Politique – Les hommes qui ont construit l’UE

François Hollande était un proche de Jacques Delors. Père de Martine Aubry, ils sont tous au PS adhérents de l’idéologie financière européenne qui n’a plus de projet depuis 2012. Qui est Jacques Delors ? C’est que cet article va présenter.

Présentation

Jacques Delors, né le 20 juillet 1925 à Paris, est un homme d’État français. Il travaille auprès de Jacques Chaban-Delmas, premier ministre, de 1969 à 1974, puis adhère au Parti socialiste. Il est ministre de l’Économie, des Finances et du Budget de 1981 à 1984 dans les gouvernements dirigés par Pierre Mauroy.

Il s’engage ensuite en faveur de la construction européenne : il est président de la Commission européenne de 1985 à 1995 et fondateur de l’institut de recherche « Notre Europe – Institut Jacques Delors » dans le but de « penser l’unité européenne ». Donné favori à l’élection présidentielle française de 1995, il renonce à se présenter.

Biographie
 Il obtient en 1950 une licence en droit (mention économie politique) à la Faculté de droit de Paris avant d’intégrer à son tour la Banque de France où il commence sa carrière en tant que « rédacteur » et devient syndicaliste de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). Ancien élève du Centre d’études supérieures de banque (CESB), dont il est diplômé en 1950, il occupe les postes de chef de service puis d’attaché au cabinet du directeur général des titres et du marché monétaire à la banque de France (1945-1962).

Engagements politiques et syndicaux
Jacques Delors s’engage dans le syndicalisme en adhérant à la CFTC, syndicat marqué au début des années 1950 par la droite démocrate chrétienne. Il rejoint le groupe minoritaire Reconstruction qui milite pour les idées socialistes et vers une déconfessionnalisation de ce syndicat sous le patronage de Paul Vignaux. Ce mouvement va promouvoir les idées d’un syndicalisme socialiste et démocratique, s’opposant à des chrétiens dits progressistes proches des marxistes. Paul Vignaux a obtenu après la fin de la guerre des aides de syndicats américains dont une partie a servi au lancement de Témoignage chrétien, un journal pour un engagement chrétien. Minoritaire, le mouvement Reconstruction va devenir majoritaire et participer à la transformation du syndicat CFTC vers la CFDT. Cette déconfessionnalisation de la CFTC va s’accompagner d’un glissement du syndicat, proche de la droite MRP, vers les partis de gauche.

Il dirige de 1959 à 1965 la revue Citoyens 60 du mouvement personnaliste La Vie nouvelle. Il travaille en liaison avec le club Jean-Moulin. De 1959 à 196, il est membre de la section du plan et des investissements du Conseil économique et social. À cette époque, il est l’auteur, sous le pseudonyme Roger Jacques, d’écrits d’inspiration socialiste et influencés par des courants de pensée anglo-saxons cherchant à se démarquer des idées marxistes dans la revue Reconstruction pour la promotion d’idées socialistes et démocratiques dans le syndicat CFTC. Il est rapidement remarqué et devient « expert économique » à la CFTC. En 1964, Jacques Delors suit le courant majoritaire non confessionnel du syndicat devenu Confédération française démocratique du travail (CFDT) dont il est depuis resté adhérent. Il est également membre un temps du Parti socialiste unifié (PSU).

De Chaban-Delmas à Mitterrand

En 1962, Jacques Delors entre au Commissariat général du Plan en tant que chef du service des affaires sociales et culturelles, poste qu’il garde jusqu’en 1969 pour devenir chargé de mission auprès de Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre jusqu’en 1972. À ce titre, il influence grandement le projet de « nouvelle société » que souhaitait promouvoir celui-ci. Participant à la mise en œuvre de ce programme, il est notamment l’inventeur des contrats de progrès et l’inspirateur de la loi sur la formation professionnelle continue (16 juillet 1971). De 1969 à 1974, il est aussi secrétaire général auprès du Premier ministre, pour la formation professionnelle et la promotion sociale.

