Le Service national universel de retour en 2021

ARTICLE. Après une expérimentation en 2019, le Service national universel ( SNU) revient sur le devant de la scène. Le gouvernement persiste à proposer ce programme citoyen hybride, malgré son coût et les avis mitigés qu’il suscite. 25 000 jeunes sont sollicités pour 2021.

Le Service national universel de retour en 2021

Dans une interview accordée le 13 janvier au Parisien, la secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Engagement, Sarah El Haïry a dévoilé que le Service national universel ( SNU) allait connaître une nouvelle édition en 2021. De 2 000 jeunes, le programme passe désormais à 25 000. Les heureux élus qui se seront inscrits (sur la base du volontariat) et auront été sélectionnés pourront alors se retrouver fin juin pour deux semaines de colon… de camps, “ autour d’activités sportives, citoyennes et de débats.” Coût de l’addition, payée par le contribuable : 61 millions d’euros. Soit un budget doublé par rapport à l’expérimentation de 2021.

Au programme de ces réjouissances républicaines : uniforme, Marseillaise, sport, débat sur “les institutions, l’engagement, la culture, l’accès aux droits” et bien évidemment sur la nouvelle religion en vogue, “l’écologie”. Une fois ces deux semaines achevées, les jeunes devront réaliser une mission d’intérêt général de quinze jours dans un service public ou dans le milieu associatif. L’ambition est forte : faire de ce mois citoyen le ciment du “socle républicain.”

Personne ne l’attendait vraiment, ni ne regrettait son absence en 2020, mais voici donc que le coûteux Service national universel pointe à nouveau le bout de son museau. Pourtant, le dispositif était attaqué avant même d’exister. Un rapport, commandé par Edouard Philippe en 2018, rappelait le coût exorbitant (entre 2,4 et 3 milliards par an) de la machine, si elle venait à être déployée à l’ensemble du pays. Un rapport qui avait d’ailleurs fait sortir de ses gonds Emmanuel Macron. Malgré ces alertes, il avait tenu mordicus à lancer le SNU, résultat d’une des promesses de sa campagne présidentielle. Tout comme il a décidé de balayer du revers de la main ce rapport de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale publié en février 2018, qui proposait plutôt de renforcer les nombreux dispositifs déjà existants.

Car le SNU est venu s’ajouter à la journée défense et citoyenne (JDC), le service militaire adapté (SMA), le service militaire volontaire (SMV), ou bien encore le service civique. Dispositif bancal, dès sa naissance, il a été vivement critiqué pour ses débuts : trop cher, trop martial pour certains, trop ambigu sur la laïcité… Des critiques qui ne se retrouvent pas chez les principaux concernés : les jeunes passés par le dispositif se sont déclarés, dans le cadre de l‘enquête de l’Injep (Institut national pour la jeunesse et l’éducation populaire), à 94% satisfaits par l’expérience. Leur thème de prédilection : le sport, plébiscité à plus de 95%.

Un retour d’expérience qui a servi à Gabriel Attal, alors secrétaire d’État chargé de la Jeunesse pour annoncer l’amplification du dispositif en 2020, avec cette fois-ci 30 000 jeunes engagés, avant de le rendre obligatoire en 2024. Depuis, la COVID est passée par là et Gabriel Attal a laissé place à Sarah El Haïry. Plus prudente, la secrétaire d’État évoque désormais un objectif de 800 000 jeunes de 16 ans participants en 2026. L’obligation universelle n’est plus encadrée par un objectif daté.

Une posture prudente, d’autant que la COVID est loin d’offrir un répit assuré. Au gouvernement, on se veut confiant : les réjouissances citoyennes commenceront en juin ! Pas d’inquiétude, “les colonies de vacances ont bien eu lieu l’an dernier.” signale Sarah El Haïry au Parisien. Mais pour autant, gare aux jeunes adolescents qui viseraient un moment de détente sportive et collective. “Le SNU, ce n’est ni l’école, ni l’armée, encore moins la colo !” est-il rappelé dans l’interview. Sur ce point : 69% de la promotion 2019 pointait du doigt des contenus disparates et trop nombreux.

Au-delà de la promotion du sport ou de la citoyenneté, il semblerait que le SNU cache un objectif non avoué. Christophe Blanchet, député LREM de la 4e circonscription du Calvados, après deux semaines d’immersion dans le dispositif, a expliqué au Point que le SNU “permet de faire un diagnostic d’une population jeune à un instant T. Le Service national universel a l’avantage de nous aider à détecter les cas de décrochage scolaire”. Soit plus ou moins le rôle déjà attribué à la journée défense et citoyenneté, dont le coût est estimé à 111 millions par an dans un rapport de la cour des comptes datant de janvier 2016. Avec un coût de trois milliard envisagé à terme, ça fait cher la colonie de vacance, toute citoyenne et républicaine soit-elle, pour multiplier les outils de détection du décrochage scolaire.

Auteur :
La rédaction
Publié le 14 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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