Propos sur « les blancs » : lettre ouverte à Lilian Thuram

OPINION. Suite à la sortie de son livre « la pensée blanche », Lilian Thuram n’a cessé, dans les médias, d’évoquer le fumeux concept de « privilège blanc ». Tout cela manque d’épaisseur, de la pâleur de l’avenir qu’il propose à ceux qu’il racise, à la noirceur des sentiments qu’il prête aux blancs. Droit de réponse contre l’essentialisation.

Propos sur « les blancs » : lettre ouverte à Lilian Thuram

L’heure est grave. Alors que le pays coule, certains, dont vous êtes, s’évertuent à ouvrir les robinets de la discorde pour enfoncer un peu plus la France, et l’envoyer tout entière vers un naufrage fatal. Alors je m’élève contre cette idée car notre pays mérite votre soutien, notre soutien et surtout la reconnaissance.

C’est la France qui vous a fait Monsieur Thuram. Et qui vous permet aujourd’hui d’exister pour de nombreuses personnes, d’être un modèle pour une partie, d’être un porte-voix pour d’autres.
Je vais donc vous répondre. Car nous avons, selon vos propres paroles racisées nous « les blancs », un droit de réponse à utiliser contre vos accusations et vos déformations de la réalité qui feraient de la partie historique de la France des moins que rien, des racistes ! Cela est grave Monsieur Thuram, et à plus d’un titre !

Cela remet en cause ce qu’est la France et comment elle s’est construite sur ses valeurs d’égalité et de fraternité. La liberté vous savez déjà ce que c’est, puisque vous en usez jusqu’au bout, au point de nous accuser des plus basses pensées.
Mais la devise républicaine s’applique pleinement à qui veut se donner la peine des efforts qui lui ouvriront les voies de la réussite. L’égalité est possible, même si certaines conditions font le chemin plus long et semé d’embûches, le mérite n’en est que plus grand !

Mais cette notion de mérite, vous la niez pour céder à la culture de l’excuse, par la couleur, l’économique et du dominé à vie, marqué à jamais. Nous les blancs, serions les dominants. Sérieusement, que la France vous déplaise, cela est votre choix, votre avis. Mais que vous la salissiez, et que vous insultiez tous les blancs, alors que la France vous a grandi M. Thuram, et que c’est un blanc qui vous a choisi pour que vous regagniez cette formidable équipe de 98. L’exception, sans doute ! Absurde et dangereux !

Pour prendre conscience de sa différence, il ne faut pas être dans l’entre-soi, sinon ce n’est pas une différence, mais un point commun. Voilà pourquoi, une prise de conscience d’être noir à neuf ans en arrivant en métropole. Dans le 93, la différence dans de nombreux quartiers, c’est plutôt d’être blanc !

Et quand dans les classes de l’école que je dirige, ils sont trois sur vingt-trois, il est où le privilège ?
Heureusement que je ne vois que des élèves, et avant cela même que des enfants avec leur personnalité et leur histoire de vie, mais que je ne regarde pas leur couleur de peau….

La France, c’est justement l’humanisme qui ne reconnaît aucun racisme… et les lumières qui éclairent la vie de toute sa diversité. Et les caricatures qui emmerdent tous les cons !

Dernièrement je reçois un élève dans mon bureau car il était très pénible à la cantine et semblait assez triste depuis quelques temps. C’est un élève d’origine étrangère, aux conditions de vie difficiles, famille recomposée, essentiellement élevé par sa grand-mère. Je sens bien que le moment n’est pas à la fâcherie, mais plutôt à l’écoute. Alors j’engage la conversation sur ses centres d’intérêt, sur ce qui lui plaît de faire à l’extérieur de l’école. Et là, sans trop de surprises, on tourne en boucle autour du foot. Je lui explique toute la difficulté de réussir dans le sport de haut niveau, notamment dans le foot car beaucoup de jeunes joueurs sont talentueux. Et je le fais réfléchir un peu à une voie qui lui permettrait de sourire. Non, rien !

Le talent dans le foot ne lui suffira pas, si tant est qu’il en soit pourvu car je n’en sais strictement rien, il faut en plus être choisi. Et vous le savez bien. Encore plus maintenant qu’avant, il faut avoir une dose de chance, de rencontres…

Alors la perspective d’une vie où les choses sont déjà écrites et où le mérite n’a pas sa place en freineront plus d’un. Et c’est bien normal. Si nous ne leur proposons pas un projet fort qui donne envie de s’y atteler, alors certains se tourneront vers la délinquance, le trafic de drogue, ou une autre voie tout aussi fermée et dangereuse, l’islamisme.

Je suis en colère, non pas parce que vous insultez les blancs, et nous accusez de racisme, ça je m’en fous, et vous laisse à cette connerie, mais parce que vous essentialisez une partie de la jeunesse, d’origines étrangères ou non, qui n’a pas besoin qu’on théorise son inadaptation à notre mode de vie. L’excuse leur est trop belle et cela va renforcer leur haine de la France. Ce qui est un énorme service rendu à tous les indigénistes, et les racialistes en tous genres, qui soufflent sur toutes les braises en pleurant dès qu’ils se brûlent. Et surfent sur la haine et la mort souhaitée de notre France !