De 1973 à 1979, il est membre du Conseil général de la Banque de France et occupe sur la même période le poste de membre du Conseil de la Banque de France. De 1974 à 1979, il est professeur de gestion à l’université Paris-Dauphine. En 1974, il crée aussi le club de réflexion politique Échanges et projets avec le syndicaliste patronal José Bidegain ; c’est cette même année qu’il adhère au Parti socialiste. Durant le congrès de Metz, il va rejoindre le courant mené par François Mitterrand qui était partisan d’une économie administrée par l’État contre l’aile modérée du Parti Socialiste. Ce choix sera critiqué plus tard par Michel Rocard, opposé à ses prises de position pour une économie de marché. Son soutien à François Mitterrand s’explique par un choix personnel sans lien avec ses idées personnelles. C’est ce qui ressort de ses mémoires. De 1975 à 1979, il est directeur du Centre de recherche Travail & société. En 1976, il est choisi comme délégué national du PS pour les relations économiques internationales, fonction qu’il occupe jusqu’en 1981.

Ministre des Finances

Jacques Delors est élu député européen (président de la commission économique et monétaire) en 1979, mais démissionne de ce poste en 1981. Pendant cette période, il est président de la commission économique et monétaire du PS. En 1981, il est nommé au poste de ministre de l’Économie et des Finances dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy.

De 1981 à 1984, il est successivement :

  • du 22 mai 1981 au 23 juin 1981 : ministre de l’Économie et des Finances, dans le gouvernement Pierre Mauroy (1) ;
  • du 23 juin 1981 au 22 mars 1983 : ministre de l’Économie et des Finances, dans le gouvernement Pierre Mauroy (2). À ce titre, il est l’un des initiateurs du tournant de la rigueur à partir de 1982 ; il est chargé en plus du Budget à partir de mai 1983. Bénéficiant de la confiance des milieux économiques internationaux, il applique d’abord une politique de « rupture » pendant la période dite de l’« état de grâce » : nationalisations, dévaluations du franc, amélioration de l’efficacité des circuits de financement, et politique de relance. Après une première pause dans les réformes sociales qu’il propose dès 1982, Jacques Delors encourage le maintien de la France dans le Système monétaire européen (SME) et pratique une politique de rigueur. Il supprime, notamment, l’échelle mobile des salaires en 1982, l’équilibre budgétaire sera un objectif recherché, mais il vante le mérite du modèle reaganien de création d’emploi en omettant de mentionner le déficit du budget fédéral américain ; la lutte contre l’inflation bénéficiera de la baisse générale des matières premières, reste silencieux sur le redéploiement de la politique industrielle dans le contexte du SME et de l’avance de l’économie industrielle allemande. Il demeure fidèle à la priorité sur la lutte contre l’inflation et le maintien d’une parité fixe avec le Deutsche Mark, ce qui entame la politique du Franc fort ou du Franc Mark. Cette politique sera accusée de l’amorce du déclin industriel français et l’abandon de champions industriels nationaux dans les secteurs dominés par les Allemands afin de ne pas contrecarrer la politique franco-allemande et un retournement d’alliance de l’Allemagne avec le Royaume-Uni ;
  • du 22 mars 1983 au 17 juillet 1984 : ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, dans le gouvernement Pierre Mauroy (3).

Président de la Commission européenne

Élu maire de Clichy (1983-1984), en banlieue parisienne, Jacques Delors fait figure de possible « premier ministrable » en remplacement de Pierre Mauroy. Il n’est pas reconduit dans le gouvernement dirigé par Laurent Fabius, ayant été pressenti, par accord guidé par François Mitterrand et Helmut Kohl, chancelier ouest-allemand, pour devenir en janvier 1985 président de la Commission des Communautés européennes (qui deviendra la Commission européenne), succédant au Luxembourgeois Gaston Thorn. Il restera président de la Commission jusqu’en décembre 1994. En 1992, il est lauréat du Prix International Charlemagne.

