Culture – Racisme, colonialisme, fascisme, et ses prolongements/inversements contemporains

Introduction

Durant la période fasciste, de nombreux auteurs français ont collaboré avec le camp ennemi, le camp nazi. Ceux-ci interdisaient ou autorisaient la diffusion de livres, d’articles, de certains auteurs. Ceux qui furent autorisés, ceux qui collaborèrent donc furent par exemple Jean-Paul Sartre ou Simone de Beauvoir.

Il y eut également Jean de la Hire . La culture nazie a véritablement détruit la culture française.

Histoire pensée tiers-mondistes et pensées colonialistes

Au-delà de cette destruction, une autre forme de haine s’est transmise, une autre forme de collaboration culturelle s’est mise en place, construite au fil du temps.

Au début de la guerre d’Algérie, Franz Fanon qui lutta aux côtés de la France et du Général de Gaulle en 1943 durant la Seconde Guerre Mondiale car « chaque fois que la liberté et la dignité de l’homme sont en question, nous sommes tous concernés, Blancs, Noirs ou Jaunes », rejoint le FLN et collabora à l’organe central de presse du FLN, El Moudjahid« . Il rompt avec la nationalité française et se définit comme algérien.

Il est le premier détracteur d’Antoine Porot,  fondateur de l’École psychiatrique d’Alger et de la théorie raciste du primitivisme, inspiré par Cesare Lombroso. Ce courant de phrénologie fondé par Franz Joseph Gall fut popularisé par son assistant de longue date Johann Gaspar Spurzheim qui en fit la publicité. Il trouva un fort écho en Angleterre et aux Etats-Unis car ces théories servirent à justifier l’infériorité naturelle des peuples colonisés. Ces études circulèrent dans les milieux intellectuels parisiens, elles servirent en particulier à Paul Broca, qui déterminera la localisation cérébrale du langage articulé. Cet homme était également sexiste et raciste. Paul Broca a également pratiqué des clitoridectomies, ablations du clitoris, afin d’empêcher la masturbation féminine. Il fonda la société d’anthropologie dont le rayonnement s’impose rapidement. Son nom est inscrit sur la Tour Eiffel. Il se disait favorable à la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin. Le cousin de Darwin, Francis Galton, appela, à la mort de son cousin, sa philosophie sociale, eugénisme. Au xxe siècle, les mouvements eugénistes négatifs devinrent populaires dans un certain nombre de pays protestants, et participèrent aux programmes destinés à bloquer la reproduction tels que ceux de stérilisation contrainte aux États-Unis. Leur usage par l’Allemagne nazie dans ses objectifs de « pureté raciale » fit tomber ces méthodes en disgrâce.

Franz Fanon oppose une grille de lecture à Antoine Porot :

« La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites ; c’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambée, que je suis poursuivi par une meute de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n’arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin. Cette agressivité sédimentée dans ses muscles, le colonisé va d’abord la manifester contre les siens. C’est la période où les nègres se bouffent entre eux et où les policiers, les juges d’instruction ne savent plus où donner de la tête devant l’étonnante criminalité nord-africaine. »

Dans son essai Les Damnés de la Terre, Fanon dénonce les réflexions de l’équipe de Porot comme étant un moyen employé pour justifier des politiques de colonialisme. La préface est écrite par Jean-Paul Sartre. C’est une théorie du nazisme/colonialisme inversée et qui arrive aujourd’hui à son apogée. Il y a méprise sur le sujet. Comment un antiraciste, anticolonialiste peut collaborer avec un collaborateur nazi ? Pourquoi ? Ils se veulent purement nationaux.

Les pensées de Fanon sont évoquées dans des chansons, des raps comme ceux de Nekfeu, Kerry James.