Que désirez-vous pour nos enfants ? Donc, un pays racisé ! Ou peut-être, n’êtes-vous pas assez courageux pour vous l’avouez à vous-même, un pays où les blancs auraient été éradiqués, et où les noirs vivraient entre eux… La démographie se chargera probablement d’assouvir vos rêves les plus sombres…

Cela s’appelle comment déjà ça M. Thuram ? Ne serait-ce pas vous qui excluez, qui jugez, bref qui enfermez dans une couleur ? Cela s’appelle essentialiser les gens ! Et quand c’est contre eux, du racisme !

On nait blanc, et noir ou autre… ! Et on s’en accommode, comme on s’accommode de ne pas faire 1 m 90 cm ou d’être gros, maigre ou d’avoir les yeux de telle ou telle autre couleur. Cela s’appelle la vie. Et l’acceptation de soi !
Peut-être êtes-vous figé dans l’adolescence, moment essentiel de l’expérience de la vie qui justement permet cette appropriation de soi-même. Cela expliquerait beaucoup de vos prises de position d’ailleurs !

Adolescent, on ne sait pas trop étayer son discours, alors on tombe vite dans la dichotomie noir / blanc. Tout est bon ou mauvais. Voyez, j’ai eu la décence de le mettre dans le sens qui vous plaira ! Car cela n’a aucune incidence sur la vie, la vraie, vous savez celle des adultes qui savent bien que le monde est complexe… entre gris clair et gris foncé !

Il y aurait un privilège à être blanc. Et on ne s’en rendrait pas compte puisque blanc. Facile comme pirouette ! Vous nous avez habitués à mieux sur les terrains, M. Thuram.

Le privilège d’être blanc en Europe, comme celui d’être noir en Afrique, ou arabe dans les pays du Maghreb. A l’aune de la mondialisation, et de la mixité, vous nous réinventez l’idée de privilège d’un match à domicile. Un peu juste aujourd’hui où la population s’est mélangée, non sans créer des problèmes d’ailleurs, mais qui ont beaucoup plus à voir avec le mode de vie culturel ou religieux, qu’avec la couleur de la peau.

Le privilège d’être blanc expliqué par quelqu’un qui a réussi et gagne peut-être autant que tous les gars du coin indépendamment de leurs origines… Il va falloir leur expliquer plusieurs fois avant qu’ils le comprennent, car eux sont confrontés à la réalité de la vie, M. Thuram, et non à celle que vous supposez pour eux.

Le privilège de vivre et d’être fier de ce qu’on a réussi et réalisé ! Voilà la seule idée à diffuser et à expliquer à notre jeunesse.

Moi, j’estime avoir le privilège d’aimer penser ! Et d’être assez instruit pour savoir que seule la réflexion apporte les réponses aux maux de la société, et que la couleur de peau n’y amène que débats stériles et idées préconçues, mais qu’en revanche la couleur de l’esprit et ses nombreuses vertus peuvent nous conduire sur le chemin de la lumière.

La civilisation européenne, sur les bases gréco-romaines et de la chrétienté, est celle qui est le plus aboutie en termes de schéma politique et de droits de l’homme.
Ne vous en déplaise, M. Thuram, mais je ne vais pas m’excuser d’être blanc, comme je ne vous demanderai jamais de le faire d’être noir !

Toutes les civilisations, et même tous les peuples, ont à leur apogée, dans l’histoire de l’humanité exploité les populations alentours, et conquis les espaces frontaliers en soumettant les peuples à leurs idées, voire en les esclavagisant. Tous, et pas exclusivement les blancs ! Vous voulez parler de l’Egypte ancienne, des Grecs anciens, de la Chine et de l’Afrique, où les ethnies n’ont eu de cesse à travers l’histoire de se combattre, en se livrant des guerres agrémentées de mises en esclavage, encore existant aujourd’hui sur ce continent sur fond d’islamisme.

L’histoire ne saurait se prévaloir d’être le relai d’une quelconque supériorité d’une couleur sur une autre, mais ne peut pas non plus être le terreau de l’excuse permanente pour une population et pour une autre soi-disant coupable à vie de ce que des aïeux auraient commis. Encore une fois, on peut parler de toutes les histoires, de tous les continents…et évoquer les peuples en souffrance de partout, leur trouver d’excellentes raisons de par leur passé pour expliquer leur mal-être présent.

Mais est-ce bien un service rendu à ces populations que de les cantonner à leur passé et à leur condition supposée immuable ?

Si la France a une quelconque universalité à défendre, et pour laquelle nous pourrions nous prévaloir d’être privilégiés, c’est bien de la défense de l’humanité dont il s’agit et des valeurs humanistes et républicaines. Cela doit être mis en évidence pour la jeunesse de notre pays. Sans cela, footballeurs et rappeurs pour quelques-uns, et déçus avant d’avoir commencé à vivre réellement pour les autres, tels seront les avenirs que nous leur proposerons !