Le 14 janvier 1985, alors qu’il entre en fonction à Bruxelles, Jacques Delors annonce son programme, reposant sur l’approfondissement des logiques de marché et sur le renforcement des politiques industrielles et sociales. Sur le premier plan, ses idées rencontrent celles de Table ronde des industriels européens (ou European Round Table), lobby fondé par Étienne Davignon, qui rassemble les dirigeants des grandes multinationales européennes. En janvier 1985, le président de l’European Round Table (et de Philips) – Wisse Dekker – avait publié dans : Europe 1990 : un agenda pour l’action un programme de relance de l’Europe. Parmi elles : faire tomber les barrières commerciales et les frontières fiscales. Ces idées étaient alors défendues par de nombreux observateurs, notamment par des parlementaires européens et, de manière croissante, par les gouvernements européens. Sur le plan social, Delors a encouragé le dialogue social européen et le renforcement de la politique régionale européenne, devenue politique de cohésion.

Selon l’économiste américain Rawi Abdelal*, Jacques Delors a joué un rôle déterminant dans la dérégulation des marchés financiers en décidant « de pousser la libéralisation bien plus loin que ne le prévoyait à l’origine le programme de marché unique ». Il introduit notamment en juin 1988 la directive 88 (361) sur les mouvements de capitaux précisant qu’« aucune transaction, aucun transfert de capitaux n’échappait à l’obligation de libéralisation ». Delors est alors persuadé que la création du marché intérieur ne peut se faire sans une circulation des capitaux totalement libre.

En 1991, lors de l’émission La Marche du siècle sur FR3, il parle de cette aide qui dynamisa l’Union européenne : « Lorsque j’ai lancé en 1984-1985 le projet de grand marché, la Table Ronde des Industriels a soutenu ce projet. Et aujourd’hui, les industriels invitent les gouvernements à aller plus vite encore, et ce n’est pas moi qui leur dirais le contraire : nous avons bien besoin de cette poussée salutaire, sinon nous aurions tendance à ne pas aller au rythme où les évènements vont. »

Il souhaite ainsi une Europe qui devienne un pôle aussi compétitif que les États-Unis ou l’ensemble asiatique ; en parallèle, l’Europe sociale pourrait se construire. Conférence de presse avec les ministres néerlandais Wim Kok, Hans van den Broek et Ruud Lubbers, après le Conseil européen du 9-10 décembre 1991 à Maastricht, qui mène au Traité de Maastricht (1992).

Pendant son long mandat ont lieu la signature des accords de Schengen (juin 1985), l’élargissement de l’Europe communautaire (entrée de l’Espagne et du Portugal en 1986), l’adoption de l’Acte unique européen (1986), la création du programme Erasmus (1987), la réforme de la politique agricole commune (PAC, associée à la création du Programme européen d’aide aux plus démunis, Delors soutenant la proposition de Coluche) et la signature du traité de Maastricht (1992). Il est très présent dans la campagne du référendum français sur le traité de Maastricht. Face aux sceptiques et aux opposants au traité, il vante les avantages de la nouvelle intégration européenne : « L’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité et, rien que pour la France, il se traduira par la création d’un million d’emplois ».

Artisan d’un renforcement de l’exécutif européen, Jacques Delors représente la Communauté européenne, à la manière d’un chef d’État, lors des grands sommets internationaux (réunions du G7 et de l’Organisation de coopération et de développement économique, etc.).

Il est l’instigateur du livre blanc de la Commission recommandant la création d’un grand marché européen régulé par la mise en place de solidarités nouvelles. Ce livre blanc débouche sur la signature de l’Acte unique en février 1986, qu’il appelle « mon traité favori » mais la partie monétaire ignore les contraintes sur la croissance et l’emploi pour l’économie et elles seront maintenues par le traité d’Amsterdam sous le qualificatif de « Pacte de croissance et de stabilité ». Il rejette cette règle lors de la crise de l’euro.

