France Télévisions : les rédacteurs en chef incités financièrement à parler de l’UE

ARTICLE. Une part variable de la rémunération des rédacteurs en chef de France Télévisions dépend depuis quelques mois de la mise en avant de sujets européens. Diversité et Union européenne, le nouveau programme de Delphine Ernotte ?

France Télévisions : les rédacteurs en chef incités financièrement à parler de l’UE

« Diversité, visibilité, Outre-Mer, Europe. » Ce libellé fixe les nouveaux objectifs du groupe France Télévisions à l’adresse de ses rédacteurs en chef, depuis le second mandat de Delphine Ernotte, entamé en juillet 2020. Désormais, nous apprend Le Monde, une partie variable de leur rémunération dépendra de leur implication à mettre en avant ces sujets. « Il faut l’avouer, l’objectif de nature éditoriale qui est ainsi assigné aux équipes dirigeantes de France Télévisions est surprenant », reconnaît Virginie Malingre. Et la journaliste de se demander les raisons qui ont pu pousser le groupe présidé par Delphine Ernotte à vouloir « intéresser » financièrement ses équipes rédactionnelles à l’actualité européenne.

Il faut partir d’une constatation : l’actualité de l’Union européenne est plutôt ignorée par les journaux télévisés. Selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès datant de 2019, ils n’y ont consacré que 2,7 % de leurs sujets en 2018, soit autant de temps que pour l’ONU. Il est assez amusant de noter que ce qui étonne Le Monde, ce n’est pas que l’outre-mer ne soit pas assez représenté dans l’actualité du service public – ce qui serait le vrai sujet car l’outre-mer, c’est la France -, mais que l’Europe ne soit pour partie ignorée. Jugez plutôt : « Bruxelles est pourtant moins loin de Paris que Basse-Terre ou Fort-de-France, et c’est là que se décide une bonne part de ce qui deviendra ensuite la législation française. Mais force est de constater que, de manière générale, la télévision française se sent peu concernée par ce qui s’y passe. » Nos concitoyens d’outre-mer seront heureux d’apprendre que – pour des raisons kilométriques – ils présentent moins d’intérêt que les Polonais et les Slovaques.

C’est ainsi qu’on apprend que France 2 et France 3 « ne peuvent pas se vanter d’être à la hauteur des enjeux ». Pour illustrer ce désamour : l’élection à la présidence de la Commission européenne de l’Allemande Ursula von der Leyen, en juillet 2019, n’a été traité que quelques secondes dans le JT de 20 heures de France 2 à l’époque. Voilà qui confine au moins au crime de lèse-majesté…Mais depuis octobre, Delphine Ernotte a été élue présidente de l’Union européenne de radio-télévision pour une prise de fonction datant du 1er janvier de cette année. Elle avait déjà déclaré à ce sujet en novembre dernier : « L’addition de nos budgets représente 20 milliards d’euros. Investir ensemble une petite partie de cette manne permettra de faire naître un marché de la création européenne qui s’exporte au-delà de nos frontières. »

Ce n’est pas peu de dire que Clément Beaune, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, mouille le maillot en ce sens. Comme le rappelle Le Monde, il s’agace régulièrement du manque d’Europe à France Télévisions. Ainsi déclarait-il, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, en septembre dernier : « Il faut renforcer les mécanismes qui conduisent nos chaînes publiques à parler davantage d’Europe (…) Cherchons tous les moyens possibles de contrainte ou de pression pour arriver à cela. » Et l’homme politique macroniste d’y voir une « obligation de service public », rien que cela ! Il faut dire que l’élection de 2022 arrive à grand pas, et il s’agit évidemment pour le camp « euro-progressiste » de véhiculer l’idée que l’Europe avance. Bon courage !

Cela étant, on pourrait se demander si France Télévisions n’a pas rendu jusqu’ici un grand service à l’Union européenne en en parlant le moins possible, lui donnant ainsi au moins la possibilité d’être fantasmée par les derniers europhiles aveugles au principe de réalité. Car la vérité de cette usine à gaz qu’est l’Europe technocratique est tout sauf télégénique. Heureusement, il reste une échappatoire qui permet de prendre des largesses avec le réel ; la fiction. C’est le pari de Maxime Calligaro, jeune romancier par ailleurs rattaché au groupe parlementaire européen Renew Europe (groupe d’orientation libérale auquel sont rattachés également les élus macronistes). Il confie au Monde : « Regardez le succès du livre de Philippe de Villiers ! Jusqu’ici, seuls les populistes ont su trouver le storytelling pour intéresser à l’Europe (…) Il faut peupler l’imaginaire européen, créer des images qui y soient associées. En matière culturelle, l’Europe est quasiment une terre vierge. »

Non justement, l’Europe est une terre de culture depuis l’art pariétal de la Grotte Chauvet (-30 000). En revanche, l’Union européenne est bien une terre vierge, c’est-à-dire une coquille vide sans imaginaire commun. La faute des peuples, sans doute ? Rappelons tout de même à Mme Ernotte que les Français ont refusé en 2005, et à la majorité (54,8%), la ratification du Traité constitutionnel européen qu’on leur a imposé en 2007 avec le Traité de Lisbonne, ratifié par le Congrès. On voudrait rendre les Français europhobes, on ne s’y prendrait pas autrement…

Auteur :
La rédaction
Publié le 18 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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