MORIENDO

OPINION. Le régime grec de la métaphysique devient indigeste pour les nouveaux indigènes du chaos primitif. Notre conception du monde, faite de concepts abstraits et de raison, corroborés par la science, a de moins en moins cours. Les crispations identitaires dévient vers des conflits de plus en plus violents.

MORIENDO

Les démons de la pensée et du langage ont frappé. La mutation est amorcée, nous passons au siècle de la néantisation de la vérité.

Le régime grec de la métaphysique devient indigeste pour les nouveaux indigènes du chaos primitif. Notre conception du monde, faite de concepts abstraits et de raison, corroborés par la science, a de moins en moins cours. La dérive est largement amorcée.

Les monothéismes sont en crise, en prise avec une laïcité souvent exclusive.

Les crispations identitaires autour de communautés figées et revanchardes dévient vers des conflits de plus en plus violents.

La parole, qui était sourcière et source de l’esprit critique a failli devant les butoirs du golem / twitter et compagnie.

Notre science de l’être, l’ontologie, certes souvent remise en question jadis, a laissé place au retour de ressentiments dus à l’enracinement dans l’Origine, terreau de tous les racismes.

Les discours interprétatifs ou herméneutiques sont soupçonnés de verser dans un complot avéré ou la justification d’une domination.

On est marqué au fer rouge de son appartenance, de ses racines, sans plus d’espoir de s’en arracher, de trouver sa voie propre et donc sa liberté d’être humain.

Il faut cependant noter que nombre de philosophes ont tenté de s’écarter de la métaphysique première qui énonçait ses principes intangibles sur le réel soumis aux fers de la causalité et de valeurs trop absolues.

Heidegger avait notamment ouvert une brèche en détachant l’être de l’étant, mais aussi avant lui, Kant ou Nietzsche avaient brisé la gangue des vérités acquises, aphorisant la pensée, captant le Réel par d’autres approches.

On ne peut non plus faire fi des artistes et des poètes qui s’éloignèrent d’un positivisme ou d’un réalisme par trop pesants.

Oui, les casseurs de langues, les déconstruteurs, le mouvement Tel-Quel et la sémiologie, mais aussi les surréalistes, les lettristes et des auteurs comme Joyce ou Faulkner avec les Oulipiens ont permis d’autres ouvertures salutaires.

D’un autre côté, Emmanuel Lévinas a pu concevoir « l’autrement qu’être » qui allait inaugurer la figure de l’Autre, l’altérité comme origine de l’éthique.

Le sens se cherchait au-delà de l’être en tant que rassemblement égotiste.

Mais tout cela n’a fait qu’enrichir notre corpus d’appréhension du monde, nos possibilités d’être. La profusion des thèses nous projetait vers un avenir prometteur, un messianisme universel.

Toutefois l’Histoire et sa tragédie intrinsèque ne l’a pas voulu ainsi.

La promesse d’une recherche toujours avançant s’est mutée en un destin obligé, tracé par la certitude du progrès et la fin de l’histoire.

Le Graal était entre nos mains, la voie royale de l’individu/narcisse était ouverte. Enfin nos vies nous appartenaient.

Tout effort intellectuel devenait inutile et même suspect. L’évidence crevait les yeux. La binarité allait triompher, enfin, en marchant sur ses deux jambes.

Pourquoi donc créer du « concept » ou de la pensée puisqu’on avait fait table rase du passé. Le temps était aux happy few et à la novlangue, le festif triomphait. La communication tous azimuts devait réconcilier tout le monde puisque la transparence remplaçait la décision et la discrimination des idées. La démocratie totale s’installait et le bonheur était à la portée des consommateurs. Le monde devenait un immense supermarché.

Malheureusement, le mythe de la modernité allait s’écrouler douloureusement pour beaucoup. Alors il fallut trouver de nouveaux coupables, refonder des lignes de démarcation plus simplistes, remplacer les classes, les partis, les représentants, les intellos, les réacs… Bref repartir sur des données intangibles comme l’origine, la race, l’oppression, le dominé, le minoritaire.

Les concepts anciens devinrent obsolètes, la vérité inutile et l’éthique, perte d’assurance de soi. Revenir à l’ego bien ancré dans sa couleur de peau ou sa nature de victime expiatoire.

Combattre l’inégalité passera donc par l’arasement généralisé, la réduction des têtes pensantes jusqu’au relativisme niveleur.

Une nouvelle virologie sémantique supplante celle du covid, certes dangereuse, mais vulgairement pandémique.

Cette virologie et ses mutants verbaux sont en passe de recouvrir tous les acquis de notre civilisation de la lettre et du verbe.

Nous sommes assignés à notre socle originel et les nouveaux « invariants » y veillent. L’appropriation, c’est à dire la transmission transcendée de notre patrimoine n’est plus de mise.

Assignés on vous dit, pensées et poings liés, sans issue, sinon la soumission à ce que vous êtes déjà et de tout temps.

Un babil phatique nous envahit, clame sa supériorité sur toute analyse subtile et moins spectaculaire. Le débat n’est plus que confrontation hostile car toute intelligence se noie dans ce maelstrom bruyant et obsédant.

Auteur :
Georges BENAILY
Publié le 18 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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