Hommage à Georges Pernoud

HOMMAGE. J’ai été touché par la disparition de Georges Pernoud, le présentateur et créateur de l’émission Thalassa. Pendant des années, tous les vendredis, j’ai suivi cette émission sur la mer, les océans. Avec son air bonhomme, il nous emmenait dans ce monde de marins qui invitait au voyage, heureux qui comme Ulysse a fait un bon voyage.

Hommage à Georges Pernoud

J’ai été touché par la disparition de Georges Pernoud, le présentateur et créateur de l’émission Thalassa (mer en grec). Pendant des années, tous les vendredis, j’ai suivi cette émission sur la mer, les océans. Avec son air bonhomme, il nous emmenait dans ce monde de marins qui invitait au voyage, heureux qui comme Ulysse a fait un bon voyage. La mer, chanson de Charles Trenet, rêve de vacances et d’ouvertures sur les horizons, ces deux mondes, le monde des terriens et le monde des marins. Avec son équipe de journalistes, nous embarquions avec la famille des grands navigateurs, explorateurs, sauveteurs en mer, pêcheurs. Nous vivions grâce à eux ce monde habité par l’ honnêteté des gens de mer, monde où l’on ne triche pas face aux éléments, où l’homme est à la fois courage et fragilité.

Fascination dès mon plus jeune âge pour les ports, les gros navires en partance pour l’ailleurs, les chaluts revenant de la pêche miraculeuse et ces ventes à la criée. Fascination pour la mer et ses horizons. Je m’étais promis, enfant, d’aller voir là-bas… Plus tard je ferai mon service national dans la Marine, traversant deux grands océans, l’Indien, le Pacifique, de ports en ports, de pays en pays, d’îles en îles… Tempêtes, nuits poudrées d’étoiles, confrérie de marins embarqués au milieu de l’immensité.

Avec l’émission de Georges Pernoud, je retrouvais ce monde authentique, sous le regard lointain de Tabarly, le grand chef indien ! L’oeil sauvage, téméraire, connaisseur, grand taiseux sur le plateau, nous avions de l’admiration pour l’inventeur des bateaux de course et pour celui qui a inspiré tous les grands marins français : Jeantot, Titouan Lamazou, Poupon, Le Cam, De Kersauzon… Dans les yeux de tous brillait la flamme de l’aventure et Georges Pernoud, complice, les mettait en lumière.

On pouvait voir également des reportages sur les grandes fêtes traditionnelles maritimes, en France et ailleurs. Cette France profonde, ces bretons aux grands esprits d’aventuriers face à l’Atlantique, ou cette France du Sud, plus loquace, et sa Méditerranée, son invitation à l’inconnu dans l’accent chantant, à Marseille ou Toulon avec sa marine et ses sous-marins ( comme à Brest), son quartier interlope : Chicago…

J’ai appris avec Georges Pernoud et par Thalassa ce qu’étaient les différents monocoques, ce qu’était un catamaran, un trimaran, l’Antarctica de Jean Louis Etienne devenu Tara aujourd’hui, sillonnant les océans pour mesurer la pollution, le Manureva d’ Alain Cola disparu en mer, le fameux Pen Duick de Tabarly, capitaine de vaisseau dans la marine, tout cet univers de la voile qui s’invitait ces fameux vendredis soirs.

Il y avait aussi son équipe de journalistes qui réalisaient des reportages de qualité, le rêve pouvant s’enclencher. L’un d’eux présentait des livres, des romans : L’île au trésor de Stevenson, Conrad, Les révoltés de la Bounty, Segalen, officier de marine, grand poète de l’exotisme et du primitif, Gauguin et Tahiti que pas mal de navigateurs fréquentent ou s’installent, Monfreid, Le Bris et son monde de flibustiers et de corsaires, les tours du monde des uns et des autres, Paul Emile Victor installé à Bora Bora, Pêcheur d’Islande de Loti, Jules Verne… Rimbaud mort à Marseille….

Cette émission avait non seulement une grande valeur pédagogique, mais elle était également source d’un divertissement authentique et de grande qualité. Elle a malheureusement disparu. Aujourd’hui, en tant qu’ancien marin et passionné par les auteurs aventureux et les écrivains voyageurs, j’étudie en classe ces romans en parallèle avec un Vendée Globe, un trophée Jules Verne, une Jacques Vabre ou route du Rhum, ce qui ouvre l’esprit et le regard de ces élèves enfermés par la virtualitéde leurs écrans.

L’émission de Georges Pernoud n’est plus et cela laisse un grand vide, où le silence savait s’inviter et ouvrir grand les coeurs de courage, insufflant un esprit d’aventure et de libertré, loin du troupeau entassé sur des énormes hôtels flottants qui ne donnent rien à sentir, rien à vivre, juste à consommer.

Georges pernoud incarnait ce monde vrai de la mer que je connais et qui m’habite, aussi bien sur un port, un navire ou dans un roman de Conrad. Et que je partage avec mes élèves trop emprisonnés, que je libère…

L’HOMME ET LA MER

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :

Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;

Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables

Que vous vous combattez sans pitié ni remord

Tellement vous aimez le carnage et la mort,

Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Baudelaire

Bon vent, Georges…

Auteur :
José SERRANO
Professeur de lettres (Abonné)
Publié le 12 janvier 2021

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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