Témoignage – Vie et numérique

Témoignage – Violette Mandera, lycéenne, le nom a été changé.

Depuis que je me suis lancée sur les réseaux sociaux assez petite, je me suis rendue compte que je perdais le sens du langage. En effet, ma façon de communiquer s’est modifiée, le sens des mots à changé, mon lexique s’est modifié, mon imaginaire n’en est plus un et mon vocabulaire s’est énormément restreint. Je regarde sur Facebook les fils d’actualité sans passion, mes yeux vagabondent dans le vide tout est lassitude. Je ne comprends pas l’intérêt de l’utilisation de Twitter qui semble plus intéresser les adultes qu’autre chose. Eux aussi ce sont mis à ce type de langage, politiquement incorrect. Il en va de même de mes relations, tout a beaucoup changé entre mes proches et moi, c’est comme si nous pouvions être plus proches, se retrouver, s’aimer, partager davantage de vie personnelle mais en fait des applications comme Snapchat sont des applications qui broient l’individu et loin de rencontrer l’altérité elle nous en éloigne. Notre vie intérieure n’est pas renouvelée et le peu que nous échangeons malgré tout ce que nous échangeons ne suffit pas à remplir l’individu. Pour mettre des mots sur mon mal-être j’ai dû lire car les réseaux sociaux ne sont pas une ressource. Beaucoup de jeunes éprouvent ce mal-être sans savoir comment l’exprimer. Ils se sentent broyer par la machine que sont les réseaux et ne peuvent pas s’en sortir. C’est une addiction car c’est comme si la vie, la vie virtuelle avait remplacé la vraie vie sans que cette vie virtuelle comble l’individu. De fait il y a un décalage entre les désirs et la réalité. Tout est à portée de main en un clic et les contenus qui circulent peuvent émouvoir les internautes, les faire désirer sans pour autant savoir que ces contenus ont des aspects éminemment politiques. Ces contenus sont fabriqués par des structures aux intérêts politiques orientés. Mais cela, les internautes naïfs et jeunes que nous sommes ne le savons pas. De plus, les parents se sentent complètement démunis, tous ne partagent pas le même monde. Chacun est dans son espace virtuel personnel. La mère sera plongée dans le yoga, le père dans le sport, la technique, le fils dans les jeux vidéos, la fille sur les réseaux sociaux. Le langage, la compréhension entre les personne est donc totalement dispersée et il est très difficile de souder une famille sur des bases complémentaires lorsque des éléments extérieurs s’ingèrent et modifient la structure et la pensée familiale. Ce ne sont que des suppositions mais c’est ce que je ressens. Par ailleurs, j’ai constaté que mon langage, la langue française a complètement changé, c’est comme si l’employer, s’exprimer correctement et avec aisance était devenu assez pitoyable, comme si l’utilisation de mot comme « wesh, ca va », ou « maramé », etc devenait la norme, l’expression d’une rébellion. C’est comme si le temps ne laissait pas de place à la discussion à l’échange, que tout devait aller très vite et que les discussions rapides ôtaient justement la qualité de l’échange. Les écrans, avec leurs images qui défilent à la télévision, les structures mentales qu’elles fabriquent sont pour cela de véritables pièges intellectuels car sur 100 000 informations livrées, 1 seule sera retenue et le cerveau rejettera toutes les autres. C’est comme si l’humain s’intoxiquait par l’information, loin de s’en nourrir et que le système politique ne changeait pas, malgré tout, partout. Au contraire, il fomente cette tendance.