Rencontre de Franz Fanon et de Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre collaborateur sous l’Allemagne nazie rencontra Franz Fanon. Ce dernier, selon Alice Cherki (psychiatre, psychanalyste et écrivaine. L’exclusion de son école française parce que juive pendant la Seconde guerre mondiale marque le début de son éveil politique qui l’amènera pendant ses études de médecine à s’engager en faveur de l’indépendance de l’Algérie), fait apparaître comment la notion de « race » n’est pas extérieure au corps républicain et comment elle le hante.

« La rencontre a lieu à Rome, pendant l’été 1961. Sartre interrompt son strict régime de travail pour passer trois jours entiers à parler avec Fanon. Comme le raconte Claude Lanzmann, « pendant trois jours, Sartre n’a pas travaillé. Nous avons écouté Fanon pendant trois jours. […] Ce furent trois journées éreintantes, physiquement et émotionnellement. Je n’ai jamais vu Sartre aussi séduit et bouleversé par un homme ». L’admiration est réciproque, comme le rapporte Simone de Beauvoir : « Fanon avait énormément de choses à dire à Sartre et de questions à lui poser. « Je paierais vingt mille francs par jour pour parler avec Sartre du matin au soir pendant quinze jours », dit-il en riant à Lanzmann » ». Franz Fanon présenta Sartre à Claude Lanzmann, réalisateur du film-documentaire Shoah.

Frantz Fanon devint un maître à penser pour de nombreux intellectuels du tiers-monde. Son livre le plus connu est Les Damnés de la Terre, publié quelques jours avant sa mort, manifeste pour la lutte anticolonialiste, y compris par la violence, et l’émancipation du tiers-monde.

Cet ouvrage et, peut-être plus encore la préface écrite par Jean-Paul Sartre, qui radicalise l’analyse de Fanon sur la violence : 

« Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. », ont été perçus rétrospectivement comme fondateurs de la critique tiers-mondiste. Il a inspiré des mouvements de libération en Afrique ou encore les mouvements noirs aux États-Unis. Les principales universités anglo-saxonnes le tiennent pour un penseur majeur du postcolonialisme.

Aujourd’hui encore, Frantz Fanon est pris en considération par de nombreux auteurs. Le courant des critiques post-coloniales a notamment initié une relecture de l’auteur palestino-américain Edward Saïd, dans Culture et impérialisme, a très souvent repris les écrits de Fanon. D’autres auteurs contemporains se sont intéressés à son œuvre, comme Stuart Hall, Homi Bhabha et Judith Butler, et en particulier à Peau noire, masques blancs.

Cette dernière, professeur aux Etats-Unis et en Suisse est adepte de la question du genre. Depuis 1993 dont le travail porte principalement sur le genre, les queers et la théorie queer. Son ouvrage majeur Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité est publié aux États-Unis. Il sort en France en 2005. Elle veut définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine. En bref elle veut supprimer l’identité féminine, le genre féminin et son essai nommé trouble dans le genre crée lui-même un trouble dans le genre.

Edward Saïd à Daniel Barenboïm

Dans son essai Zionism from the Standpoint of Its Victims, Edward Saïd a plaidé pour la légitimité politique et l’authenticité philosophique des revendications sionistes du droit à une patrie juive, mais aussi du droit inhérent à l’autodétermination nationale du peuple palestinien. Il a fondé avec son ami le chef d’orchestre argentin et israélien Daniel Barenboïm une fondation visant à promouvoir la paix au Proche-Orient par le biais de la musique classique, grâce à la formation d’un orchestre symphonique composé d’Israéliens et d’Arabes.

Le + de l’Histoire :

Jacques Vergès, avocat du nazi Klaus Barbie, après avoir été résistant, devint célèbre en raison de ses convictions anticolonialistes. Il défend puis épouse Djamila Bouhired, militante du FLN, sacrée première classe de l’ordre du Mérite national d’Algérie et grand-officier de l’ordre de la République (Tunisie). Interview de Jacques Verges sur KTO TV et à On n’est pas couché en 2007.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 3 janvier 2021

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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