Elle est là, la seule honte de la France ! Son remède, l’exigence vis-à-vis de notre jeunesse à travers une éducation soignée et une instruction riche de connaissances et de sa diversité. Avec pour seul compagnon de route, le mérite. Et sa juste récompense, la réussite. Sans distinction aucune, M. Thuram, ni de couleur, ni de classe sociale.

Mais cela nous engage tous à défendre notre pays, notre France, et à lutter contre toutes les idéologies obscures, d’où qu’elles viennent. Et nous oblige à cesser le discours du type « j’ai mal à ma France », qui non seulement ne veut rien dire, mais en plus sème les paroles de la discorde.

Je ne connais pas de France qui m’appartienne ! En revanche, nous sommes la France, et nous nous devons de porter ses souffrances, mais aussi de relever ses défis et d’élever un peu plus sa grandeur d’âme pour l’humanité tout entière.

Est-ce raciste de penser que ces jeunes ne fournissent pas tous les efforts qu’ils devraient ? Et que certains, entrainés par vos idées et vos prises de paroles, tombent dans la facilité de la culture de l’excuse. Je ne le pense pas ! Ce n’est pas respecter les gens que de les victimiser en permanence. Au contraire, c’est les laisser là où ils sont, et ne leur donner aucun espoir de changement. Alors que les efforts à fournir, avec notre aide, leur permettraient de s’élever et de sortir de leur positionnement victimaire et communautaire.

Je suis né blanc. Et je suis devenu mari, père, directeur, cycliste auparavant… Car les yeux bleus et la couleur de la peau, comme la taille sont des composantes de notre physique.
Le devenir en mutation dans notre esprit est le fruit de l’expérience vécue et pensée. Nous ne sommes pas ce que nous donnons à voir, mais bien ce que nous faisons ressortir de nos actes, ce que nous montrons.

Quand on nous demande de nous présenter, il faudrait être profondément idiot pour donner sa couleur de peau. Non, cela est inutile. On ne devient pas plus blanc que noir, on devient professeur, puis directeur si on le souhaite… Père, c’est plus difficile de le rester que de le devenir… Mais la notion de durée semble lointaine dans vos propos.

Tout cela manque d’épaisseur, de la pâleur de l’avenir que vous proposez à ceux que vous racisez, à la noirceur des sentiments que vous prêtez aux blancs. Pauvretés philosophique et morale…

Nous avons besoin d’unité dans notre monde où les relations entre les gens se sont considérablement tendues et les critères de vie sont malheureusement individualisés et conditionnés aux consumérismes en tous genres.
Nous devons absolument remettre de l’unité, mais sûrement pas de l’uniformité ! Cela nuirait à la beauté du monde qui provient notamment de sa pluralité. Excellente réflexion apportée à la fin du livre co-écrit par Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir, « D’un monde à l’autre ».

L’unité dans les valeurs qui peuvent justement régir nos vies dans leur diversité. Permettre à l’autre d’exister et de s’émanciper en acceptant sa différence, car nous respecterions l’unité des valeurs communes qui grandiraient l’humanité.

Mais cela signifie aussi s’opposer à tous les obscurantismes, notamment l’intégrisme religieux, et combattre toutes les formes d’essentialisation des groupes de personnes, ce que vous ne cessez de faire. De surcroît, en victimisant une partie de la population qui du coup ne peut rien faire pour s’extraire de ce rapport faussé à la réalité. Prise au piège de la racialisation et de ses rapports de domination, il ne lui reste que la haine à cracher sur la figure de l’oppresseur, la France et sa population historique, c’est-à-dire les blancs. Vous porterez une énorme responsabilité qui vous dépassera et explosera à la première étincelle ; alors s’embraseront les populations victimisées, et la France s’enflammera. Voilà votre futur en essayant d’expliquer le présent avec un passé par trop réchauffé qu’il en est devenu cramoisi !

Heureusement que les jeunes n’écoutent bien souvent que ceux qui ont moins que le double de leur âge, car le mal que vous leur décrivez les mettrait face à un dilemme insoluble. Être racisé à vie, ne pas pouvoir évoluer en dehors de sa couleur de peau, blanche ou noire d’ailleurs, peu importe, car le souci est de rester cantonné à sa place assignée par les rapports dominés / dominants. Ou sortir de cette impasse, mais alors s’extraire de sa communauté et errer à jamais, seul dans le monde de l’Autre.

Dans ce monde clairement hostile à l’image de l’amour offert par les rencontres au hasard de la vie, quelle platitude, quelle absence de surprise, de sentiment, de mouvement, bref de vie ! A quoi bon se battre, et pourquoi donc essayer de réussir à transcender la nature et devenir enfin quelqu’un. Voilà ce que vous donnez à voir : un monde où tout est figé, et où la pensée est automatisée, stéréotypée. Un monde mort !

Vous vous cachez derrière votre discours Monsieur Thuram, mais celui-ci est indigne de la France, et ce n’est pas pour votre couleur de peau, mais bien à cause de vos idées !

Auteur :
Nicolas BOUREZ
Directeur d’école
Publié le 8 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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