mais aussi aux entreprises, aux associations dès lors qu’une question de vie en société se pose, dès lors que cette question est liée au champ du fonctionnement de la société. Cela passe par des étonnements, des indignations, des approbations, des remerciements et aussi et surtout, des suggestions, des incitations, des propositions. Pas besoin d’aller chercher loin, de se lancer dans des grandes idées soutenues par des débats aussi stériles qu’inutiles… si ce n’est par confort narcissique ; pas besoin de créer immédiatement un groupe, un club ou que sais-je encore ?

En voici un exemple simple :

– Il y a près de trois décennies de cela, j’ai bataillé une quinzaine de mois pour faire poser à un niveau donné un panneau STOP donnant conséquemment priorité aux voitures montantes sur une rue en pente de Lyon en double sens. Quinze mois de relances auprès des pouvoirs publics (mairie et commissariat à l’époque) afin, enfin, un beau matin de voir mon « combat » validé par l’installation de ce panneau ! Qu’ai-je fait d’autre si ce n’est exercer ma responsabilité de citoyen en me sentant concerné par la vie publique (potentielle mise en danger de la vie d’autrui, aberration signalétique), cette vie du quotidien tout en rappelant aux responsables décisionnaires leurs propres responsabilités. On voit bien là pourquoi j’insiste sur le fait que la responsabilité est double : individuelle et collective.

– Autre exemple : un revêtement de trottoir mal réfectionné (chose très courante) m’amène à appeler le service concerné en signifiant qu’un travail bien fait eût évité la scène de cette poussette ayant du mal à avancer ou de cette vieille dame hésitante s’obligeant à quitter le trottoir par sécurité (scènes authentiques !) ; de là l’intervention – ou pas – d’une équipe pour remettre correctement, proprement, la chaussée en bon état… ce qui, au passage, aura occasionné des dépenses supplémentaires.

Cette notion de responsabilité peut s’exercer bien autrement encore : particuliers, administrations, entreprises, où ne trouve-t-on pas ces lumières inutilement allumées dans les locaux vides et qui aggravent les factures au point que globalement, il est certain que si chacun restait vigilant, non seulement la facture énergétique de tel ou tel serait moindre mais en définitive, c’est celle de la France (en incluant l’eau et le gaz dans la même logique) qui serait moindre car les soi-disant besoins seraient en réalité revue à la baisse ! En ne prenant pas soin de cette question, en négligeant cette dimension, réfugié dans son petit quant-à-soi, on fausse l’évaluation même des supposés besoins énergétiques du pays. Vous voyez bien là qu’on ne nage pas en pleine utopie bourrée d’intentions lénifiantes mais dans une vigilance qui relève du bon sens.

L’égalité n’est pas contraignante, la responsabilité réclame l’effort, un souffle indispensable pour toute société qui veut se tenir droite et évoluer. Soulignons également que la responsabilité porte en elle les prémices de la solidarité. À bien y regarder, cela tombe sous le sens. La responsabilité engage là où l’égalité sombre dans la brume de l’égalitarisme. Elle oblige à la citoyenneté, celle sur laquelle chacun peut (s’)-exercer en toute liberté, celle qui défie les gens de pouvoir en leur demandant d’agir en leur nom tout en ayant été l’élément déclencheur qui amènera, espérons-le, la juste décision, la juste action. Nous sommes très très peu à prendre la peine de contacter qui de droit chaque fois qu’on l’estime nécessaire ; nous sommes donc très peu à vouloir exercer pleinement dans la vie de tous les jours et pour cette vie-là, notre devoir de citoyen. Imaginez une seconde que nous soyons des centaines de milliers… Imaginez ces lettres (ces mels désormais) déferlant en permanence sur les bureaux des responsables tant publics que privés… Imaginez l’impact produit ! Vous y êtes ? Cela ne tient qu’à une chose : le réveil de citoyens endormis. Je le répète : la citoyenneté s’exerce au quotidien. Si elle fonctionne mal, cela relève d’abord de la responsabilité de chacun. Et je suis absolument certain, pour l’avoir testé et vécu, que cet exercice-là fonctionne bien…à condition de, comme on dit, « mouiller la chemise »…et ne jamais lâcher.

Quant aux élections, elles ne constituent quant à elle qu’un alibi nécessaire à la démocratie mais paradoxalement, pas à son exercice. Comme il est confortable et gratifiant de se dire : « Moi, je suis allé voter ! » … et de ne plus rien faire après. Le vote n’a de sens que s’il est à la fois un droit dans sa liberté d’expression et un devoir dans sa nécessité d’action. La grandeur d’un peuple passe par sa capacité à vouloir se prendre en charge. Celle des dirigeants, quels qu’ils soient, est de bien le considérer. À nous de le leur rappeler.

Auteur :
JC BENOIT
Publié le 1 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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