En 1989, il préside le Comité dit « Delors », composé d’experts et des gouverneurs des banques centrales des douze pays membres. Le rapport du comité Delors ouvre la voie à la création de la monnaie unique. Viennent ensuite l’adoption du « paquet Delors I » (1987) et du « paquet Delors II » (1992).

Après la Commission européenne

En tête des sondages dans la perspective de l’élection présidentielle française de 1995, Jacques Delors renonce le 11 décembre 1994 dans 7 sur 7 à présenter sa candidature. Il cite comme causes des « raisons personnelles », son âge et la probable absence de majorité pour conduire ses réformes. Ce renoncement surprend jusque chez les dirigeants européens. C’est une situation décrite comme inédite et singulière pour un potentiel candidat avec le statut de favori. Cela bouleverse le jeu politique même si les analystes ont prédit la défaite de la gauche, aucun candidat n’étant favori pour battre Jacques Chirac ou Édouard Balladur. Delors déclara que cette émission a quasiment mis fin à sa carrière politique, passant au second plan, mais avait conscience de la difficulté de la campagne « Je n’aurais pas forcément été élu. Chirac est un battant ». Il est ensuite président du comité de soutien de Lionel Jospin à l’élection présidentielle.

En 1995, il reçoit le premier prix européen Charles-Quint. En 1995, il préside la commission internationale sur l’éducation pour le xxie siècle à l’UNESCO (jusqu’en 1998). En 1996, il devient président du conseil d’administration du Collège d’Europe, à Bruges (jusqu’en 2000) et président de l’association Notre Europe – Institut Jacques Delors (jusqu’en 2004).

En 2004, Jacques Delors signe la pétition initiée par Pierre Larrouturou, Michel Rocard et Stéphane Hessel, proposant un projet de « Traité de l’Europe sociale ».

En retrait de la vie politique, il continue d’intervenir régulièrement dans le débat public, par la presse notamment, et se prononce en faveur du traité établissant une constitution pour l’Europe à l’occasion du référendum organisé en France en mai 2005.

À l’automne 2006, il s’engage en faveur des États généraux de l’Europe, une initiative de l’ONG EuropaNova, qui se tiendront largement grâce à son engagement et à celui de Notre Europe à Lille le 17 mars 2007 pour lancer les célébrations continentales du 50e anniversaire du traité de Rome. Il les ouvre aux côtés de Martine Aubry. Près de 4 000 participants y assistent.

En décembre 2007, il s’engage avec son institut de recherche Notre Europe – Institut Jacques Delors en faveur d’une Communauté européenne de l’énergie afin de renforcer le pouvoir de négociation de l’Union européenne par rapport aux pays producteurs de pétrole et de gaz.

Le 15 septembre 2010, il soutient le lancement du Groupe Spinelli par Guy Verhofstadt, Daniel Cohn-Bendit, Isabelle Durant et Sylvie Goulard et en intègre le Comité de Pilotage. Il s’agit d’un groupe interparlementaire informel au Parlement européen qui rassemble les élus désireux de relancer la recherche d’un fédéralisme au sein de l’Union Européenne. Il regroupe des personnalités telles que Mario Monti, Andrew Duff, Joschka Fischer, Pat Cox, Elmar Brok et Élie Barnavi.

Le 26 juin 2015, le Conseil européen nomme Jacques Delors « citoyen d’honneur de l’Europe ». Après Jean Monnet en 1976 et Helmut Kohl en 1998, il est le troisième grand acteur de la construction européenne distingué.

Fin mars 2020, âgé de 94 ans, il s’exprime sur la crise européenne liée à l’épidémie de Covid-19. « Le manque de solidarité fait courir un danger mortel à l’Union européenne », estime-t-il. Il encourage à davantage de « coordination et de coopération » entre les États afin de préserver l’UE et la construction européenne.

*Michel Camdessus a également joué un grand rôle. Il est membre de l’Africa Progress Panel depuis 2008, une fondation basée à Genève et fondé par Kofi Annan et présidée par Olusegun Obasanjo.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 10 janvier 2021

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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