La façon dont on s’écrit sur les réseaux sociaux et la façon dont on envisage les autres doit elle aussi être prise en compte car par exemple on peut très bien, grâce aux réseaux se sentir proche des gens sans pour autant être solidaire. Les sentiments sont extraordinairement mal gérés. Le langage échangé peut être rapide, vulgaire et ces outils ne favorisent pas l’effort. L’effort que l’individu est contraint de faire par exemple en classe. Cela pose des problèmes qui à mon avis se répercutent sur la scolarité. L’école devient le lieu pénible au sein duquel il faut réfléchir de manière extrêmement institutionnalisée. L’invention, l’imagination n’a pas sa place. L’imagination n’a pas sa place sur les réseaux sociaux, et n’existe pas en classe car désormais il y aura des cours sur le recyclage. Rien n’est désirable dans le monde qui est proposé et malheureusement j’ai le sentiment que cela n’est pas près de changer. Je sais que ce discours est éminemment défaitiste mais c’est je crois le sentiment de toute une génération que de se sentir déposséder de sa vie intérieure, de sa vie intellectuelle qui doit normalement apporter une satisfaction. Ces évolutions concrètes, au sein des institutions françaises ne marchent pas car elles dévient des pensées institutionnelles, des chercheurs. Tout est extraordinairement codé, administré, il y a beaucoup (trop) de livres à lire, il est difficile de trouver le sens de l’Histoire, de commencer par le début. C’est donc une barrière car effectivement la pensée auparavant qui se déployait en France n’était pas ainsi. Les journalistes, les écrivains pouvaient se livrer en toute liberté à des exercices d’écriture, des exercices de contradiction or désormais c’est chose devenue impossible y compris dans la presse. L’individu peut puiser au fond de lui beaucoup de ressources mais il est difficile de ne pas avoir peur intellectuellement de soi-même. En France, il devient interdit de penser, interdit de penser autrement et de se laisser guider justement pas son inconscient ce qui est la meilleure des choses à faire pour être libre. Celui-ci va désormais être casé dans une logique informatique, un langage informatique, à la fois abstrait, extrêmement réduit, simplifié, qui éloigne encore davantage le lien humain et favorise le lynchage sur le net. Lorsque quelqu’un agit mal, au détriment de l’institution, il peut avoir un procès, mais lorsqu’un individu agit mal pour dénoncer une personne qui a mal agit, alors cela devient complexe car ce n’est pas bien d’agir ainsi pour dénoncer le mal. Pourtant, cela est presque nécessaire, dénoncer quelqu’un qui agit mal est nécessaire, mais sur les réseaux la tendance sera surtout au lynchage de la personne qui dénonce plutôt que sa compréhension, sa solidarité et le fait d’approuver que cette personne a effectivement mal agi, si c’est le cas. Il en va de même dans les médias, lorsqu’un fait assez négatif est dénoncé, et que la peur surgit dans les esprits des gens car ils ont peur d’une révolte du fait justement trouvé, alors la tendance sera de bannir la personne qui dénonce le fait qui le trouve car ce fait explique justement un certain comportement. Les gens sont réticents à la découverte, sont réticents à la recherche, à l’aventure. Ils sont hyper réticents à cela car ils sentent le monde instable et veulent conserver cette (in)stabilité ne sachant pas ce qu’il peut advenir. Mais si le monde reste tel qu’il est et tel qu’il a été depuis de longues années, tout en sachant que la crise sanitaire est l’apogée de ce monde, alors il ne peut que continuer à se dégrader.

Equiper les enfants d’écrans d’ordinateurs n’est pas une bonne idée pour entretenir le lien entre un professeur et un élève, cela ne fera qu’installer chez l’élève un sentiment de lassitude, une démotivation. C’est le lien humain qui fait que l’élève a envie de participer ou non à un cours, ce n’est pas l’ordinateur qui lorsqu’il sert d’outil impersonnel, n’est pas désirable par l’élève pour l’apprentissage. Cela ne favorise pas non plus son langage puisqu’il tape sur des touches. Le tout électronique ne marche pas, il faut du physique et de l’individuel, il faut de la création et de l’imagination, bref il faut du naturel sinon le système tue l’individu. Malheureusement cette machine numérique infernale va se perpétuer, va se poursuivre et c’est à se demander à quoi ressemblera le monde dans 40 ans, que sera la langue française dans quelques années, que seront devenues les relations et que restera-t-il de ce monde avec des êtres dépecés ?

Auteur :
Violette Mandera
Lycéenne
Publié le 17 janvier 2021

Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :