Michelin privilégie ses actionnaires à ses salariés

ARTICLE. Le groupe de pneumatique a annoncé mercredi une coupe dans ses effectifs français de 2300 salariés sur trois ans. Un projet « de simplification et de compétitivité » d’autant moins compréhensible que les actionnaires ont touché en 2020 des centaines de millions en dividendes.

Michelin privilégie ses actionnaires à ses salariés

Et bonne année quand même ! Mercredi, les salariés de Michelin ont appris le lancement d’un plan de restructuration concernant les quinze sites français de l’entreprise. Une suppression totale qui devrait monter jusqu’à 2300 postes sur les 21 000 postes présents en France. Cette suppression touchera les activités tertiaires du groupe (1100 emplois) et les activités industrielles (1200 emplois). Le nombre précis de départ par site devrait être communiqué courant février. Sur les 2300 postes envisagés, la moitié pourrait toucher Clermont-Ferrand, siège du manufacturier.

La justification est simple et d’ailleurs assez logique : les 15 sites industriels français sont spécialisés dans les pneumatiques haut de gamme, agricoles, industriels, ou de compétition. Or, mondialisation oblige, le groupe dit être confronté depuis une dizaine d’années à des transformations structurelles du marché mondial sur son secteur, en l’occurrence l’arrivée massive de produits à bas coût. Le groupe doit donc accompagner les évolutions stratégiques de ses activités pour rester compétitif. En effet, soumis à la concurrence des pneus à prix cassés, le groupe a déjà supprimé près de 1500 postes depuis 2017 dans le cadre de cette réorganisation.

Au-delà du fait que les règles libre-échangistes de la mondialisation organisée depuis toujours par l’OMC montrent ici – et ailleurs ! – leurs limites en ce qu’elles permettent à certains pays d’inonder les marchés avec de la production « low cost », on note surtout que le groupe Michelin n’est pas paradoxalement en mauvaise posture économique. Il prévoit même des résultats positifs pour 2020, malgré la crise sanitaire. Il y a mieux : le dividende par action a été multiplié par trois depuis 2009. Le président du groupe, Florent Menegaux, tente de s’en expliquer au Monde : «Nous avons toujours distribué environ 35 % de notre résultat. Il y a quelques années, on ne faisait pas de résultats, donc on ne distribuait pas de dividendes. Nos actionnaires ont continué ànous suivre pendant ces années-là, il est normal qu’ils soient rétribués pour le risque qu’ils prennent. »

Durant la crise sanitaire, le groupe a en effet maintenu ses dividendes. Les syndicats avaient à l’époque demandé un gel des dividendes plutôt que des rémunérations, sans succès. Les dividendes par action avaient certes baissé, passant de 3,85 euros à 2 euros. C’est toutefois 357 millions d’euros qui ont été distribués aux actionnaires en 2020. Si l’on rapporte cette somme aux emplois supprimés d’ici 2024, cela représente 155 000 euros par poste. Du reste, le cours de l’action Michelin n’a cessé de croître depuis la fin de l’automne. Or l’entreprise a eu recours au chômage partiel lorsque la quasi-totalité de sa production était à l’arrêt, en avril, les salariés étant donc payés sur fonds publics.

Délégué syndical central SUD pour le groupe Michelin, Jérôme Lorton confie au Monde être à la fois en colère et surpris : « Il s’agit de l’un des plus grands plans sociaux qu’ait lancél’entreprise alors que les usines tournent àplein régime que le groupe fait 1,7 milliard d’euros de bénéfice. Et le tout sans préavis. Nous sommes choqués, sonnés. Où est “le dialogue social de qualité à la Michelin” tant vanté par les dirigeants ? On nous sort la concurrence asiatique pour justifier l’injustifiable (…) Il faut quand même rappeler que l’entreprise a touché 12 millions d’euros d’aides publiques en 2020 au titre de l’activité partielle. »

A l’AFP, Florent Menegaux déclare que «Michelin s’engage à recréer autant d’emplois qu’il y en aura de supprimés. »Dans un communiqué, Michelin précise en effet que d’ici à 2024, « près de 60 % des départs envisagés se feraient sur la base de départs anticipés à la retraite et le reste par des départs volontaires accompagnés », notamment par le biais de ruptures conventionnelles collectives.Pas suffisant pour convaincre les salariés, ni les syndicats qui entendent en appeler au gouvernement. Bercy a d’ailleurs réagi, annonçant veiller au grain. Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée chargée de l’industrie a annoncé à l’AFP : «Avec les représentants du personnel, nous serons particulièrement vigilants à ce que Michelin respecte ses engagements. » Quand on voit comment le ministre de l’Économie, Bruno le Maire, a géré le dossier General Electric, il ne faut sans doute pas se faire d’illusions.

Auteur :
Publié le 8 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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